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Compressions budgétaires gouvernementales

Message de Heather Munroe-Blum, principale et vice-chancelière de l’Université McGill, le 7 décembre 2012

Chers membres de la communauté mcgilloise,

Vous avez certainement appris que le gouvernement du Québec s’apprête à réduire considérablement les subventions de fonctionnement et de recherche consenties aux universités au cours du présent exercice financier. L’incidence de ces coupures sur les universités pour 2013-2014 demeure difficile à évaluer, malgré l’information diffusée hier par le gouvernement. 

Dans une lettre que j’ai reçue hier soir, le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie, Pierre Duchesne, confirme que les subventions de fonctionnement octroyées aux universités québécoises subiront des coupures de 124 millions de dollars (5,2 %). Chose incroyable, le gouvernement s’attend à ce que les universités réalisent des économies de cette ampleur d’ici le 30 avril 2013. En fait, puisque les deux tiers de l’année sont déjà écoulés, ce montant représente des coupures de l’ordre de 15 % – sans marge de manœuvre qui permettrait aux universités de planifier ou de recourir à des économies d’échelle. La lettre du ministre mentionnait également que les universités recevraient une indemnité de 32,4 millions de dollars pour compenser l’annulation de la hausse des droits de scolarité, sans toutefois préciser quand ni comment ces sommes leur seraient versées.

Les universités ont besoin d’un financement stable et prévisible pour réaliser leur plein potentiel. Notre budget est planifié et approuvé chaque année par le Conseil des gouverneurs en fonction de ces critères. La révision à la baisse du financement des universités à de multiples reprises au cours d’une même année constitue un fait sans précédent. Avec ces dernières coupures, le gouvernement du Québec modifie pour une troisième fois le financement consenti aux établissements universitaires depuis le dépôt de notre budget l’hiver dernier. Le gouvernement a d’abord réduit le montant de la hausse des droits de scolarité qu'il s’était engagé à verser; annulant ensuite la hausse des droits.

En dépit du projet de financement pluriannuel des universités annoncé par le gouvernement dans son budget du 20 novembre dernier, ces dernières apprennent maintenant qu’elles doivent sabrer leur propre budget, et ce, en dépit des ententes salariales déjà conclues, des accords contractuels déjà signés, des engagements à respecter quant au régime de retraite, des infrastructures d’enseignement et de recherche à maintenir, et de leur engagement à offrir aux étudiants l’aide financière et les ressources dont ils ont besoin. Une gestion saine et responsable de leurs activités est impossible dans de telles conditions.

Même s’il nous reste encore à déterminer le montant exact des compressions avec lequel l’Université McGill devra composer, nous estimons qu’il se chiffrera entre 17 et 21 millions de dollars, en plus des coupures apportées aux autres enveloppes budgétaires dont nous dépendons. La plus grande partie de notre budget d’exploitation est affectée aux salaires de nos employés.   

Ces conditions difficiles s’inscrivent dans un contexte où l’Université doit déjà composer avec un déficit estimé à 7 millions de dollars pour 2012-2013. Si le Conseil décide d’absorber les coupures exigées par le gouvernement, le déficit de McGill pourrait dépasser les 30 millions.

Par respect pour nos étudiants, leurs parents, nos professeurs, nos chercheurs, nos employés, nos diplômés, nos donateurs, les autres partenaires qui nous soutiennent dans la réalisation de notre mission et l’ensemble de la communauté que nous desservons, nous ne pouvons accepter de telles conditions.  

Il y a quelques mois seulement, nous étudions la meilleure façon d’investir, en fonction de nos priorités, les sommes additionnelles que la hausse des droits de scolarité nous aurait permis de percevoir. Aujourd’hui, on nous demande de gérer le déclin financier du système d’éducation québécois, ainsi que la diminution de nos programmes d’enseignement et de recherche, des services que nous offrons aux étudiants et aux professeurs, et de l’entretien et de la gestion de nos installations. Parallèlement, l’Université, à l’instar de nombreuses institutions, est confrontée à l’augmentation du coût de son régime de retraite, au paiement de sommes rétroactives en matière d’équité salariale, ainsi qu’à d’autres obligations financières postérieures à l’emploi, et ce, sans compter les exigences relatives à une saine gestion de ses activités. Contrairement aux allégations véhiculées dans les médias, les dirigeants des universités québécoises n’ont jamais été informés d’une réduction imminente de leurs subventions de fonctionnement.    

Nous examinons présentement les options dont nous disposons. Les membres du Conseil des gouverneurs se réuniront le 13 décembre pour discuter de la position que nous entendons adopter. Je ferai part à la communauté mcgilloise des résultats de ces discussions. Entre-temps, mes collègues et moi tenterons de connaître le point de vue des professeurs, des étudiants et des associations d’employés sur cette question de la plus haute importance.

Nous comprenons que le Québec fait face à un niveau d’endettement insoutenable. Nous ne pouvons accepter que les prochaines générations héritent d’un fardeau si lourd que leur qualité de vie sera inférieure à celle de leurs parents. Le Québec consacre au remboursement de sa dette une somme près de trois fois plus élevée que celle qu’il consacre au système universitaire. Toutefois, il n’est pas trop tard pour que le gouvernement modifie la façon dont il choisit ses priorités dans l’ensemble de ses ministères et ailleurs. Toutes les solutions de nature financière doivent être étudiées. La contribution des établissements d’enseignement supérieur a toujours été ‒ et continue d’être ‒ une priorité sociétale.

Les universités, les gens de talent qui y étudient et y travaillent, ainsi que les nouvelles connaissances qu’elles permettent d’acquérir, sont les atouts qui permettront au Québec de relancer son économie et de réduire sa dette. Selon une étude du Groupe SECOR réalisée en 2010, l’impact économique annuel de l’Université McGill au Québec se chiffre à 5,2 milliards de dollars, qui vient s’ajouter aux autres aspects fondamentaux de sa mission : diplomation d’étudiants talentueux, recherche et enseignement de classe mondiale et vaste gamme de services à la population québécoise. L’investissement total du gouvernement du Québec envers McGill se chiffrait à 389,1 millions de dollars (fonctionnement, recherche et capital) en 2008-2009. Il s’agit d’un important rendement du capital investi. Grâce à l’ensemble de ses activités, McGill apporte une contribution inestimable à la communauté, à la culture, à la médecine, à l’industrie et à la société civile, et exerce une influence positive sur la qualité de vie de l’ensemble des Québécois. 

Les coupures annoncées cette semaine, qui témoignent d’un manque de vision à long terme, mettent en péril la mission des universités québécoises à forte intensité de recherche et axées sur l’enseignement aux cycles supérieurs. Elles mettent également en péril l’avenir du Québec. 

Heather Munroe-Blum
Principale et vice-chancelière
Université McGill