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Les universités : acteurs clés de l’économie mondiale

Discours au Conseil des relations internationales de Montréal

Le lundi 10 mars 2008

Chers collègues et amis,

Je suis ravie de m’adresser à vous aujourd’hui à titre de principale de l’Université McGill. Bien que je ne sois pas ici au nom de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (la CREPUQ) j’aimerais dire à quel point je suis honorée d’en assurer la présidence.

Certains d’entre vous savent que depuis mon retour à Montréal, j’ai développé des nouveaux penchants pour la bonne cuisine, les vêtements colorés et la transformation de la poignée de mains vers la bise. J’ajoute aujourd’hui une nouvelle révélation. Comme véritable Montréalaise, je veux maintenant vous parler de passion. La passion de connaître, qui devient la passion de se dépasser, qui souvent conduit à la passion de réussir et, qui elle-même, mène vers la passion de partager.

C’est cette passion, d’ailleurs, qui sous-tend, mes propos d’aujourd’hui. Une passion et une conviction que les universités ont un rôle clé à jouer. Un rôle pour faire du Québec et du Canada un environnement économique de plus en plus compétitif.

Le Québec a le privilège de posséder un système d’enseignement universitaire solide et diversifié. Un système composé d’établissements régionaux remarquables et d’universités à forte intensité de recherche reconnus mondialement. Chacun joue un rôle vital à l’égard de la concurrence nationale et internationale.

Quatre institutions d’exception font de Montréal la première ville au Canada en matière de recherche universitaire. Ensemble, nous attirons des investissements de 1,1 milliard de dollars par année. Selon le classement du prestigieux London Times Higher Education Supplement, Montréal est l’une des seules villes au monde à compter deux universités ou plus parmi les cent premières. À ce titre, McGill occupe le 12e rang mondial.

Les universités de recherche dans un nouveau monde

Prenons un peu de recul et jetons un coup d’œil aux changements majeurs survenus au cours des dernières décennies:

  • L’émergence d’une économie mondiale intégrée où les réseaux internationaux et les partenariats sont devenus la force vitale de l’économie;
  • Le développement d’un monde lié par des communications instantanées jour et nuit;
  • De plus en plus d’industries sont fondées sur le savoir et le talent, même les anciennes industries mondiales fondées sur les matières premières et les produits manufacturés.

Au cœur de la mondialisation se trouve une tension entre « local » et « mondial ». Et peut-être une inquiétude de perdre quelque chose, alors que d’autres, à l’autre bout du monde, vont de l’avant. Pour le Québec, le dilemme est le suivant:

  • Une province de sept millions et demi d’habitants, peut-elle soutenir la concurrence et prospérer au sein d’un marché mondial de plus de six milliards et demi de personnes?
  • Le Québec sera-t-il reconnu comme un leader sur la scène mondiale ou se perdra-t-il dans la confusion?
  • Peut-il préserver son identité ou fait-il face à un processus menant à la conformité culturelle?

La dynamique de la mondialisation a changé les règles du jeu. Et selon le point de vue où l’on se place, cela crée la peur ou nourrit l’inspiration.

Voici mon avis:

Des universités fortes, aux domaines de compétence ciblés doivent constituer la pierre angulaire de la stratégie compétitive de toute région. Pour prospérer localement, les régions doivent identifier et développer des grappes d’excellence distinctes dont l’importance est reconnue mondialement. Grâce à des choix judicieux, mis en œuvre efficacement, le monde s’ouvre. Ces grappes attireront de nouveaux investissements internationaux et un bassin de talents de plus en plus mobiles.

Dans cette nouvelle arène, les meilleures universités sont de puissantes forces. Elles attirent des ressources financières et intellectuelles des quatre coins de la planète. Elles fournissent également le savoir-faire et les idées nécessaires pour nourrir les grappes, qui permettent aux économies urbaines et régionales de livrer une concurrence internationale.

Fabriquer les mêmes produits et offrir les mêmes services que les autres n’est ni une assurance de récolter des revenus, ni de remporter des prix. Seule une valeur ajoutée permettra de nous démarquer.

Bien souvent, la créativité qui permet d’imaginer ces produits, le savoir qui permet de les concevoir et les partenariats qui permettent de les commercialiser, prennent forme au sein d’universités. La clé d’un avenir prospère réside dans une solide formation ainsi que dans la capacité et la force d’innover. La clé de notre prospérité à venir provient d’individus hautement éduqués qui ont la capacité et la pulsion d’innover.

