Faites connaissance avec notre nouveau directeur intérimaire, Nik Luka!

Nouvelles

Publié: 1déc2020

Nous avons le grand plaisir d'accueillir le professeur Nik Luka comme directeur intérimaire pour l'année universitaire 2020-2021. Professeur agrégé à l’École d’urbanisme et à l’École d’architecture Peter Guo-hua Fu de l’Université McGill, celui-ci s'implique au sein du CRIEM depuis sa création en 2014. M. Luka est également membre associé de l’École d’environnement Bieler, de l’Institut de santé et de politiques publiques, et de l’Institut Trottier pour la durabilité en ingénierie et design.

Au cours des 20 dernières années, Nik Luka s'est engagé dans des communautés de pratiques locales au-delà du campus. Il a notamment été membre du conseil d'administration du Centre d'écologie urbaine de Montréal (l’un de nos partenaires), lequel travaille au développement d'une vie civique dynamique par la conception, la planification et la gouvernance urbaines participatives. Il a développé de nombreuses recherches partenariales avec des organismes et acteur·trice·s locaux·ales; celles-ci constituent une valeur sans égale pour le CRIEM et lui permettront d‘enrichir les relations avec nos 69 membres. Évoluant au sein de la Faculté de génie, M. Luka saura renforcer l'ancrage du centre dans la communauté mcgilloise et développer des collaborations entre unités complémentaires.

Nos gestionnaires de communauté se sont entretenues avec lui pour discuter de sa vision du CRIEM, de son nouveau mandat et, bien sûr, de Montréal :

Pourquoi un centre de recherche consacré à Montréal?

« Montréal se situe au croisement des chemins de tant de personnes et de domaines d'activités, de projets nationaux et culturels; c'est fascinant à observer. Ça vaut la peine de regrouper les gens qui s'y intéressent. Les universités sont très nombreuses dans le contexte montréalais, mais elles ont l'habitude de se renfermer sur elles-mêmes, comme des forteresses. Il s'agit donc de trouver des moyens de faire dialoguer et interagir les acteur·trice·s. C’est important de créer des centres comme le CRIEM pour bâtir des liens avec des secteurs diversifiés et les communautés de notre milieu, de notre espace social et culturel aussi.

Montréal existe aussi dans l'imaginaire de plusieurs personnes et cultures. On ne retrouve pas le même esprit de mystère et de fascination autour d'autres villes. Le rêve de l'humanité est de pouvoir se regrouper, d'être ensemble, de ne pas s'inquiéter de l’apparence ou du statut. C’est un rêve qui peut se réaliser à Montréal. Cette dimension fait l’objet d’une reconnaissance et d’un intérêt très bien développés dans le Canada anglais. Il y a une mythologie qui existe, et qui devient réalité parce que les gens et les institutions montréalaises créent ce monde, se donnent la permission de le faire. »

Que signifie pour vous la mission de recherche-action du CRIEM?

« Il est très important pour une université d'étudier le milieu dans lequel elle se situe. Ce n’est pas tout le monde qui veut ou qui est en mesure de le faire, mais cette mission est cruciale car elle encourage et renforce la possibilité de connecter, de s'engager, etc. C’est particulièrement important pour McGill, et ce sur deux plans. D’abord, il s’agit d’une université où il y a beaucoup d'activité en termes de recherche. Il y a tellement de choses qui se passent avec les différents projets que c'est crucial d'avoir un noyau où il est possible de se croiser, de collaborer entre chercheur·euse·s. Ensuite, il y a un stéréotype que l’Université McGill n'est pas liée à Montréal, ne fait pas partie du Québec et évolue sur une autre planète. Cela s’explique par des enjeux linguistiques, politiques, coloniaux et de racisme systémique. Évidemment, il y a du travail à faire pour se rattraper.

Le fait que le campus principal de McGill se situe au centre de la ville suggère, implore que quelque chose comme le CRIEM existe. Jusqu’à présent, McGill n'a pas trop investi dans ses interactions avec le milieu [non académique]. À mon avis, ça doit être une priorité, même si le but des universités est de prendre du recul, de se retirer de tout ce qui se passe dans le monde. Il est possible d'avoir les deux. Il est clair que les universités doivent se réinventer, surtout avec les changements, les bouleversements actuels, la pandémie, etc. »

Comment entrevoyez-vous votre mandat pour l’année à venir?

« Une des raisons pour lesquelles je me suis impliqué au sein du CRIEM dès sa naissance, c’est que l’engagement avec les communautés, pour moi, est primordial. Cela ne peut être fait sans le CRIEM, qui regroupe les gens de différentes facultés et qui est très diversifié [sur le plan des objets d’étude et des méthodologies]. Ce qui m’intéresse le plus, c’est d’aller plus loin avec les démarches d’engagement avec le milieu et de voir comment parler de coproduire des connaissances – qu’est-ce que c’est, Montréal? Qu’est-ce qu’on peut faire avec quelque chose comme Montréal? Et ce, d’une manière sensible et génératrice qui va célébrer et embrasser toutes les forces et les richesses de ce milieu. »

Pensez-vous que le nouvel arrimage du CRIEM au sein de la Faculté de génie va influencer ses orientations et ses travaux?

