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Les partenariats de recherche et l’université entrepreneuriale

Discours à la Chambre de Commerce France-Canada, Paris
Prof. Heather Munroe-Blum
le 17 mars 2009

 

Merci, Monsieur Meynard, pour ces mots si généreux. Je remercie également madame Florence Brillouin, directrice de la Chambre de Commerce France-Canada, ainsi que monsieur Steve Gauthier, vice-président, Développement corporatif, du Centre financier international de Montréal, qui ont rendu cette rencontre possible. Enfin, je remercie monsieur Jean Fortin, premier conseiller, Coopération, Délégation du Québec. Et, de l’Ambassade du Canada en France, madame Sandrine Caduc, déléguée commerciale, Science et technologie, madame Sylvie Béland, conseillère, Affaires spatiales, et madame Orietta Doucet-Mugnier, directrice, Service des relations universitaires et de la mobilité des jeunes.

Je suis également ravie que le sénateur Michael Meighen soit parmi nous, en compagnie de monsieur Marc Weinstein et de madame Sydney Blum, ainsi que de nombreux distingués diplômés mcgillois et d’autres universités québécoises et canadiennes.

Je suis heureuse de m’adresser à vous aujourd’hui au sujet de la nature changeante des partenariats de recherche dans notre monde hyperbranché. Bien que la situation mondiale évolue avec une grande rapidité, le terme « hyperactif » semble souvent davantage approprié. Il y a quelques mois à peine, les termes « planétaire » et « désintégration » évoquaient des icebergs, non des économies. Comment faire des affaires dans une « nouvelle normalité » qui, à certains moments, semble tout sauf normale?

Je ne prétends pas avoir de réponses en ce qui concerne le repli du marché. Et, je ne me risquerai certainement pas à vous donner des conseils d’investissement! Toutefois, j’aimerais vous parler de la manière dont la mondialisation oriente présentement la recherche et le développement. Ce sont les deux facteurs qui précèdent toute nouvelle croissance économique.

La plupart d’entre nous connaissent bien la description que fournit Thomas Friedman d’un monde « plat », où la technologie a uniformisé les règles du jeu, à l’échelle mondiale, et éliminé les obstacles géographiques classiques.

La rapidité avec laquelle les connaissances se répandent maintenant aux quatre coins du monde signifie que les entreprises ne se limitent pas à rechercher l’expertise auprès de leur université locale. Elles ne se limitent pas non plus aux laboratoires de recherche et de développement. Leurs représentants parcourent le monde à la recherche d’innovations en matière de savoir, de conception de produits et de commercialisation. Au sein des universités, la collaboration internationale est devenue la norme. Ainsi, le pourcentage d’articles scientifiques cosignés à l’échelle mondiale a augmenté de plus de trois cents pour cent depuis 1985. Et, à titre de présidente de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec, je suis très fière que nous puissions compter sur un système universitaire à la fois fort et diversifié, et qui jouisse d’un grand nombre de liens internationaux.

En un clin d’œil, les idées géniales passent d’un continent à l’autre. Toutefois, la création de forces locales demeure essentielle. Par conséquent, il existe de profondes tensions entre les forces locales et internationales. C’est une sorte de jeu de pousser-tirer au sein de la société du savoir. Je m’explique. En réaction au monde « plat » de Thomas Friedman, l’expert en études urbaines Richard Florida a forgé l’expression « monde pointu ». Alors que la moitié de la population mondiale est concentrée dans les villes — ou « pointes » —, il existe des « grappes d’innovation ». Ce sont des endroits dynamiques qui excellent à faire avancer la recherche, et à introduire de nouvelles idées sur le marché. Selon le Rapport mondial sur les brevets qu’a fait paraître l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle en 2008, plus de la moitié des inventeurs ayant obtenu un brevet en deux mille six se trouvaient au Japon et aux États-Unis.

Des brevets restants, plus de soixante six pour cent sont répartis entre huit pays à peine.

