Émissions de méthane sous-estimées aux abords des puits de pétrole et de gaz abandonnés

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Aux États-Unis et au Canada, des mesures plus précises s’imposent
Publié: 19jan2021

Bulles de méthane dans l’eau entourant un puits non scellé en Pennsylvanie. PHOTO : Mary Kang

Une étude récente réalisée à l’Université McGill et publiée dans la revue Environmental Science and Technology révèle que les émissions annuelles de méthane s’échappant des puits de pétrole et de gaz abandonnés ont été grandement sous-estimées – jusqu’à 150 % au Canada et 20 % aux États-Unis. Actuellement, ces puits seraient aux dixième et onzième rangs des principales sources d’émissions anthropiques de méthane aux États-Unis et au Canada. Comme le méthane contribue davantage au réchauffement de la planète que le dioxyde de carbone, surtout à court terme, les chercheurs jugent qu’il est essentiel de mieux évaluer les émissions de méthane provenant des puits abandonnés afin de comprendre leurs répercussions sur l’environnement et de trouver une solution au problème.

Beaucoup d’inconnues

Comme le montre l’étude, il est difficile d’estimer le volume total des émissions de méthane attribuables aux puits de pétrole et de gaz abandonnés dans les deux pays en raison du manque d’information sur le nombre de puits et sur les quantités de méthane qu’ils laissent échapper chaque année, selon qu’ils ont été bien obturés ou non.

« Au Canada et aux États-Unis, l’exploitation pétrolière et gazière a débuté à la fin des années 1850 », explique Mary Kang, auteure en chef de l’article et professeure adjointe au Département de génie civil de l’Université McGill. « De nombreuses compagnies n’existent plus, ce qui complique la recherche d’information sur les puits. »

Des milliers de puits de pétrole et de gaz abandonnés non consignés

Pour compter les puits de pétrole et de gaz abandonnés, les chercheurs ont analysé les bases de données de 47 États, provinces et territoires, ainsi que des articles de recherche et des répertoires nationaux de puits forés et actifs aux États-Unis et au Canada.

Ils ont estimé à plus de quatre millions le nombre de puits abandonnés aux États-Unis, parmi lesquels au-delà de 500 000 ne sont pas répertoriés par les organismes étatiques concernés. Le tableau est semblable au Canada. Les archives de l’Association canadienne des producteurs pétroliers ne remontent qu’à 1955, alors que des documents historiques confirment que l’exploitation pétrolière et gazière a commencé dans les années 1850 au Canada. D’après les sources consultées par les chercheurs, le Canada compterait au-delà de 370 000 puits de pétrole et de gaz abandonnés, dont plus de 60 000 ne sont pas consignés dans les bases de données des organismes provinciaux ou territoriaux.

Les archives gouvernementales ne tiennent pas compte de toutes les fuites de méthane

Pour avoir une meilleure idée de la quantité de méthane qui émane de ces puits, les chercheurs ont analysé près de 600 mesures directes tirées d’études existantes réalisées sur des puits abandonnés en Ohio, au Wyoming, en Utah, au Colorado, en Oklahoma, en Virginie-Occidentale et en Pennsylvanie, aux États-Unis, ainsi qu’en Colombie-Britannique et au Nouveau-Brunswick, au Canada. Ils ont établi différents scénarios pour attribuer aux puits des niveaux d’émission de méthane annuels en fonction du type de puits – pétrole ou gaz – et de l’intégrité du bouchon, s’il y en a un.

« Nous avons constaté que les émissions de méthane provenant de puits abandonnés varient selon les régions; il est donc important d’obtenir des mesures du Texas et de l’Alberta, où l’on trouve la plus grande quantité de puits aux États-Unis et au Canada et où aucune mesure directe n’a encore été effectuée », précise James P. Williams, auteur principal de l’étude et doctorant au Département de génie civil de l’Université McGill.

Aux États-Unis, les cinq scénarios révèlent des émissions annuelles environ 20 % supérieures aux estimations de l’Environmental Protection Agency des États-Unis pour 2018. Au Canada, les résultats indiquent que les émissions de méthane seraient près de trois fois supérieures aux estimations d’Environnement et Changement climatique Canada pour 2018.

« Au fur et à mesure que les sociétés tourneront le dos aux combustibles fossiles, des millions de puits de pétrole et de gaz seront abandonnés partout dans le monde, affirme Mary Kang. Nous devons déterminer rapidement les répercussions de ces puits sur le climat, l’air, l’eau et l’environnement en général. »

L’article « Methane Emissions from abandoned oil and gas wells in Canada and the US », par James P. Williams, Amara Regehr et Mary Kang, a été publié dans Environmental Science and Technology.

DOI : 10.1021/acs.est.0c04265

La recherche a été financée par le Fonds de recherche du Québec – Nature et technologies, une bourse de doctorat en génie de McGill et une bourse de mobilité pour les étudiants aux cycles supérieurs de McGill.
 

L’Université McGill

Fondée en 1821 à Montréal, au Québec, l’Université McGill figure au premier rang des universités canadiennes offrant des programmes de médecine et de doctorat. Année après année, elle se classe parmi les meilleures universités au Canada et dans le monde. Grand établissement et haut lieu de la diversité, l’Université McGill exerce ses activités de recherche dans deux campus, 11 facultés et 13 écoles professionnelles; elle compte 300 programmes d’études et au-delà de 40 000 étudiants, dont plus de 10 200 aux cycles supérieurs. Elle accueille des étudiants originaires de plus de 150 pays, ses 12 800 étudiants internationaux représentant 31 % de sa population étudiante. Au-delà de la moitié des étudiants de l’Université McGill ont une langue maternelle autre que l’anglais, et environ 19 % sont francophones.

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