Simon Yiu-Tsan Ng

Le CRIEM accueille Simon Yiu-Tsan Ng à titre de chercheur en résidence 2017-2018. 

Originaire de Hong Kong, Simon Yiu-Tsan Ng a obtenu son doctorat de l'Université de Montréal, en études anglaises, au printemps 2016. Il révise actuellement sa thèse Imperfect flâneurs: Anti-heroes of modern life en vue de la publier. En tant que chercheur en résidence, Simon contribue aux recherches interdisciplinaires du CRIEM en s’intéressant à la fois à la traduction, aux études littéraires et à l'architecture.

Dans un nouveau projet de recherche intitulé Les escaliers de Montréal, le “not-yet", et les approches vers l’intraduisible (Montreal’s Stairs, the Not Yet, and Approaches towards the Untranslatable), le chercheur a recours aux escaliers de Montréal – en particulier les escaliers-balcons en colimaçon qui sont emblématiques de l'espace urbain montréalais – comme métaphore architecturale qui permet de lire et écrire la littérature contemporaine et la vie quotidienne.

 

Description de projet

Le Paris du XIXe siècle est devenu une source d'inspiration importante pour Walter Benjamin dans ses écrits sur la littérature moderne et la vie urbaine. Arcades et escaliers sont des dérivés de passages. L’arcade, en tant qu'espace de consommation capitaliste, crée des surfaces multiples qui facilitent l'étalage des biens et des marchandises. Pourtant, elle constitue également un espace lisse dans lequel la friction est considérablement réduite. Alors que le pont est une métaphore morte pour la traduction, les arcades fournissent la forme d'un modèle idéal de traduction que Benjamin préconise dans La Tâche du traducteur : « Car si la phrase est le mur devant la langue de l'original, la littéralité est l’arcade. » Benjamin prend également l'arcade comme une métaphore de l'espace entre les langues en traduction où les différences sont révélées plutôt qu'ignorées, et affichées côte à côte (Sherry Simon 2006, 130-1). La comparaison est un mode de lecture préféré dans cet espace d'arcades, comme dans la discipline académique contemporaine de littérature comparée.

D'un autre côté, les escaliers accentuent les frictions et les irrégularités. Plutôt que d'afficher des différences via l'interaction des surfaces, elles nous connectent à de multiples latitudes de la vie quotidienne. Dans le monde contemporain de la pluralité, il y a des cas d'intraduisibilité qui résistent à la comparaison et ne peuvent être réduits simplement à des « différences ». Si la consommation est motivée par une passion pour le code, comme le suggère Jean Baudrillard, toute approche de l'intraduisible doit être comprise comme une pulsion du « not yet » – un geste ou une attitude, comme Erin Moure le perçoit à travers la lecture par Hélène Cixous, d’« aproximação » de l'écrivain brésilien Clarice Lispector, de « devenir proche, de s'approcher de quelque chose, de se rapprocher » face à un autrui ou à l'intraduisible. En bref, le « not yet » révèle chaque étape du devenir proche de l'intraduisible au travers de latitudes inégales à la manière de la structure des escaliers.

L'intraduisible peut être considéré comme ce qui n'a pas encore été anticipé [not yet anticipated] dans le langage - ou selon les termes de Gail Scott « a future not yet dreamed of », et ce qui restera dans le temps perpétuel de la traduction (comme on dit en anglais, le « not yet translated »).

Les escaliers de Montréal, le « not yet », et les approches de l'intraduisible constituent ainsi trois composantes majeures et interdépendantes de ce projet. Respectivement, les objectifs de cette recherche sont triples : d'abord, exposer la théorie du not yet comme un nouveau terme critique notamment par le « not yet » (« aproximação ») dans la poétique d'Erin Moure, le « future not yet dreamed of » de Gail Scott dans ses récits subjonctifs ; deuxièmement, aborder les implications du « not yet » dans différents escaliers illustrés dans plusieurs textes culturels montréalais tels que la sculpture en aluminium Révolutions de Michel de Broin ; troisièmement, explorer de nouvelles directions de recherche dans l'étude de la traduction et de l'intraduisible qui soulignent le désir du « not yet », et reconnaître l'incomparabilité et l'inégalité des langues, par des discussions sur des textes littéraires tels que Les réflexions de Nathanaël (Nathalie Stephens), sur l'autotraduction et l'intraduisible d'Erin Moure et Oana Avasilichioaei, de même que les réinventions de « Nicole Brossard » en anglais à travers les multiples voix de traducteurs montréalais tels que Susanne de Lotbinière-Harwood, Angela Carr, Erin Moure et Robert Majzels .

 

Domaines de recherche

La littérature et la ville

Traduction

Théorie et critique littéraire

Littérature contemporaine du monde

 

Éducation

BA, Université de Hong Kong

MPhil, Université de Hong Kong

PhD, Université de Montréal