« Je pense que oui [dans la mesure où la Faculté de génie est plus axée sur la formation professionnelle, les disciplines liées à l’action et à l’intervention], mais ce n’est pas un projet en soi. […] Le doyen de ma faculté est enthousiaste envers l’intégration, la démarche et les activités du centre. Il y a un intérêt de solidarité et de coconstruction. Dans tous les cas, c’est difficile de réorienter toute la machine, de changer l’organigramme de l’université. On va bénéficier d’une collaboration, en principe ou en esprit, entre la tendance de se reculer avec sagesse afin de regarder le monde avec un œil critique, comme l’on fait dans les sciences humaines et les arts, et la tendance d’agir de manière réfléchie qui existe dans le monde du génie et des écoles professionnelles dont l’architecture et l’urbanisme. »

En tant que spécialiste d’ethnographie, d’urbanisme et d’architecture, comment décririez-vous la métropole à des non-Montréalais·es?

« J’ai fait cet exercice il y a quelques années, dans le cadre d’un colloque. J’ai été invité à nommer des mots-clés pour décrire Montréal : hybridité, ouverture, un certain laisser-aller. La ville présente une mentalité relaxe, dans le sens qu’il n’y a pas une bloody-mindedness [un caractère difficile]. C’est un champ des possibles des plus intéressants et stimulants. L’hybridité, sur le plan fonctionnel, signifie qu’on accepte la diversité et la différence, qu’on n’a pas de préférences, de prétention, de plan selon lequel “il faut être comme ça”. En même temps, il y a des rigidités. Montréal, c’est une tension entre fluidité et rigidité. C’est une ville super intéressante et accessible, si on est prêt·e à investir un peu d’énergie et de temps pour s’y intégrer. »

Que souhaitez-vous pour Montréal?

« D’un point de vue instrumental et spécialiste, en termes de gestion, de gouvernance, etc. : que Montréal acquière une certaine autonomie comme palier de gouvernement. Je suis d’accord avec Daniel Weinstock quand il dit que les villes n’existent pas vraiment, dans le système de l’État. Je souhaite à Montréal d’avoir une autonomie pour pouvoir gérer son avenir, en tant que région. Je veux juste qu’elle ait la liberté de poursuivre son chemin.

S’il y avait quelque chose à changer au sein de ça, ce serait d’améliorer les façons de dialoguer entre nous. Que ce soit de la gouvernance ou d’enjeux tels que le racisme systémique. On a plusieurs dispositifs à cet égard; l’Office de consultation publique est unique au monde. Cela dit, les audiences publiques sont très formalisées. Qu’est-ce qu’on peut faire pour augmenter les façons d’interagir et de discuter? La société civile est riche et florissante à Montréal, ça vaut la peine d’en tirer profit au maximum. »

À propos de Montréal…

Quartiers préférés : Mile-End, Lachine, Verdun, « là où il y a des collisions, des contradictions, où l’effet frontière est présent avec des mutations, des hybridités, des terrains vagues au sens littéral et figuré – mais où il y a du travail à faire pour contrer les effets pervers de gentrification et de fétichisme de l’urbain comme marchandise »

Œuvres de fiction préférées : Je suis un écrivain japonais (Dany Laferrière, 2008), L’énigme du retour (Dany Laferrière, 2009), Bonheur d’occasion (Gabrielle Roy, 1939)

Ouvrages d’histoire et d’architecture : Montréal en évolution : quatre siècles d’architecture et d’aménagement (Jean-Claude Marsan, 2016), Montreal: The Quest for a Metropolis (Annick Germain et Damaris Rose, 2000), Pignon sur rue : les quartiers de Montréal (Michèle Benoît et Roger Gratton, 1991)

Symbole incontournable : l’appartenance géographique de la ville et la façon dont « le paysage humain est indissociable des éléments géomorphologiques – l’Île, la rivière, l’archipel, le fleuve toujours en mouvement »

En bref, Nik Luka se dit très heureux d’assumer le rôle de directeur intérimaire. Il souhaite saluer ce qui a été fait par son prédécesseur, Pascal Brissette, et toute l’équipe du CRIEM. « C’est un plaisir de pouvoir interagir avec toutes ces personnes et de contribuer à renforcer encore davantage la mission, le mandat et les opérations du centre », conclut-il.

Nous lui souhaitons une chaleureuse bienvenue!

Back to top