Professeure Isabelle Daunais : redonner au suivant tout en faisant confiance à la vie

Professeure titulaire au département de langues et de littérature françaises à l’Université McGill.

Passionnée des mots et d’écriture, professeure Isabelle Daunais a publié plusieurs ouvrages dont le Roman sans aventure (Boréal, 2015), Des ponts dans la brume (Boréal, 2008) ainsi que co-dirigé avec François Ricard La Pratique du Roman (Boréal, 2012), pour ne nommer que ceux-là. Elle a été titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l’esthétique et l’art du roman (2011-2018). La professeure Daunais est également récipiendaire de nombreux prix incluant le prix André-Laurendeau de l’ACFAS (2017), le prix du rayonnement de la langue et de la littérature françaises de l’Académie française (2011) et a été élue à la Société royale du Canada (2013). C’est dans ses bureaux que j’ai eu la chance de rencontrer cette professeure-chercheuse prolifique.

D’entrée de jeu, elle m’avouera qu’elle n’entrevoyait pas d’emblée une carrière académique, il y a de nombreuses années. C’est sous les encouragements d’un professeur au baccalauréat que la porte des cycles supérieurs s’est entrouverte dans son esprit : « Vous devriez poursuivre à la maîtrise » avait-il écrit sur l’un de ses travaux universitaires de l’époque. Désireuse de se dépasser au plan intellectuel et par amour pour son champ d’études, elle suivit le conseil avec une certaine « naïveté » me dit-elle. La suite de son parcours se déroulera un peu « par hasard » : c’est pendant ses études de maîtrise qu’elle se découvrira une passion pour la recherche.

Après des études doctorales ainsi que des postes à l’Université Concordia et l’Université Laval, la professeure Daunais enseigne aujourd’hui à McGill depuis 15 ans. Fière de son parcours et de la reconnaissance qu’elle a reçue au fil des ans, elle ressent beaucoup de gratitude envers la vie de lui avoir permis de vivre de sa passion. Modeste et humble, elle garde à l’esprit toutes les personnes qui lui ont permis de se rendre là où elle est aujourd’hui. Elle m’explique que son travail lui apporte deux grandes satisfactions. La première, le processus d’écriture et de publication dans son ensemble. Elle affirme que c’est gratifiant de se plonger dans un processus de longue haleine et de le voir aboutir sur la forme d’un livre ou d’une thèse. La deuxième satisfaction, qui constitue la partie préférée de son métier, est la supervision des étudiants aux cycles supérieurs. « A chaque fois que j’écris une lettre de recommandation pour un ou une étudiante, je le fais avec plaisir parce que je me souviens qu’il y a des gens qui l’ont fait pour moi à une certaine époque. »

Isabelle Daunais est consciente qu’elle évolue dans un domaine où il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus. De plus, tout au long de ses études supérieures, elle a été soutenue par des bourses d’excellence. Néanmoins, elle est consciente du fait que le milieu universitaire produit actuellement trop de doctorants pour le nombre de postes de professeurs disponibles sur le marché, et ce, dans de nombreuses disciplines. Elle se félicite pourtant d’avoir écouté son cœur et d’avoir gardé l’esprit ouvert sur ses possibilités après son doctorat. C’est d’ailleurs le conseil qu’elle donne aux étudiants qu’elle supervise : « Il faut que les étudiants aient un plan B au cas ou le plan A ne fonctionnerait pas. Les déceptions peuvent être très grandes si les étudiants misent tout sur une carrière de professeur-chercheur à l’université. » La professeure Daunais parle notamment de créativité en dressant des liens entre les différents domaines où les diplômés de doctorat peuvent évoluer professionnellement : enseignement au cégep, dans le monde de l’édition, dans l’administration des universités, etc. Il est important que les étudiants n’aient pas un plan de carrière trop rigide et préétabli afin qu’ils demeurent ouverts aux opportunités que la vie peut leur offrir. La professeure Daunais explique cependant qu’elle ne découragerait jamais un étudiant de poursuivre des études doctorales : « Il faut que l’étudiant se demande s’il éprouverait des regrets à ne pas faire un doctorat. » Dans l’affirmative, il faut foncer, car les études doctorales sont des « acquis intellectuels que personne ne peut nous enlever » dit-t-elle.

Je lui demande, vers la fin de l’entretien, ce qu’elle aimerait faire au cours des prochaines années. Spontanément, elle me dit qu’elle ne souhaite continuer qu’à faire ce qu’elle fait déjà. La professeure Isabelle Daunais est sur son X, se sent à sa place et ne voudrait pas ailleurs. Définitivement, on peut affirmer sans hésitation qu’elle a trouvé sa place et qu’elle n’a aucun regret ce qui constitue un magnifique modèle d’inspiration pour la relève académique.