La mangrove au secours des coraux « stressés »

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Des chercheurs étudient les effets de la lumière et de l’habitat sur la diversité et la survie des coraux
Publié: 18mai2021

Les récifs coralliens tropicaux constituent l’écosystème sous-marin ayant la biodiversité la plus riche : ils abritent plus du quart de toutes les espèces marines. Malmenés par les stresseurs environnementaux et les répercussions des changements climatiques, les coraux voient leur survie de plus en plus menacée. En étudiant les effets de facteurs environnementaux sur la croissance et la santé des coraux, des chercheurs, dont certains de l’Université McGill, ont découvert que les mangroves abritaient davantage d’espèces de coraux que les récifs peu profonds situés à proximité. Ils ont ainsi levé le voile sur la capacité d’adaptation des coraux et sur l’importance des partenariats écologiques, comme celui qui existe entre les coraux et les mangroves, pour la survie de ces écosystèmes malgré les nuisances environnementales causées par l’activité humaine.

Dans un article publié récemment dans Ecosphere, l’équipe explique avoir examiné des coraux vivant sous le couvert de la mangrove et parmi ses racines, et elle émet l’hypothèse que la mangrove pourrait servir de refuge contre les stresseurs environnementaux, tels que les forts rayons du soleil et les températures plus élevées, auxquels sont soumis les récifs peu profonds voisins.

Le jour et la nuit

Lors d’une excursion de plongée libre à Bocas del Toro, au Panama, Heather Stewart, doctorante au Département de biologie de McGill et auteure principale de l’étude, a remarqué un nombre inhabituel d’espèces de coraux vivant dans moins d’un mètre d’eau à l’ombre d’une mangrove.

« Pendant que j’observais des plantes et des animaux sous-marins qui vivent parmi les racines d’îles de mangroves au Panama, j’ai remarqué des jardins composés de colonies de coraux d’espèces diverses à l’ombre de la canopée de la mangrove. Cette découverte m’a semblé très inhabituelle, et j’ai décidé de pousser plus loin mes recherches. Les coraux de la mangrove ne montraient aucun signe de décoloration ou de maladie, et d’après la taille des colonies, ils étaient là depuis un certain temps. J’ai eu envie d’étudier les liens entre la mangrove et les coraux », raconte la chercheuse.

« Lorsqu’on nage dans la mangrove, on se retrouve soudainement dans le noir, comme si quelqu’un avait éteint la lumière. Les yeux s’ajustent à la noirceur, puis on découvre un monde dynamique et enchanteur parmi les racines. Je voulais savoir si on pouvait attribuer à la lumière et à la température les différences observées entre les coraux de la mangrove et ceux des récifs peu profonds, du point de vue des espèces, de la santé et de la survie. J’ai donc mis au point une expérience pour manipuler la lumière dirigée vers le récif et la canopée de la mangrove », ajoute Heather Stewart, dont les travaux sont supervisés par Lauren Chapman, du Département de biologie de McGill, et par Andrew Altieri, de l’Université de la Floride, également coauteurs de cette publication.

Les chercheurs ont écarté le feuillage de la canopée de la mangrove pour laisser passer la lumière, comme sur le récif, et ils ont fait de l’ombre sur le récif pour imiter la canopée de la mangrove. Ils ont découvert que l’intensité de la lumière était un paramètre environnemental important agissant sur la décoloration, signe de stress, et sur la survie des coraux. Leurs résultats révèlent que la mangrove offre une protection contre le stress causé par la lumière dont sont victimes les récifs peu profonds situés à proximité. Après une transplantation de coraux entre les deux habitats, les chercheurs ont également constaté une décoloration moins importante des coraux du récif que des coraux de la mangrove, ce qui suggère que les coraux qui survivent dans les récifs ont développé une plus grande tolérance au stress.

« Nous avons recensé moins d’espèces de coraux dans le récif peu profond que dans la mangrove adjacente. Nous pensons que le récif attire des espèces coralliennes capables de tolérer les conditions extrêmes caractéristiques de cet habitat », précise Lauren Chapman, professeure titulaire au Département de biologie.

Si on peut protéger les mangroves de la destruction par l’humain, ils pourraient servir de refuge aux coraux contre les changements climatiques et inspirer une stratégie pour la survie des récifs coralliens.

Vers une meilleure protection des milieux marins

Les chercheurs espèrent maintenant cerner les principales interactions entre les mangroves et les coraux et ainsi contribuer à leur conservation. « Lorsque j’ai commencé mes recherches doctorales sur les liens entre les mangroves et les coraux, il existait très peu d’information sur le sujet. Nos résultats sont précieux parce qu’ils nous donnent une nouvelle piste à suivre pour empêcher la disparition de certains coraux », conclut Heather.

Et maintenant? L’Union internationale pour la conservation de la nature s’est donné pour objectif de protéger 30 % des océans de la planète d’ici 2030. Des scientifiques devraient donc être appelés à travailler avec des administrations locales et le gouvernement à l’élargissement des zones de protection marine.

L’étude

L’article « Caribbean mangrove forests act as coral refugia by reducing light stress and increasing coral richness », par Heather Stewart, David Kline, Lauren Chapman et Andrew Altieri, a été publié dans Ecosphere.

https://doi.org/10.1002/ecs2.3413

L’étude a été financée par l’Institut de recherche tropicale Smithsonian (STRI), le programme FONCER du CRSNG en biodiversité, services écosystémiques et développement durable, le Département de biologie de l’Université McGill, la bourse en conservation marine Steven-Berkeley et la bourse « Bridging the Americas » pour la conservation marine par l’entremise d’un donateur privé.

L’Université McGill

Fondée en 1821, l’Université McGill accueille des étudiants, des professeurs et des employés d’exception de partout au Canada et du monde entier. Année après année, elle se classe parmi les meilleures universités du Canada et du monde. Établissement d’enseignement supérieur de renommée mondiale, l’Université McGill exerce ses activités de recherche dans deux campus, 11 facultés et 13 écoles professionnelles; elle compte 300 programmes d’études et au-delà de 40 000 étudiants, dont plus de 10 200 aux cycles supérieurs.

Son adhésion au développement durable ne date pas d’hier : il remonte à des dizaines d’années et se déploie à l’échelle tant locale que planétaire. Comme en témoignent les énoncés de durabilité qu’elle a signés, l’Université souhaite contribuer à façonner un avenir où l’être humain pourra s’épanouir dans le respect de la planète. 

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