Cela démontre qu’un petit nombre de grappes d’innovation domine, comme des gratte-ciel, un paysage mondial prétendument plat. De nos jours, pour acquérir de l’expertise dans un domaine, il est clair que la meilleure stratégie consiste encore à réunir une masse critique de personnes intelligentes dans sa propre cour. Toutefois, si vous voulez être des intervenants sérieux dans le domaine de la RD, vous devez relier ces grappes.

Comment les universités suscitent-elles l’innovation?

Dans cette dichotomie entre local et mondial, les universités jouent un rôle clé en matière d’innovation. Il y a fort à parier que les universités solides, stratégiques et ouvertes sur le monde occupent à l’heure actuelle le rôle le plus important au sein de la société. Elles créent le savoir en générant la recherche et offrent des services aux collectivités régionales et nationales en offrant de l’expertise et en contribuant à orienter les politiques.

Bien entendu, les universités enseignent également aux étudiants qui forment le bassin de talents nécessaire pour promouvoir l’innovation.

Ce bassin ne se limite pas aux scientifiques et aux ingénieurs, si importants soient-ils. Il comprend également gestionnaires, avocats, concepteurs, experts en culture et linguistes, dont l’apport est absolument nécessaire pour permettre à l’innovation de s’épanouir sur le marché.

De plus en plus, les universités doivent soutenir le développement de citoyens du monde. Ces derniers, bien informés et passant librement et facilement d’une culture et d’une frontière à une autre, sont à l’avant-garde en matière de sciences et de technologie, dotés d’un esprit brillant, tolérants, ouverts aux nuances culturelles et demeurent à l’affût des possibilités transnationales.

Les universités d’aujourd’hui sont non seulement au cœur de la technologie, mais aussi des multiples facteurs qui permettent à celle-ci de transcender les frontières géographiques et culturelles.

L’Université McGill, à titre d’exemple, est fière de son milieu multilingue et multiculturel qui attire étudiants et professeurs d’exception des quatre coins du monde et encourage des approches, non pas étroites mais globales, à l’égard du style de vie, de l’apprentissage et de la collaboration professionnelle.

Notre faculté de droit novatrice et très respectée constitue un excellent exemple de cette philosophie, car elle étudie toutes les questions du point de vue des deux grandes traditions juridiques du monde : le droit civil et la common law.

Ce cadre d’apprentissage intégré favorise la réflexion critique, la tolérance et la capacité de gérer la complexité.

Le caractère international de l’Université McGill est l’une des principales raisons pour lesquelles elle a été la seule université canadienne à figurer parmi les vingt-cinq principaux établissements universitaires mondiaux pendant cinq années consécutives dans le prestigieux Palmarès universitaire mondial de l’enseignement supérieur Times Higher Education-QS.

Ainsi, les universités internationales, animées d’ambition, offrent une formation, créent le savoir et proposent des services aux collectivités. Que font-elles d’autre? Essentiellement, elles relient les gens. On peut le constater dans des projets de collaboration internationale de premier plan, comme le projet du génome humain et son résultat scientifique, dans lequel l’Université McGill, le Canada et la France ont joué et jouent encore un rôle important.

De tels projets scientifiques de collaboration internationale sont si audacieux, si vastes et exigent une expertise interdisciplinaire si large qu’une institution ou un secteur d’activité ne peut à lui seul rassembler les talents ou l’infrastructure nécessaires à leur réalisation.

L’établissement de liens entre les universités se manifeste également d’une manière plus subtile, mais tout aussi importante, car il permet à l’industrie d’avoir accès à des réseaux déjà établis de professeurs et de diplômés.

Comment le Canada fait-il face à un contexte de RD en évolution rapide?

