La puissance du savoir

Réponse à l’éditorial du Daily, paru le 30 mars 2011

Par Heather Munroe-Blum

À titre de principale et d’universitaire, je suis en complet désaccord avec les propos publiés dans votre éditorial du 28 mars, intitulé « McGill should cut ties with Hebrew University » (McGill doit rompre ses liens avec la Hebrew University ».

Les propos que vous avancez, selon lesquels la participation de l’Université McGill à un programme axé sur les droits de la personne et sur la diversité est susceptible d’exacerber la détresse que vivent les Palestiniens, sont sans fondement. Votre incapacité à distinguer les enjeux géopolitiques des projets de recherche fondés sur le savoir et menés par des universitaires de renom témoigne d’une vision des plus confuses.

Aux quatre coins du monde, McGill noue des collaborations avec une mosaïque d’universités multidimensionnelles, des réseaux formés de brillants chercheurs, des universitaires ainsi qu’avec des étudiants au profil remarquable. McGill fait partie intégrante d’une fondation humaine née du savoir et de la découverte; une fondation qui transcende les situations politiques de nature diverse, qui promeut la compréhension entre les individus et qui s’attache à la progression de la puissance civilisatrice née du savoir.

Il m’est difficile de voir un gain éventuel à mettre un terme aux recherches prometteuses entreprises entre l’Université McGill et la Hebrew University sur les questions de la sécurité alimentaire et de la gestion de l’eau; recherches desquelles découlera notamment un projet conjoint au Kenya. Comment l’annulation d’un projet de recherche concertée dans le domaine émergent de l’épigénétique, où McGill joue un rôle de chef de file à l’échelle mondiale, peut donner lieu à un quelconque avantage.

Certains étudiants ont manifesté leur inquiétude quant au déploiement d’un programme d’été en droit axé sur les droits de la personne et la diversité – des thèmes à l’égard desquels McGill est reconnue comme leader mondial et qu’elle soutient avec ferveur. L’ensemble de la communauté mcgilloise devrait trouver inquiétant le point de vue selon lequel l’Université devrait éviter de collaborer avec quelque universitaire que ce soit relativement à des enjeux de cette importance.

L’expérience québécoise et canadienne à l’égard de la diversité et des droits de la personne diffère largement de l’expérience israélienne – laquelle diffère largement à son tour de celle de la Chine, de l’Inde, de la France et des États-Unis. Afin de préserver les valeurs qui lui tiennent le plus à cœur, McGill doit nouer des liens par le biais desquels ses chercheurs pourront partager savoir et expérience.

Suggérer que McGill mette fin à sa collaboration avec une université sérieuse – quelle qu’elle soit – en raison d’une controverse politique en lien à l’environnement géopolitique contrevient à l’ensemble des principes défendus par l’institution. Agir de la sorte serait faire preuve d’une extrême lâcheté qu’à titre de principale de cette grande université, je rejette de manière catégorique.

Heather Munroe-Blum est la principale et la vice-chancelière de l’Université McGill.