Lors de mes déplacements aux quatre coins du monde, nos diplômés me racontent de merveilleux et touchants récits sur la façon dont ils ont rencontré l’amour de leur vie à McGill. Et bien qu’elles soient importantes, les idylles ne sont pas le seul résultat de la vie universitaire. Les universités de recherche sont aussi sans égales lorsqu’il s’agit de nourrir une passion pour le savoir et de créer des réseaux de talents internationaux :

  • Un étudiant de Montréal et un étudiant de Madrid nouent une amitié qui se transforme en une fructueuse relation d’affaires.
  • Une nouvelle diplômée à la maîtrise va travailler à Harvard et continue à collaborer avec son directeur de recherche à McGill, générant d’importantes retombées en matière de recherche et de nouvelles solutions en santé à Montréal.
  • Un étudiant chinois qui participe à un échange s’éprend de Montréal et décide d’y poursuivre des études supérieure Il y lance ensuite une firme d’investissement, amenant à Montréal des talents et des sources de financement de l’étranger.

En bref, les universités servent à tisser des liens entre gens brillants dans une ville, une région et de par le monde. Elles lient « local » et « mondial » pour leur avantage mutuel. La passion de connaître se transforme en passion de réussir et l’université en est très souvent le catalyseur.

McGill en tant qu’institution internationale

Avant d’examiner comment les universités peuvent relever les défis de la mondialisation, j’aimerais parler du travail que nous sommes en train d’accomplir à McGill. Chacun de mes collègues recteurs aurait sans doute un récit fascinant à raconter sur les atouts distinctifs de son université. Laissez-moi vous illustrer le cas de McGill.

McGill est l’une des six marques québécoises parmi les plus connues internationalement. Comme Bombardier, SNC-Lavalin, Hydro-Québec, le Cirque du Soleil et Céline Dion. Je dois admettre que le fait de se classer derrière Céline Dion constitue une leçon d’humilité exemplaire. Quoi qu’il en soit, McGill, à l’instar de Céline représente le Québec et le Canada sur les cinq continents.

Comme pour Montréal, les points forts de McGill résident dans sa mosaïque « locale » et « mondiale ». Environ cinquante-cinq pour cent des trente-trois mille étudiants de McGill viennent du Québec, dont plus de six mille d’entre eux sont francophones; vingt-cinq pour cent viennent d’ailleurs au Canada et environ vingt pour cent sont originaires de plus de cent cinquante pays. En fait, McGill affiche l’un des plus hauts pourcentages d’étudiants universitaires étrangers à temps plein en Amérique du Nord. Notre stratégie visant à attirer les meilleurs au monde dans nos domaines de compétence clés a amené près de huit cents nouveaux professeurs et leur famille à Montréal au cours des huit dernières années – et presque soixante pour cent d’entre eux ont été recrutés à l’extérieur du Canada.

Notre réseau de près de deux cent mille diplômés vivant dans cent quatre-vingts pays ouvre la voie à de nouvelles collaborations universitaires, gouvernementales, culturelles, de service et d’affaires qui bénéficient à Montréal, au Québec et au Canada. Ces diplômés servent de mentors aux étudiants. Ils fournissent des conseils stratégiques et donnent généreusement. Du moins, je l’espère. Nous prévoyons que plus de la moitié de l’argent recueilli dans le cadre de l’actuelle campagne de financement mcgilloise établie à sept cent cinquante millions de dollars proviendra de l’extérieur du Québec. McGill amène ces dons au Québec, de concert avec l’apport social, économique et intellectuel de nos nouveaux professeurs et de leur famille et avec près d’un demi-milliard de dollars additionnels en fonds de recherche et droits versés par les étudiants. En plus, il y a bien sûr les énormes contributions qui s’ajoutent au Québec par le biais de nos hôpitaux universitaires remarquables.

Notre ouverture sur le monde et ses retombées sont désormais des caractéristiques mcgilloises. Au cœur même de McGill, l’internationalisation informelle à la base s’exprime notamment dans les conversations qui se déroulent dans les salles informatiques des résidences universitaires, dans les projets communautaires, dans les salons de professeurs et sur la patinoire.

