La condamnation des rondeurs des célébrités influe sur les attitudes implicites des femmes à l’égard du poids

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Publié: 15avr2019

Les célébrités, en particulier s’il s’agit de femmes, sont constamment critiquées au sujet de leur apparence — en fait, la condamnation de l’obésité et de l’embonpoint (fat-shaming en anglais) chez les vedettes est un phénomène courant dans la culture pop. Les critiques entendues pourraient être jugées banales et sans conséquence, mais loin de toucher uniquement leur cible directe, elles ont des répercussions dans l’ensemble de la population. Après avoir comparé 20 situations où la silhouette de célébrités avait été critiquée à l’attitude implicite de femmes à l’égard du poids corporel, avant et après la diffusion de telles critiques, des psychologues de l’Université McGill ont constaté que la condamnation des célébrités se traduisait par le renforcement des préjugés implicites des femmes à l’égard des rondeurs. Ils ont également observé un renforcement plus général des préjugés implicites envers le poids corporel entre 2004 et 2015.

Les attitudes explicites sont celles que les gens appuient consciemment et, d’après d’autres travaux, elles dépendent souvent de préoccupations liées aux conventions sociales et au désir de se présenter sous un jour favorable. En revanche, les attitudes implicites — objet de la présente étude — représentent les réactions instantanées et viscérales des gens lorsqu’ils jugent une chose bonne ou mauvaise par nature.

« Ces messages culturels semblent renforcer l’impression viscérale chez les femmes qu’il est bien d’être mince et mauvais d’être gros, dit Jennifer Bartz, un des auteurs du rapport de l’étude. Ces messages diffusés dans les médias peuvent laisser une trace inconsciente dans l’esprit des gens. »

 

Le compte rendu de cette étude paraît dans une des publications de la Society for Personality and Social Psychology, le Personality and Social Psychology Bulletin.

Jennifer Bartz et ses collègues ont examiné les données issues du Project Implicit, qui comportait l’administration en ligne d’un test d’association implicite portant sur le poids corporel entre 2004 et 2015. Les chercheurs ont retenu 20 condamnations des rondeurs de célébrités publiées dans les médias populaires (notamment les cas de Tyra Banks, critiquée en 2007 alors qu’elle portait un maillot de bain durant ses vacances, et de Kourtney Kardashian, critiquée par son mari parce qu’elle n’avait pas maigri assez rapidement après un accouchement en 2014). Ils ont analysé les préjugés implicites des femmes à l’égard du poids, deux semaines avant et après la diffusion de chacune des critiques.

À l’examen des réponses fournies par les 93 239 participantes, ils ont observé une montée des préjugés implicites à l’égard du poids après la diffusion des critiques, qui s’est révélée d’autant plus marquée que les critiques avaient été médiatisées.

Si les données recueillies par les chercheurs ne suffisent pas pour établir un lien catégorique entre le renforcement des préjugés implicites à l’égard du poids et la diffusion réelle de condamnations précises, d’autres travaux ont permis de montrer que l’accent mis sur l’idéal de minceur peut contribuer aux troubles des conduites alimentaires, qui sont particulièrement répandus chez les jeunes femmes.

« Il est établi que les préjugés à l’égard du poids sont une des plus récentes formes de discrimination acceptables socialement; la condamnation des rondeurs est très répandue non seulement dans les journaux à potins, mais également sur les blogues et dans les autres médias sociaux », affirme Amanda Ravary, doctorante et auteure principale du compte rendu de l’étude.

Les chercheurs projettent maintenant de mener des travaux en laboratoire, où ils pourraient manipuler l’exposition aux messages condamnatoires (et les comparer à des messages neutres) pour évaluer l’effet de ces messages sur les préjugés implicites des femmes à l’égard du poids. Ces travaux pourraient fournir des éléments de preuve plus directe du rôle causal de tels messages culturels sur les attitudes implicites des gens.

Référence : Amanda Ravary, Mark W. Baldwin et Jennifer A. Bartz. Shaping the Body Politic: Mass Media Fat-Shaming Affects Implicit Anti-Fat Attitudes. Personality and Social Psychology Bulletin. Avril 2019 (date à déterminer)

Mots-clés : préjugés à l’égard du poids, attitudes, culture, implicite, médias de masse


Personnes-ressources

Jennifer Bartz, Département de psychologie, Université McGill, jennifer.bartz [at] mcgill.ca ">jennifer.bartz [at] mcgill.ca

Amanda Ravary, étudiante au doctorat, Département de psychologie, Université McGill, amanda.ravary [at] mail.mcgill.ca

Katherine Gombay, Relations avec les médias, Université McGill, amanda.ravary [at] mail.mcgill.ca

 

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