S’il est vrai que l’Université McGill et les autres universités canadiennes à forte intensité de recherche n’expliquent pas à elles seules les récents progrès accomplis par le Canada en RD, l’on peut néanmoins affirmer qu’elles y ont contribué de manière importante. Au cours de la dernière décennie, les gouvernements fédéral et provincial ont réinvesti de manière progressive et créative dans le financement de la recherche universitaire. Les intervenants s’entendent pour dire que l’érosion du financement de l’éducation est de loin la solution la moins envisageable. Les gouvernements ont investi dans quatre piliers – talents, infrastructure, travaux de recherché et coûts indirects – selon une approche concurrentielle :

  • TALENTS : Le Programme des chaires de recherche du Canada (PCRC), de compétence fédérale, créé en deux mille, et les nouvelles Chaires de recherche d’excellence mondiale du Canada (CREMC) visent à attirer au Canada - et à les fidéliser - plus de deux mille chercheurs et boursiers de recherche supérieure.
  • INFRASTRUCTURE : Pour consolider l’infrastructure de recherche de pointe, la Fondation canadienne pour l’innovation a affecté à ce jour près de 4,5 milliards de dollars à plus de six mille projets dans cent vingt-neuf établissements au cours des douze dernières années.
  • TRAVAUX DE RECHERCHE : Au cours de la dernière décennie, les gouvernements provinciaux et fédéral ont augmenté le financement de fonctionnement par l’intermédiaire de trois conseils subventionnaires et d’autres organismes afin de fournir un appui important aux coûts directs de la recherche en santé, en sciences humaines et naturelles ainsi qu’en génie.
  • COÛTS INDIRECTS : Bien que le Canada ait encore beaucoup à faire pour suivre le rythme des États-Unis, le gouvernement fédéral a commencé à couvrir un pourcentage des coûts indirects, ou « frais généraux », des universités.

Heureusement, le financement public s’éloigne enfin d’un certain principe d’équité régionale pour s’orienter vers la récompense de l’excellence, peu importe où elle se manifeste. Je salue ici l’intérêt renouvelé de la France pour la science, l’éducation, l’évaluation et le rendement.

Curieusement, le Canada a également bénéficié du fait que les États-Unis, à l’issue des préoccupations relative à la sécurité nationale suivant les attenants du 11 septembre, aient resserré les restrictions imposées aux étudiants et aux professeurs étrangers. Du fait que ces chercheurs internationaux de talent soient moins enclins à opter pour les États-Unis, bon nombre d’entre eux se sont tournés vers le Canada.

Mis ensemble, ces facteurs ont inversé l’« exode des cerveaux » qui affligeait le Canada depuis le milieu des années quatre-vingt dix, alors que le pays avait réduit de façon marquée ses investissements dans les secteurs universitaire et de la concurrence internationale. Ainsi, l’Université McGill a, à elle seule, accueilli plus de huit cent soixante nouveaux professeurs depuis l’an deux mille. De ce nombre, près de soixante pour cent ont été recrutés aux quatre coins du monde dans des universités, des instituts de recherche et des laboratoires industriels remarquables et environ vingt pour ceux sont des « étoiles » québécoises et canadiennes que nous avons réussi à faire revenir parmi nous.

Le débat passionné sur l’amélioration de l’enseignement supérieur, et de la capacité de recherche qui se déroule actuellement en France, n’est pas passé inaperçu au Canada. Dans le but de recruter scientifiques et érudits, il nous faudra, nous aussi, relever des défis considérables en matière d’innovation, de fidélisation des talents et de concurrence.

Bien que le niveau de participation du Canada à l’enseignement supérieur soit important de manière globale, cette participation est fortement orientée vers les collèges communautaires de même que sur la formation axée sur les compétences, et non pas vers les études supérieures.

Comparativement à leurs voisins du Sud, dont trente-quatre pour cent de la population est titulaire d’un diplôme universitaire, à peine vingt-quatre pour cent des Canadiens âgés de vingt-cinq à soixante-quatre ans détiennent un diplôme universitaire. En France, le taux de diplômés universitaires équivaut en revanche à moins de la moitié du taux relevé aux États-Unis, soit à peine 15,6 pour cent.

À l’instar de la France, le Canada compte un pourcentage extrêmement faible de doctorants.