L’étudiant qui échange des idées avec un collègue ayant œuvré auprès de réfugiés africains est ainsi sensibilisé à l’importance des droits de la personne d’une façon qui ne s’enseigne pas dans les livres. Oui, nous sommes fiers de la réputation internationale de McGill parce que, en tant qu’université québécoise, elle rejaillit aussi sur la réputation du Québec aux quatre coins de la planète. Notre mission internationale fait une différence pour ces diplômés et leur pays parce que ceux qui y retournent peuvent vivre leur passion dans leur milieu à l’aide des outils que nous leur avons fournis. Mais nous savons pertinemment que notre habileté à livrer une concurrence mondiale est désormais menacée.

Une ville du savoir?

Montréal a su depuis longtemps profiter de son emplacement sur le Saint-Laurent pour assurer sa prospérité économique. Nous sommes désormais dans une ère où la géographie n’est plus un facteur déterminant du commerce. C’est une réalité que nous devons affronter. Qu’arrive-t-il lorsque la géographie cesse d’être le premier facteur de la réussite économique? Qu’arrive-t-il lorsque nous ne pouvons plus compter sur les sources traditionnelles de prospérité?

Avant toute chose, nous devons nous diversifier. La monnaie d’échange de la nouvelle économie est le savoir - et les personnes qualifiées et innovatrices qui le produisent. À cet égard, notre ville possède encore plusieurs avantages concurrentiels. Seule métropole francophone des Amériques, Montréal est également l’une des seules villes où une majorité de citoyens parle à la fois le français et l’anglais.

Notre réputation internationale repose entre autres sur nos excellents restaurants, de même que pour nos événements musicaux et culturels comme les festivals de jazz et Juste pour rire. Il existe aussi un autre élément, à la fois insaisissable et bien réel qui nous représente : la joie de vivre née de l’expérience montréalaise.

Notre qualité de vie exceptionnelle présente toutefois un danger qu’il nous faut à tout prix éviter : la complaisance.

Dans une économie du savoir, l’innovation et la productivité sont directement liées au nombre élevé de travailleurs hautement qualifiés et éduqués. Comment le Québec se compare-t-il? Eh bien, en 2004, les probabilités de décrocher un diplôme de premier cycle au Québec étaient de trente et un pour cent, comparativement à 38 pour cent en Ontario et à 33 pour cent pour l’ensemble du Canada. De plus, Montréal traîne derrière Toronto, Vancouver et nombreux autres centres nord-américains et internationaux majeurs en ce qui a trait à notre diplomation universitaire. Le taux de diplomation au Québec est tout simplement trop bas.

Les décideurs qui nous ont précédés croyaient que des frais de scolarité peu élevés augmenteraient l’accessibilité universitaire. Alors que les frais de scolarité étaient gelés au Québec, la proportion de la population ayant obtenu un diplôme universitaire est demeurée inchangée. Durant la même période, la diplomation universitaire s’est accrue de plus de vingt pour cent dans d’autres villes nord-américaines et pays de l’OCDE. Notre politique de droits de scolarité peu élevés, quoique bien intentionnée, a amené le Québec à perdre du terrain alors que d’autres ont bondi vers l’avant. Il faut voir les faits tels qu’ils sont et non comme nous voudrions qu’ils soient.

J’invite les dirigeants soucieux de l’avenir du Québec et de ses enfants – vous tous, dans l’industrie, les universités, le gouvernement, les associations – y compris les associations étudiantes – et les parents – à créer et à mettre en œuvre une stratégie visant à augmenter le taux de diplomation du Québec à l’égard des études supérieures. Les Québécois nous appuieront entièrement. Dans un récent sondage commandé par L’actualité, les Québécois ont fait de l’éducation la première valeur – devant le système de soins de santé. Ils ont raison.

Pour protéger notre avenir, nous devons définir une cible pour accroître le taux de diplomation universitaire, avec des échéances fixes. Pourquoi le Québec ne compterait-il pas trente-huit pour cent de jeunes diplômés universitaires? Pourquoi pas soixante pour cent? Cela ferait véritablement de nous des chefs de file. Je rêve du jour où les ministres de l’Éducation ontariens et albertains convoqueront une réunion d’urgence, constatant que plus de jeunes Québécois décrochent un diplôme universitaire que leurs homologues de l’Ontario et de l’Alberta. Et qu’ils sont inquiets parce ces décideurs savent que la croissance du Québec au sein de la nouvelle économie risque fort de damer le pion à l’Ontario et à l’Alberta.

Nous – chaque personne dans cette salle et tous les autres – devons voir clairement nos faiblesses ainsi que nos forces. Dans cette quête mondiale pour les travailleurs hautement qualifiés, le Québec ne peut se permettre de traîner de la patte.

