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« Nous devons continuer à raconter notre histoire », a indiqué la principale.

La principale Heather Munroe-Blum a du pain sur la planche, alors qu’elle se prépare au Sommet provincial sur l’enseignement supérieur à Montréal, tout en s’attachant à dénouer la crise budgétaire causée par des compressions récemment annoncées par le gouvernement. Elle a partagé son point de vue au sujet d’enjeux fondamentaux avec The Reporter. (Article publié le 22 février dans The Reporter.)

À l’heure actuelle, la communauté mcgilloise est préoccupée par l’incidence des compressions du gouvernement sur l’ensemble des activités de l’Université. Face à un état des choses en perpétuel changement, pouvez-vous faire la lumière sur la situation à venir?

Il est encore trop tôt pour établir l’ampleur de l’incidence de ces compressions, bien que nous sachions déjà qu’elle sera très importante. Ces compressions toucheront chaque membre de l’Université – étudiants, professeurs et personnel.

En décembre dernier, le gouvernement a indiqué aux universités québécoises qu’il réduirait leur financement global de 250 M$ au cours de l’exercice en cours et du prochain. Pour McGill, cela représente environ 19 M$ par année, totalisant 38 M$ sur deux ans.

Qui plus est, le gouvernement a par ailleurs indiqué qu’il nous faut réduire nos dépenses au moins de moitié (dans notre cas, cela signifie 19 M$) d’ici la fin d’avril 2014 pour éviter d’alourdir les compressions déjà exigées.

Ces réductions du soutien à l’enseignement supérieur sont irréalistes et auront une incidence des plus néfastes sur l’ensemble des universités québécoises. Comme je l’ai indiqué aux membres du Conseil des gouverneurs la semaine dernière, ces compressions – alors que le système est déjà confronté à un sous-financement qui perdure – menacent l’essence même de la qualité et de l’accessibilité de l’enseignement postsecondaire au Québec.

Pour remplir leur mission, les universités doivent pouvoir compter sur une aide financière à la fois prévisible et soutenue. Pourtant, il s’agit du quatrième changement majeur à cet égard en dix mois. Il y a moins d’un an, de nouveaux revenus nous ont été promis. Nous sommes donc face à une crise fabriquée de toutes pièces par le gouvernement, qui entrave notre capacité à prévoir le déploiement de nouveaux cursus et à nous mesurer aux autres provinces et pays. À l’opposé de ce que nous vivons, de nombreux pays accroissent leurs investissements dans ce domaine.

Le vice-principal exécutif et le vice-principal (administration et finances) ont tenu des assemblées sur les compressions budgétaires afin de décrire notre situation et de solliciter des suggestions. Au-delà des restrictions financières, McGill doit prioriser la qualité de ses activités d’enseignement et préserver sa mission à titre d’université publique axée sur la recherche et la réussite étudiante. Quoi qu’il en soit, tous devront faire plus avec moins. Comme l’Université consacre plus de 70 pour cent à la rémunération, l’abolition de postes semble inévitable.

Quelle est l’ampleur des effets du sous-financement à McGill?

Au pays, parmi les 15 universités dotées d’une école de médecine, McGill occupe le 11e rang quant au pourcentage du budget de fonctionnement affecté aux services aux étudiants. Relativement à l’entretien différé, l’Université affiche un lourd déficit : plus de 620 M$. McGill accuse un déficit supérieur de 100 M$ en ce qui a trait à son régime de retraite pour 2012 et un déficit cumulatif de 275 M$ (PCGR) – lesquels augmenteront une fois ces compressions mises en œuvre.

Si nous sommes parvenus, après d’importants efforts, à accroître l’aide financière et les services aux étudiants, la rémunération que nous offrons au corps professoral n’atteint toujours pas le niveau souhaité.

En raison de cela, McGill perd des professeurs et des chercheurs. Pour s’attaquer à ses principaux objectifs et offrir des programmes novateurs de sorte de pouvoir mesurer à ses pairs aux quatre coins du monde, McGill est continuellement forcée de solliciter des fonds externes, auxquels elle doit affecter la somme correspondante. L’Université est perpétuellement en quête des ressources adéquates.

Vous avez qualifié le Sommet sur l’enseignement supérieur de farce. Vaut-il la peine d’y assister? Certains groupes étudiants boycottent l’événement, arguant que leurs demandes ne seront pas traitées avec sérieux. Pourquoi donc y prendre part?