En deux mille six, le Canada n’a décerné que quarante-huit doctorats, âgés entre vingt et trente-neuf ans, pour cent mille habitants. La France a fait légèrement mieux, en décernant cinquante-huit doctorats pour cent mille habitants. Toutefois, si l’on examine l’exemple de pays voisins, soit l’Allemagne et la Suisse, l’on constate que ces pays ont décerné respectivement cent dix-neuf et cent soixante-quatre doctorats pour cent mille habitants.

Le Canada compte bon nombre de secteurs très dynamiques sur le plan intellectuel et dans le secteur de la RD parmi l’ensemble des régions, dont Montréal, ma ville natale. Ces secteurs sont les sciences de l’énergie et de l’environnement, l’aérospatiale et la biotechnologie, la politique publique, les sciences informatiques et la recherche sur les matériaux. Toutefois, ces forces ne font pas partie intégrante d’une stratégie nationale ou provinciale qui soit solide et cohérente.

Au Canada, tout comme en France, les investissements du secteur privé en RD sont faibles. Les dépenses intérieures de RD des entreprises (ou DIRDE) sont inférieures à la moyenne établie pour l’OCDE, qui est de 1,56 pour cent. En 2006, les dépenses DIRDE pour la France étaient de 1,34 pour cent, alors qu’au Canada, elles dépassaient tout juste un pour cent. La faiblesse des dépenses DIRDE au Canada est largement attribuable à un secteur d’activité qui s’oriente vers les petites et moyennes entreprises, et qui a tendance à moins investir en RD que ne le font les États-Unis.

Le Canada doit s’inspirer de la France et rehausser son rendement en innovation par l’application de nouvelles connaissances, de nouvelles conceptions ou de nouveaux systèmes afin de stimuler la croissance économique, d’augmenter la productivité et d’améliorer les conditions sociales.

La fidélisation des personnes les plus compétentes demeure une préoccupation permanente dans un monde où celles-ci sont de plus en plus mobiles. Je relève chez mes propres collègues non la soif de salaires faramineux, mais le désir d’utiliser pleinement leurs talents. L’un de nos nombreux défis consiste à satisfaire ce désir, et à leur fournir le soutien qui leur est nécessaire pour s’épanouir.

L’avenir des partenariats de recherche

Je suis membre du Conseil des sciences, de la technologie et de l’innovation du Canada, un organisme consultatif récemment constitué qui conseille le gouvernement fédéral, possiblement similaire au Haut conseil pour la science et la technologie de la France. Nous déployons maints efforts afin d’améliorer le cadre stratégique de notre gouvernement et de créer les conditions nécessaires à la réussite.

De quelle manière? J’ai mentionné un peu plus tôt que les universités de recherche internationales n’alimentent pas seulement les esprits, elles les relient. Et c’est précisément sur l’établissement de liens que, selon moi, nous devons concentrer nos efforts.

Je peux d’emblée mentionner certains partenariats internationaux très féconds qui illustrent bien le pouvoir de l’établissement de liens. Des chercheurs de l’Université McGill, de l’Université de Montréal, du Collège impérial de Londres et du CNRS de Lille, en France, ont découvert que trois mutations génétiques spécifiques ont contribué de manière importante à l’apparition du diabète de type deux.

Ces chercheurs collaborent avec la société pharmaceutique Mellitech, établie à Grenoble, ainsi qu’avec des chercheurs d’ailleurs, à l’élaboration de pharmacothérapies éventuelles, tout cela moins d’un an après la découverte initiale! Comme je le disais au début, le monde d’aujourd’hui évolue rapidement.

Ce type de partenariat entre universités, établissements de recherche et secteur privé est bien sûr important, mais permettez-moi d’ajouter qu’il est néanmoins insuffisant.

Afin de tirer pleinement parti des talents et de repousser encore plus loin les frontières de l’innovation, nous devons faciliter des partenariats éclairés entre les secteurs, en rapprochant les universités, les organismes gouvernementaux, l’industrie et les collectivités susceptibles de bénéficier d’une ambition et d’un objectif communs.