Afin de livrer une véritable concurrence, nous devons chaque année, et ce, durant les dix prochaines années, rehausser notre taux de diplomation universitaire.

Afin de concurrencer dans cette nouvelle réalité, nous devons nous résoudre à augmenter notre taux de diplomation universitaire à toutes les années au cours de la prochaine décennie.

L’ingrédient clé de la réussite dans cette économie du savoir : des gens passionnés animés de la force de réaliser leurs rêves. La formation de futurs acteurs de la nouvelle économie constitue une étape primordiale. Mais pour réussir, nous devons nous soucier de l’extérieur et de l’intérieur. Selon les plus récentes données, le Québec pourrait être confronté à une grave pénurie de travailleurs qualifiés d’ici deux mille dix – avant tout autre province. D’ici deux mille trente, cette pénurie devrait se chiffrer à trois cent soixante-trois mille personnes. Nos universités, et les ressources hautement qualifiées qu’elles attirent au Québec, sont le meilleur moyen de désamorcer cette crise.

Alors qu’avons-nous à offrir? Pour recruter les esprits les plus brillants, les universités québécoises doivent être en mesure de proposer :

  • un milieu culturellement diversifié : d’accord, nous l’avons.
  • une qualité de vie stimulante : génial, le Québec a la meilleure.
  • des professeurs de haut niveau et des étudiants diplômés exceptionnels avec qui travailler : à ce titre, le Québec peut faire beaucoup mieux.
  • un environnement de recherche attrayant et dynamique: nos universités et nos industries ont besoin d’un sérieux coup de main à cet égard.
  • des installations de qualité : à l’aide! Il s’agit là d’un véritable problème. Vous ne voudriez pas d’une maison aux tuyaux crevés et aux murs délabrés. N’oublions pas que les gens que nous tentons de recruter sont brillants. Ils ne joindront pas les rangs d’une université dont les infrastructures sont sur le point de rendre l’âme.

La détérioration des infrastructures ne touche pas exclusivement les ponts et les routes. Les lacunes à l’égard de l’entretien différé de nos universités remontent à plus de trente ans – ce qui a comme résultat des murs fissurés et des toits mansardés. Et bien que nous nous réjouissions du nouveau plan mis de l’avant par le gouvernement du Québec en matière d’infrastructures, il nous faut agir afin de remédier à ce problème dans les meilleurs délais.

Attirer les plus brillants esprits

Tous les marchés sont appelés à livrer une concurrence mondiale, et il en va de même tant pour l’enseignement supérieur que pour les ressources naturelles. À une époque où le savoir est la ressource la plus farouchement recherchée et où les frontières sont poreuses, les universités de recherche sont un investissement solide qui donne des dividendes élevées pour la croissance économique, la réputation, la santé et le bien-être d’une société. Plus de pays s’attachent à développer leurs propres universités de recherche, reconnaissant qu’elles sont un passeport vers l’économie du savoir.

La Chine est à édifier ce qui promet de devenir un système d’enseignement supérieur diversifié de classe mondiale. Par la mise en œuvre de stratégies nationales, l’Inde, l’Égypte, Singapour et le Japon cherchent à développer leurs forces en matière de recherche dans des domaines ciblés. Les gouvernements de l’Union européenne font des efforts concertés pour moderniser leurs systèmes universitaires. Et nous sommes fiers de collaborer à la création de remarquables réseaux de savoir internationaux avec chacun des pays. La Corée du Sud, la Malaisie, la Thaïlande, le Vietnam et le Qatar entrent également dans la course.

Contrairement à certains de ces pays, nous possédons déjà d’excellentes fondations sur lesquelles tabler. Le caractère unique de Montréal ajouté à ses quatre excellentes universités en font une destination de choix pour les étudiants étrangers et les sociétés internationales. Chaque année, près de dix-sept mille étudiants internationaux ajoutent à la richesse culturelle de la Ville et y injectent plus d’un quart de milliard de dollars.

Les étudiants internationaux à temps plein, en particulier ceux qui poursuivent des études supérieures, représentent un atout de taille dans la constitution du capital intellectuel, social et économique de Montréal. Environ trente pour cent des étudiants étrangers aux cycles supérieurs et vingt pour cent des étudiants de premier cycle s’y installent après l’obtention de leur diplôme, ajoutant une source vitale de main-d’œuvre hautement qualifiée, de savoir spécialisé et de liens internationaux.