À mon avis, il est préférable de présenter en personne les arguments en faveur d’un financement stable et adéquat au soutien d’un système d’enseignement supérieur énergique, viable et accessible. Fondés sur des preuves, nos arguments soutiennent que les universités québécoises accusent un sous-financement annuel de plus de 800 M$. Les compressions supplémentaires approfondissent l’immense fossé en matière de recherche, d’enseignement et de recrutement au sein des universités québécoises, lesquelles – en dépit d’allégations contraires – sont généralement bien gérées et gouvernées. 

Comment les universités parviendront-elles à persuader les Québécois que l’argent qu’elles reçoivent est effectivement bien géré, bien dépensé et qu’il représente un investissement hautement profitable à la société québécoise?

Nous devons continuer à raconter notre histoire.

Les coûts de gestion des universités québécoises s’inscrivent dans la moyenne canadienne. Nous sommes entièrement transparents. Nous souhaitons que la population comprenne que cette transparence a un prix. Fournir les services de pointe et le soutien nécessaire entraîne des coûts.

Pour la plupart, nos prédécesseurs n’avaient pas de tels soucis. En effet, il est coûteux de gérer judicieusement une institution vaste et complexe, qui a connu une croissance exponentielle et qui s’est grandement complexifiée au cours des 10 ou 20 dernières années.   

Reconnue pour son calibre exceptionnel aux palmarès universitaires nationaux et mondiaux, McGill affiche en outre une cote de crédit Standard & Poor’s supérieure à celle du Québec. Reconnue par des organisations canadiennes pour la qualité de son environnement de travail, l’Université a été classée parmi les 100 meilleurs employeurs au pays. Elle a obtenu un prestigieux prix nord-américain en reconnaissance de son processus budgétaire deux années de suite. Tout cela témoigne de sa bonne gestion.

Selon le gouvernement canadien, 75 pour cent des emplois créés au cours de la prochaine décennie exigeront des études postsecondaires ainsi, pour la plupart, qu’une formation professionnelle et un diplôme aux cycles supérieurs. Il s’agit là de données qui confirment l’importance des décisions des Québécois en matière d’enseignement supérieur – et des risques certains de la médiocrité.

Les avantages issus de l’enseignement supérieur rejaillissent sur chacun d’entre nous. Une population instruite est en meilleure santé, fait moins appel aux services sociaux et, par ses revenus, contribue davantage au bien public. Sur le plan personnel, le diplômé universitaire est plus heureux, obtient une rémunération supérieure et peut compter sur des possibilités d’emploi accrues. Pour assurer leur réussite, les entreprises et les organisations communautaires et sociales doivent se doter d’un personnel bien formé, adaptable, créatif et ouvert sur le monde. Par ailleurs, au sein d’une société instruite s’exerce une démocratie plus soutenue.

Nous devons rappeler aux Québécois les avantages colossaux qu’ils retirent des universités – et non pas exclusivement en termes financiers, comme les 5 G$ qu’injecte McGill chaque année dans l’économie québécoise –, mais également en ce qui a trait aux soins de santé, à l’éducation, à la science et à la technologie, à la compréhension sociale et à la création d’un monde meilleur, ici et à l’étranger.  

Si le gouvernement décidait soudainement d’accorder les sommes adéquates aux universités, à quoi McGill affecterait-elle ses ressources?

Nos priorités ont toujours été claires. Nous continuerons de nous attaquer à nos besoins les plus grands : entretien différé, rémunération professorale et soutien aux étudiants de 1er, 2e et 3e cycles. Nous consacrerons plus d’argent à l’aide financière de sorte d’atteindre l’objectif que je me suis donné, soit d’admettre tout candidat qualifié, sans égard à sa situation financière.

Nous maintiendrons notre politique d’affecter 30 pour cent de la totalité nette des nouveaux droits de scolarité à l’amélioration du soutien aux étudiants et de l’accessibilité, tout en offrant une rémunération professorale qui soit davantage concurrentielle de même qu’un appui accru au corps enseignant.

Nous consoliderons notre stabilité financière en réduisant notre déficit cumulé et investirons dans des locaux vastes et modernes pour nos activités multidisciplinaires en enseignement et en recherche, en nous attaquant aux réparations urgentes de nos édifices et en mettant à jour nos espaces en réponse aux exigences du 21e siècle. 

McGill sera ainsi en mesure de poursuivre sa quête d’innovation en enseignement et recherche ainsi qu’en matière de relations avec la collectivité, toujours dans l’objectif de demeurer l’une des meilleures universités au monde et de recruter – à Montréal et au Québec – les étudiants, professeurs et gestionnaires les plus talentueux qui soient, où ils consacreront leur plein potentiel à la construction d’une société d’exception, énergisée et en meilleure santé.