Dans un rapport publié récemment, le Conference Board du Canada a confirmé l’efficacité de ce qu’il a appelé le modèle de partenariat de la « triple hélice ». Il s’agit d’une collaboration tridimensionnelle entre l’industrie, les organismes de recherche et le gouvernement, visant à rassembler des noyaux d’excellence en RD éparpillés pour développer la capacité du Canada d’innover à l’échelle mondiale.

Dans le monde actuel, pour obtenir des avantages économiques locaux et améliorer localement l’état de santé, la sécurité et la société civile, il faut pouvoir tabler sur certains secteurs d’activité affichant une réussite à l’échelle mondiale.

Bien que l’établissement de liens entre les « grappes » ou les « couloirs interurbains » d’innovation internes soit un excellent début, nous devons appliquer la même philosophie à l’échelle internationale.

C’est exactement ce qu’ont fait, au début de cette année, le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie financé par le gouvernement du Canada et l’Agence nationale de la recherche de la France lorsqu’ils ont signé une entente afin d’accroître les liens scientifiques entre nos deux pays par la collaboration entre les chercheurs universitaires et les partenaires industriels.

Au cours des trois dernières années, l’Université McGill a également œuvré, en compagnie d’intervenants clés, à l’établissement d’une collaboration internationale analogue en RD, et un exemple probant de cette initiative est le partenariat noué entre le Canada et la Californie.

Ensemble, nous expérimentons un nouveau cadre international à grande échelle, qui relie les milieux gouvernementaux, industriels et universitaires de haut niveau dans les deux pays. Au risque d’utiliser une expression qui évoque une commande de repas-minute ou une figure spécialisée de patinage artistique, j’appellerai ce cadre une double triple hélice.

Le Partenariat d’innovation stratégique Canada-Californie (PISCC) est un projet de collaboration entrepreneuriale dans lequel les trois secteurs participent à deux grappes fortement axées sur l’innovation, qui partagent déjà une relation commerciale bien établie estimée à plus de trente-cinq milliards de dollars par an.

Il ne s’agit pas du modèle habituel de collaboration entre chercheurs. Le PISCC favorise de nouveaux modèles de collaboration et met l’accent sur les secteurs fortement axés sur l’innovation à potentiel économique qui constituent des forces pour les deux pays : les cellules souches et la médecine régénérative, les technologies de l’information et des communications, le transport et l’énergie de pointe, la nanotechnologie, les maladies infectieuses, le capital de risque, la propriété intellectuelle et la formation de personnel hautement qualifié.

Cet investissement direct à l’appui du développement d’une RD menée conjointement par l’industrie et les universités constitue également un complément utile à la trop forte dépendance du Canada à l’égard des crédits d’impôt à la RD. L’approche utilisée par le PISCC promet d’être, pour le Canada, un moyen rapide d’établir un lien avec les investissements considérables prévus par l’administration Obama en ce qui a trait à la capacité de RD des États-Unis.

En allant au-delà de la simple RD pour mettre l’accent sur la recherche, le développement et la réalisation – et c’est la réalisation qui transforme la recherche en innovation – le partenariat a formé des groupes de travail internationaux voués à la recherche sur les cellules souches cancéreuses et la surveillance des maladies infectieuses. Le professeur Denis Thérien, vice-principal à la recherche et aux relations internationales de l’Université McGill, siège au comité directeur du PISCC, lequel était alors dirigé par monsieur Alain Dudoit, consul général, qui occupe maintenant le poste de vice-principal adjoint (partenariats stratégiques en innovation) de McGill.

L’automne dernier, l’Université a organisé un passionnant sommet du PISCC sur les biocarburants, la séquestration du carbone, les nouveaux médias et la technologie de l’information durable. À la suite de ce sommet, auquel ont participé des cadres des universités, du gouvernement et de l’industrie du Canada et de la Californie, un appel de propositions a été lancé au début de décembre.

Je considère le PISCC comme le futur modèle des partenariats de recherche, car il transpose une stratégie nationale efficace à l’échelle mondiale.