Nous devons souligner que les étudiants qui quittent apportent également des dividendes au Québec. Lorsqu’un étudiant étranger quitte Montréal, un nouveau lien se forme dans le réseau mondial. Comme le dit le vieil adage : ce n’est pas seulement ce que vous savez, mais qui vous connaissez. Désormais : ce n’est pas seulement qui vous connaissez à New York ou à Paris, mais également qui vous connaissez à Beijing, à Bangalore, à Bordeaux et à Brisbane, pour ne nommer que les B. Les étudiants internationaux forgent des relations déterminantes susceptibles de positionner le Québec parmi les chefs de file du nouveau marché. Et ils en viennent eux aussi à développer une passion à l’égard du Québec et du Canada.

Et bien que le nombre d’étudiants étrangers qui choisissent le Canada augmente, nous sommes encore derrière les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Australie, la France et le Japon comme destination privilégiée à cet égard.

Pour bâtir l’économie, il nous faut augmenter le nombre d’étudiants étrangers au Québec. Si l’on souhaite recruter les meilleurs parmi les meilleurs, nous devons offrir un financement largement supérieur pour les inciter à poursuivre des études de deuxième et de troisième cycle.

À l’occasion du dépôt de son budget le 26 février dernier, le gouvernement fédéral a annoncé la mise en œuvre de plusieurs mesures visant à consolider l’enseignement supérieur et, par le fait même, la réputation et la productivité du Canada. Parmi ces mesures, mentionnons la création des Prix doctoraux Vanier – cinq cents prestigieuses bourses de recherche d’une valeur de cinquante mille dollars destinées aux doctorants canadiens et étrangers. Il s’agit là de premiers pas qui soulèvent l’enthousiasme et dont s’inspirent plusieurs provinces. J’espère que lors de son prochain budget, le gouvernement du Québec reconnaîtra à son tour l’importance d’investir en enseignement supérieur, et notamment dans le recrutement d’étudiants étrangers de deuxième et de troisième cycle.

Il y a plus de dix ans, l’Australie a élaboré une stratégie nationale de recrutement des meilleurs étudiants diplômés aux quatre coins du monde en offrant une aide financière considérable. Comment finance-t-elle ces programmes? En recrutant activement des étudiants internationaux de premier cycle à qui elle réclame des frais de scolarité au prix du marché pour aider à financer ses programmes de deuxième et de troisième cycle. Cela semble être une excellente idée et un modèle dont le Québec aurait tout intérêt à s’inspirer.

La qualité de nos programmes est de calibre mondial. Pourtant, nos droits de scolarité internationaux et nationaux sont inférieurs à ceux de l’ensemble des provinces canadiennes et des États américains. Nous offrons notre expertise à rabais et nous compromettons notre réputation et nos finances.

Jetons un coup d’œil aux grandes sociétés d’État dont Hydro-Québec ou la Caisse de dépôt et placement. Le gouvernement provincial a supprimé les restrictions qui leur étaient imposées afin qu’elles puissent livrer une libre concurrence et générer le plus de revenus possible. Hydro-Québec facture aux Québécois des taux d’électricité inférieurs au marché. Mais une fois ces besoins satisfaits, elle est libre d’exporter l’électricité aux taux du marché.

Comme Hydro-Québec, nos universités offrent des services aux Québécois à des prix inférieurs au marché. Dix-huit cents dollars par année, comparativement à dix-huit mille dollars par année au sein d’une université américaine abordable. D’accord. Il est juste d’offrir un meilleur taux aux étudiants du Québec et à ceux ne pouvant payer des droits élevés. Dans le cas d’étudiants étrangers en mesure d’assumer les droits exigés, il est plus difficile de comprendre pourquoi les universités québécoises ne sont pas autorisées à exiger le tarif international en vigueur. En quoi cette mesure bénéficie-t-elle au Québec?

Le recrutement d’un nombre plus élevé d’étudiants internationaux aux cycles supérieurs étant primordial pour notre avenir, nous devons inciter – et non décourager – les universités à attirer plus que leur part des meilleurs cerveaux au monde.

