De la ville intelligente à la ville intelligible

Livre «De la ville intelligente à la ville intelligible»Emmanuelle Caccamo, Julien Walzberg, Tyler Reigeluth et Nicolas Merveille (dir.). De la ville intelligente à la ville intelligible, Québec, Presses de l’Université du Québec (coll. « Cahiers du Gerse »), 2019.

Lecture commentée par Ana Brandusescu, professeure praticienne 2019-2021 (août 2021) :

Les villes intelligentes posent de nombreux défis aux démocraties. Dans son chapitre « La ville intelligente : défis pour la démocratie », Jean-François Gagné part de questions souvent analysées en matière des droits légaux, des intentions et du pouvoir des entreprises pour déplacer le débat vers les déséquilibres de pouvoir dans la participation et l’engagement civiques dans les villes intelligentes. Gagné utilise des modèles démocratiques pour structurer son analyse des choix politiques qui s’offrent aux citoyen·ne·s. Il s’agit d’un sujet difficile à traiter, car il remet en question le statu quo et les choix de technologies utilisées, en particulier leurs impacts et leur influence sur les citoyen·ne·s et la démocratie en général. Avec les villes intelligentes viennent les algorithmes, l’intelligence artificielle et les technologies émergentes de manière générale qui ont de profondes implications sociales, économiques et politiques.

Deux questions surgissent dans ce chapitre : le lobbying technologique et la confiance du public. Ce que nous observons aujourd'hui, c’est une gouvernance et une réglementation privées qui soutiennent des comportements monopolistiques et l’attribution exclusive de contrats à certains fournisseurs. Cette gouvernance donne préséance à l’intérêt privé aux dépens de l’intérêt public. Quelle peut être l’efficacité du lobbying technologique au nom du public si le lobbying au nom des entreprises est si puissant? Par conséquent, le flou qui entoure les acteur·rice·s des secteurs public et privé peut évacuer la responsabilité et l’obligation de rendre des comptes, ce qui peut avoir des effets importants sur la manière dont nos institutions sont gouvernées. Compte tenu des problèmes bien connus et étudiés des systèmes algorithmiques, tels que la discrimination fondée sur la race, le genre, la classe sociale et autres, comment la participation algorithmique peut-elle servir les gens?

Pour gagner la confiance du public, il faut plus que de la transparence. Il faut un investissement et un engagement à long terme en faveur de la redevabilité et de la justice. Parfois, il nous est impossible de faire confiance à certaines personnes ou institutions sur la base de leurs antécédents en matière de reddition de comptes ou de droits de la personne. La confiance nécessite également un investissement dans des structures et des systèmes de gouvernance qui garantissent la possibilité de contester les décisions du gouvernement. Une « approche citoyenne » suggère un besoin de participer autant que d’être écouté·e. Il s’agit d’un défi systémique à long terme qui nous amène au-delà du domaine de la ville intelligente. Pour l’instant, les personnes qui sont entendues sont toujours celles qui disposent de ressources telles que l’éducation, l’argent et le temps. Dans le cas des villes intelligentes, l’obtention d’une participation significative et approfondie nécessitera un soutien et des ressources à long terme. Il sera important de revenir sur les débats soulevés dans le chapitre de Gagné lorsque des villes comme Montréal s’efforceront de mettre en œuvre de nouvelles politiques, telles que la Charte des données numériques. [Visionner l’enregistrement vidéo du séminaire basé sur ce livre.]

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