Ce sont plus de quatre-vingt participants provenant de divers milieux liés à la jurilinguistique qui ont participé le 31 août dernier au troisième Institut d'été de jurilinguistique, qui s'est tenu à la Faculté de droit de l'Université McGill. L'Institut a été organisé par le Centre de recherche en droit privé et comparé du Québec (maintenant le Centre Paul-André Crépeau de droit privé et comparé), en collaboration avec les autre membres du Réseau des centres de jurilinguistique. Parmi les participants, nous pouvions compter des représentants de la Cour suprême du Canada, de la Cour d’appel du Québec, du Bureau de la traduction, du ministère des Travaux publics et des Services gouvernementaux du Canada, du ministère de la Justice du Canada, ainsi que de traducteurs, des avocats et des notaires tant autonomes qu’affiliés aux grands cabinets d’affaires montréalais. De même, des professeurs et chercheurs de l’Université McGill, de l’Université de Montréal, de l’Université de Sherbrooke et même de l’Université de Milan (Italie) se sont joints au groupe des participants. Le programme scientifique de la journée était d’ailleurs particulièrement bien adapté à la diversité de cet auditoire. Universitaires et praticiens ayant en commun un vif intérêt et un regard perçant sur les questions jurilinguistiques ont eu l’occasion de présenter divers exposés aux participants.
La journée a débuté avec le mot d’ouverture du directeur du Centre, le professeur Lionel Smith, suivi d'une première séance présidée par Me France Allard.
Me Francie Gow a alors eu l'occasion de partager son expérience et ses réflexions en s’inspirant de son parcours professionnel au cours duquel elle a découvert et approfondi le domaine de la traduction juridique, passant du point de vue d’une traductrice néophyte du droit à celui d’une étudiante en droit, et enfin à celui d’une traductrice-avocate. Elle a souligné l’importance pour le traducteur de bien prendre la mesure de ce qu’il ignore du droit et des difficultés intrinsèques à un tel exercice. Elle a notamment élaboré sur l’importance d’avoir une compréhension fine des enjeux procéduraux pour être bien en mesure de traduire un jugement.
La deuxième partie de la séance a été animée par Mme Jimena Andino Dorato, doctorante à l’Université de Montréal et chercheure au CRDPCQ. Dans une perspective plus théorique et en utilisant comme illustration les différentes étapes du processus qui a mené à la publication d’une édition trilingue du Code Civil du Québec (espagnol, français, anglais), Mme Andino Dorato a présenté plusieurs difficultés inhérentes à une telle entreprise de traduction juridique. En plus de présenter un inventaire des forces et des faiblesses de la méthode adoptée dans le cadre de ce processus de traduction, elle a aussi souligné l’importance de la jurilinguistique en tant qu’auxiliaire de la théorie du droit, en soulignant notamment le rôle d’interprète du traducteur.
Après une pause où échanges conviviaux entre conférenciers et participants se sont poursuivis, l'auditoire a eu l'occasion d'assister à une table ronde animée par Me François Blais. Les présentations de Mme Sylvette Savoie Thomas, Mme Isabelle Chénard et de Mme Iliana Auverana ont porté respectivement sur le processus de normalisation du vocabulaire français de la common law, sur la rédaction d’un dossier de normalisation, et sur les publications de la Promotion de l’accès à la justice dans les deux langues officielles (PAJLO). Durant les riches discussions ayant suivi la table ronde, les questions de la possibilité de mise à jour des dossiers et des prochains champs du droit dont le vocabulaire devrait faire l’objet d’un effort de normalisation furent abordées. Les textes de Mmes Thomas, Chénard et Auverana sont disponibles ici : Sylvette Savoie Thomas Le processus de normalisation [pdf], Isabelle Chénard Techniques employées pour normaliser le vocabulaire français de la common law [pdf], Iliana Auverana Les publications du PAJLO - acquis et défis [pdf].
En après-midi, lors d'une séance présidée par la professeure Yaëll Emerich, Mme Gisèle Barnabé de l’Institut Joseph-Dubuc a analysé la possibilité de transposer au domaine juridique un modèle de formation en français offert aux professionnels du domaine de la santé manitobain par l’Institut Joseph-Dubuc. Tout comme le programme en santé a pour but l’accès au système de santé en français aux francophones du Manitoba, la mise sur pied d’un programme de formation pour les professionnels du domaine juridique serait susceptible de favoriser l’accès à la justice en français.
Ensuite, Mme Aileen Doetsch, traductrice pour l’Institut Max Planck d’Hambourg, a présenté les défis jurilinguistiques que pose la traduction de la doctrine juridique, et ce tout particulièrement en regard de la diversité des langues et des systèmes juridiques au sein de l’Union européenne. Mme Doetsch, en s’appuyant sur son expérience de traduction d’articles scientifiques de droit comparé de l’allemand vers l’anglais, a plus particulièrement souligné les embûches qui attendent le traducteur lorsqu’il s’efforce d’agir comme médiateur entre plusieurs cultures juridiques et linguistiques.
La dernière séance a été animée par M. le juge Nicholas Kasirer, récemment nommé à la Cour d’appel du Québec. Après avoir présenté une vive illustration du débat entre les tenants de la théorie de la naturalisation et ceux de la théorie de l’exotisation en traductologie, M. Kasirer a fait état de ses réflexions et des enjeux soulevés par l’entreprise de traduire un auteur tel que le regretté Gérard Cornu, chez qui le droit et son expression en langue française apparaissent presque indissociables. Ainsi, le juge Kasirer s’est demandé quelle place il lui faudrait laisser au français civiliste de Cornu dans la traduction anglaise qu’il prépare. C’est au doyen intérimaire Daniel Jutras que revenait la tâche de conclure la composante scientifique de la journée. Le doyen Jutras a souligné le fait que l’Institut d’été de jurilinguistique inaugurait deux nouvelles salles de la Faculté de droit, et se réjouissait que cet espace eut connu son baptême du feu dans le cadre d’un évènement si couru et si enthousiasmant. Il invita ensuite tous les participants à se joindre à lui pour un cocktail dans l’Atrium de la Faculté de droit.
En définitive, l’édition 2009 de l’Institut d’été de jurilinguistique a connu un succès retentissant, tant en raison du nombre important d’inscriptions que par une programmation scientifique de qualité. Autant les organisateurs et que les responsables des centres membres du Réseau des centres de jurilinguistique et les participants ont exprimé leur grande satisfaction vis-à-vis cet évènement.
