La maladie de Parkinson livre des enseignements sur la toxicomanie

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Publié: 25fév2009

Une nouvelle étude approfondie menée par des chercheurs de l’Institut neurologique de Montréal (INM), de l’Université McGill et de l’Université de Cambridge, Angleterre, fournit des enseignements précieux sur le fondement neurologique de la toxicomanie, par le truchement de l’examen de patients souffrant de la maladie de Parkinson, qui développent dans certains cas diverses toxicomanies pendant un traitement médical. L’étude, publiée dans le numéro de cette semaine (25 février) de la revue scientifique Neuron, illustre le fait que des taux constamment élevés de dopamine dans le cerveau favorisent le développement et la persistance de comportements toxicomaniaques.

La toxicomanie est un problème complexe de santé et de société qui peut détruire des vies et nuire à des communautés. Des études d’imagerie cérébrale ont montré que la toxicomanie altère gravement des aires du cerveau cruciales en matière de prise de décisions, d’apprentissage et de mémoire, et de contrôle du comportement. Pour apprendre comment contrôler ou gérer le trouble, il est nécessaire de comprendre les mécanismes biologiques sous-jacents. Des chercheurs se sont penchés sur la maladie de Parkinson pour étudier la toxicomanie, en utilisant avec succès une maladie pour en apprendre plus au sujet d’une autre. Bien qu’en apparence très différents, les deux troubles ont en commun le rôle que joue la dopamine et le fait que certains des mêmes systèmes du cerveau soient affectés. On croit souvent que la maladie de Parkinson n’affecte que le mouvement, mais elle s’accompagne aussi de symptômes cognitifs, comportementaux et thymiques, que l’on reconnaît maintenant comme une source majeure d’incapacité.

La dopamine est un neurotransmetteur, ou médiateur chimique dans le cerveau, qui intervient dans des processus du cerveau qui contrôlent le mouvement, les réactions émotionnelles et la capacité à connaître le plaisir, les satisfactions et la douleur. Les personnes atteintes de la maladie de Parkinson manquent de dopamine et sont souvent traitées avec des agonistes de la dopamine, des médicaments qui imitent l’action de la dopamine.

« Dans certains cas, les patients atteints de la maladie de Parkinson ne peuvent plus se passer de leurs propres médicaments ou développent des toxicomanies comme le jeu pathologique, le magasinage compulsif ou l’hypersexualité », dit le Dr Alain Dagher, neurologue à l’INM et coauteur de l'étude. « C’est étonnant, car l’incidence d’abus de médicaments chez les patients atteints de la maladie de Parkinson est typiquement très faible. De plus, ces patients manifestent un type de personnalité qui est à l’opposé de la personnalité typique du toxicomane. Ces rares syndromes toxicomaniaques, qui semblent résulter d'un traitement dopaminergique excessif, illustrent le lien entre la dopamine, la personnalité et la toxicomanie. »

Chez les patients atteints de la maladie de Parkinson et traités avec des agonistes de dopamine, on constate une incidence du jeu pathologique aussi élevée que 8 % comparativement à moins de 1 % chez la population générale. Chez les patients qui développent des troubles toxicomaniaques, on constate que les problèmes ont commencé peu après le début d’une thérapie dopaminergique et ont cessé après l’arrêt du traitement. Il a été trouvé qu’ajuster la posologie et la combinaison de médicaments résorbait les symptômes toxicomaniaques, tout en maintenant le même bienfait sur le plan moteur.

Le phénomène de toxicomanie induit par les médicaments dopaminergiques lève aussi le voile sur la vulnérabilité à la toxicomanie de la population générale. Tout le monde n’est pas vulnérable de la même manière, et il semble maintenant que la propension à devenir toxicomane est en partie héréditaire. Nombre des gènes en cause dans la toxicomanie semblent affecter le taux de dopamine dans le cerveau.

Les études montrent que la dopamine agit dans une aire du cerveau appelée le striatum ventral, qui reçoit un apport d’autres aires comme l’hippocampe et le noyau amygdalien. Ce pourrait être par cette région que la dopamine favorise les comportements toxicomaniaques.

Comprendre la fonction du cerveau qui entraîne la pharmacodépendance pourrait aider au développement de médicaments destinés à freiner les comportements comme l’appétence toxicomaniaque et la dépendance aux drogues chez la population générale, ainsi qu’à améliorer le traitement de la maladie de Parkinson.

L’INM :

L’INM est un institut de recherche et d'enseignement de l’Université McGill, qui se consacre à l'étude du système nerveux et des maladies neurologiques. Fondé en 1934 par l'éminent Dr Wilder Penfield, l'INM est l'un des plus grands instituts du genre au monde. Ses chercheurs sont des chefs de file mondiaux en neurosciences cellulaires et moléculaires, en imagerie cérébrale, en neurosciences cognitives, ainsi que dans l'étude et le traitement de l'épilepsie, de la sclérose en plaques et des troubles neuromusculaires. L'INM et son partenaire clinique, l'Hôpital neurologique de Montréal (HNM), rattaché au Centre universitaire de santé McGill, continuent d'intégrer recherche, soins aux patients et formation. Reconnu comme un des premiers centres de neurosciences au monde, l’INM s’efforce d’appuyer par des investissements les professeurs, le personnel et les étudiants qui mènent de remarquables recherches, prodiguent des soins de pointe avec compassion et préparent la prochaine vague de percées médicales. Par leur grand talent et leur détermination, ces chercheurs sont l'âme de la recherche, la clé du progrès des soins médicaux. Un nouveau bâtiment, prolongement de l'aile nord, est en construction; il abritera des installations ultramodernes d'imagerie cérébrale. Une fois la construction achevée et les équipements installés, les scientifiques engagés dans la recherche en imagerie cérébrale à l'INM y formeront un groupe sans équivalent dans le monde.

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