Les partenariats sont axés sur les priorités et les forces communes de chaque entité administrative, et ils servent à orienter l’investissement et l’établissement de liens.

Il est ainsi facile de déterminer rapidement les questions cruciales en matière de recherche qui correspondent aux besoins de l’industrie, et d’y donner suite. Du fait que les gouvernements sont engagés dans les partenariats dès le début, ils sont hautement motivés à éliminer les obstacles et à modifier les politiques afin d’accélérer l’obtention de résultats.

En outre, ce qui est peut-être le plus important, c’est que le PISCC établit un réseau des principaux intervenants, soit les organisations et les personnes qui, une fois réunies, sont les plus susceptibles de stimuler l’innovation.

Que devons-nous faire?

Il ne fait aucun doute que l’internationalisation de la RD procure de nets avantages à l’échelle mondiale, tout en étant un facteur de succès local.

Selon l’OCDE, l’internationalisation crée « de meilleures conditions pour une excellente recherche, empêche la fragmentation, réduit au minimum le double emploi » et, ultimement, « rehausse le soutien financier public et privé accordé à la RD ».

Au moyen d’un engagement renouvelé à l’égard de niveaux concurrentiels en matière d’accessibilité, de qualité, d’obtention de diplômes aux cycles supérieurs et d’un remaniement de nos stratégies d’innovation, nous serons en mesure de faire progresser considérablement les capacités régionales et nationales, tout en tirant pleinement parti de la collaboration internationale.

La nécessité est mère de l’invention, mais la crise peut être la mère de l’innovation. Comme le président Sarkozy l’a affirmé récemment : « La crise nous donne l’occasion d’accélérer la modernisation des structures obsolètes et de changer nos mentalités... ». Alors, que devons-nous faire? Comment pouvons-nous tirer parti de cette crise pour changer notre mentalité?

J’ai mentionné en plaisantant au début de mon allocution que je ne vous donnerais pas de conseils d’investissement. En fait, je vais vous en donner, et cela m’amène à ma première recommandation. Malgré le ralentissement économique, nous devons continuer d’investir en un enseignement supérieur de qualité, en recherche, en développement de talents et en transmission du savoir. Nous ne pouvons pas seulement investir dans les routes et la construction pour une stimulation économique à court terme. En tant que nations, nous devons jeter les bases de notre société du savoir.

Deuxièmement, les pays doivent réorienter leurs stratégies d’innovation qui, jusqu’à présent, étaient essentiellement axées sur l’appui à l’innovation régionale. Ces stratégies accordaient la priorité à la construction de la nation. Je crois fermement à l’importance d’appuyer les grappes locales et à les relier afin de créer des couloirs urbains. Nous devons élaborer nos stratégies d’innovation pour faire le lien international entre les gens, les connaissances et l’innovation. Nous devons transformer ces grappes en nœuds intersectoriels dans le cadre d’un réseau mondial du savoir et du talent. Aucune grappe ne peut fonctionner en vase clos. À cet égard, le Canada et la France (et surtout le Québec et la France) ont bon nombre de possibilités pour créer de nouveaux partenariats d’envergure, fondés sur le modèle du partenariat d’innovation stratégique Canada-Californie. En utilisant le modèle de la « double triple hélice », nous pourrons mettre à profit nos forces complémentaires dans les secteurs de l’aérospatiale, des technologies de l’information et des communications, de la biotechnologie, des biosciences et de l’énergie verte.

Les périodes difficiles peuvent favoriser le protectionnisme national. Mais, désormais, nous devons plus que jamais agir dans un contexte mondial. Il nous faut avancer. Sinon, nous reculerons. Pour réussir, nous devons emprunter une voie vers la réussite locale, qui fait le tour du monde. Nous pouvons emprunter cette voie ensemble. C’est sur cette voie que nous offrirons à nos petits-enfants (les vôtres et les miens) la lumière, l’air, les aliments et le progrès.

Merci.