L’exercice compulsif, une prison socialement acceptable

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Des chercheuses de l’Université McGill attirent l’attention sur la nécessité de donner un cadre sain à l’exercice physique
Publié: 15mar2022

La pratique compulsive de l’exercice physique est un problème plutôt fréquent et grave. Pourtant, on en parle peu. Il n’existe aucune définition universellement reconnue de l’exercice compulsif, trouble qui se caractérise par une obsession dévorante pour l’exercice physique. Les personnes qui en souffrent disent souvent être malheureuses, ressentir des douleurs physiques ou être déprimées en permanence. L’exercice compulsif s’accompagne souvent d’un trouble alimentaire (85 % des personnes atteintes d’un trouble alimentaire font de l’exercice de manière compulsive), mais certaines personnes ne dirigent leur attention que sur l’exercice. Dans le cadre d’une étude récente menée au Département de kinésiologie et d’éducation physique de l’Université McGill, Laura Hallward, nouvellement titulaire d’un doctorat, et professeure agrégée Lindsay Duncan ont analysé près de 1 000 publications, images et conversations parues dans 13 réseaux sociaux au cours d’une année. Leurs travaux ont fait ressortir les expériences vécues par les personnes atteintes de ce trouble. Les chercheuses croient que les informations tirées des conversations en ligne pourraient servir à l’élaboration de programmes de traitement s’appuyant sur des définitions d’exercice sain.

Un parcours semé d’embûches

Des publications sur l’exercice compulsif parues dans les médias sociaux, les chercheuses ont dégagé quelques thèmes : les contrecoups des efforts fournis pour brûler des calories après une consommation excessive de nourriture, le manque de compréhension face au besoin irrépressible de faire de l’exercice, et la volonté de garder la maîtrise de soi, suivie du sentiment de perte de contrôle au profit de la dépendance.

« J’ai envie de mourir chaque fois que je suis trop malade pour atteindre mon objectif de nombre de pas. »

« Mes collègues et mes amis me disent CONSTAMMENT “j’aimerais pouvoir courir comme toi” ou “j’aimerais te ressembler. Mais ils ne savent pas que je lutte sans cesse contre moi-même. Ils ne me voient pas courir au point d’avoir tellement mal que j’en pleure. Ils ne peuvent pas s’imaginer ce que c’est, la dépendance à l’exercice. »

« Hier, je me suis goinfrée comme jamais auparavant. […] J’ai fini par me forcer à m’entraîner, et j’ai fait plus de 60 000 pas avant minuit parce que je n’arrivais pas endurer la culpabilité. »
« L’exercice m’aide tellement; ça m’a vraiment manqué. Mais je sais que je peux facilement retomber dans la dépendance si je ne fais pas attention. »

Beaucoup de gens se sont tournés vers les médias sociaux pour exprimer le mal que leur cause l’exercice excessif, mais aussi les craintes qu’ils ressentent à l’idée de s’investir dans un processus de rétablissement et de venir à bout de leur dépendance. Les gens ont aussi décrit les conflits intérieurs qu’ils ont vécus tout au long de leur parcours de réadaptation, conscients qu’ils devaient continuer de se battre pour ne pas rechuter. D’autres se sont servi des médias sociaux comme tribune pour exprimer leurs frustrations quant au manque de compréhension au sein de leur cercle social et familial. Leurs proches les complimentaient souvent pour leur apparence ou leurs « habitudes saines », mais ignoraient tout des troubles psychiques et comportementaux qui se cachaient derrière.

Un changement de mentalité s’impose

Parmi les personnes qui ont réussi à s’engager dans un processus de rétablissement et à développer une relation plus saine avec l’exercice, certaines ont mentionné qu’un changement de mentalité était essentiel et qu’il fallait oublier les règles strictes, l’exercice comme forme de punition et les objectifs liés à l’apparence physique et, plutôt, écouter son corps et sa tête, se reposer davantage et essayer différents types d’exercice.

« On nous bombarde de messages qui nous présentent l’exercice comme la panacée aux problèmes physiques et mentaux », explique Laura Hallward, auteure principale de l’article. « Il est vrai que l’exercice est bénéfique pour la majorité des gens, et qu’il faudrait souvent en faire plus, mais il ne faut pas oublier cette partie de la population pour qui l’exercice est une obsession envahissante et qui a besoin d’aide pour ralentir la cadence et trouver des solutions de rechange. Selon moi, on doit s’efforcer de comprendre ce que vivent ces gens et leur offrir du soutien. »

Les personnes qui souhaitent entamer une réadaptation, et celles qui hésitent à le faire, peuvent puiser du soutien et de l’information dans les expériences positives partagées en ligne. Les chercheuses croient que les nombreux conseils sur l’adoption d’habitudes saines pourraient se retrouver dans des programmes de psychoéducation destinés aux personnes pratiquant l’exercice physique de manière compulsive.

L'étude

L’article « “Compulsive exercise is a socially acceptable prison cell”: Exploring experiences with compulsive exercise across social media », par Laura Hallward et Lindsay Duncan, a été publié dans International Journal of Eating Disorders.

DOI : 10.1002/eat.23577


L’Université McGill

Fondée en 1821, à Montréal, au Québec, l’Université McGill figure au premier rang des universités canadiennes offrant des programmes de médecine et de doctorat et se classe parmi les meilleures universités au Canada et dans le monde. Institution d’enseignement supérieur de renommée mondiale, l’Université McGill exerce ses activités de recherche dans trois campus, 11 facultés et 13 écoles professionnelles; elle compte 300 programmes d’études et au-delà de 39 000 étudiants, dont plus de 10 400 aux cycles supérieurs. Elle accueille des étudiants originaires de plus de 150 pays, ses 12 000 étudiants internationaux représentant 30 % de sa population étudiante. Au-delà de la moitié des étudiants de l’Université McGill ont une langue maternelle autre que l’anglais, et environ 20 % sont francophones.

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