Élaborer un plan de match

Nos universités ont ajusté leur tir sur leurs forces, en vertu d’une approche éclairée et stratégique. Par exemple, l’Université du Québec à Chicoutimi a choisi cinq priorités de recherche d’une importance marquée pour la région du Saguenay-Lac-Saint Jean, dont l’aluminium, la foresterie renouvelable et la relation entre le givrage atmosphérique et l’électricité. McGill a pour sa part ciblé huit domaines dont la génétique, les neurosciences, les nanosystèmes et les nanomatériaux, les sciences de l’environnement et les politiques sociales et de santé.

Faisant montre d’une vision éclairée, le Québec a défini ses grappes d’excellence industrielle – aérospatiale, industrie pharmaceutique, biotechnologie et infographie – et chaque université montréalaise contribue à la croissance de l’un ou plusieurs de ces secteurs, des quatre dans la plupart des cas. Mais nous en diminuons l’efficacité faute d’une stratégie définie par Montréal ou par Québec qui réunirait les forces des universités, du gouvernement et du secteur privé dans un plan stratégique concerté visant à « propulser » nos champs de réussite sur la scène mondiale. Nous pouvons entreprendre cette démarche et c’est ce que nous allons faire.

Par exemple : dans le domaine des études et de la recherche juridiques, notre double tradition de droit civil et de common law permet à nos universitaires de créer des lois et des politiques internationales complexes dont l’efficacité transcende les frontières et les systèmes juridiques. Nous devons saisir les occasions découlant de cet environnement unique, faire de Montréal et du Québec un centre d’excellence mondial en droit commercial international et en faire la promotion à ce titre.

De plus, le Québec possède un potentiel concurrentiel remarquable en génomique, en nanoscience, en matériaux de pointe et en sciences environnementales qui sont le fondement de plusieurs produits à valeur ajoutée et de services essentiels à son succès. Mais, là aussi, les relations entre les universités et avec l’industrie doivent être consolidées et optimisées de façon stratégique avec un objectif d’excellence et de retombées positives à l’échelle mondiale. Et, année après année, il nous faudra comparer le progrès accompli selon les critères les plus élevés.

Ensemble, nous devons :

  • identifier les créneaux où nous pouvons exceller sur la scène internationale;
  • miser sur le talent, les actions et les investissements pour développer la masse critique nécessaire et la qualité dans ces secteurs à succès;
  • définir les moyens d’atteindre les régions clés du globe où nos forces trouvent un terrain fertile pour se déployer.

Par exemple, les récentes missions commerciales en Chine et en Inde dirigées par le premier ministre Jean Charest, formées de représentants des milieux industriel et universitaire, ont notamment donné lieu à l’émergence de quatorze partenariats entre McGill et l’Inde.

Nous savons que parler ne coûte rien et qu’il ne suffit pas d’avoir un plan - encore faut-il le réaliser. Pour cela, nous devons partager une vision, nous engager, et par-dessus tout, développer un leadership et une passion pour l’ensemble des secteurs ayant trait à l’innovation. Il faut éviter la basse politique et les guerres de territoires. Il faut se concentrer sur la réputation, les retombées et les réussites pour le Québec et le Canada, ainsi que pour nos partenaires internationaux.

Le Québec possède certains éléments sur lesquels il peut miser. Ainsi, je poserai ma dernière et plus importante question : Comment pouvons-nous positionner nos universités pour assurer le succès du Québec? Ma réponse, mon palmarès en dix points, est la suivante :

Numéro dix : Nous devons travailler avec les familles et les communautés pour améliorer le taux de diplomation secondaire chez les jeunes Québécois et susciter l’attente selon laquelle les enfants peuvent et iront de l’avant dans la poursuite d’études universitaires, et ce, particulièrement s’ils sont les premiers de leur famille à le faire. Cette approche doit s’inscrire dans de la cadre d’une nouvelle stratégie concertée visant à augmenter les taux de diplomation de manière exceptionnelle au cours des dix prochaines années. En vertu de cette stratégie, nous rehausserons le nombre de diplômés de premier cycle de plus de cinquante pour cent et triplerons le nombre de titulaires de maîtrise et de doctorat. Aucune autre mesure ne saurait mieux nous positionner pour accroître notre renommée mondiale.

Numéro neuf : Nous devons supprimer le plafond des droits de scolarité internationaux, fournissant de ce fait aux universités du Québec les incitatifs financiers nécessaires au recrutement d’étudiants étrangers à temps plein. Pour y parvenir, il nous faut élaborer une campagne de promotion internationale efficace et coordonnée pour faire du Québec une destination mondiale en matière d’enseignement supérieur.

Numéro huit : Le Québec doit augmenter le financement destiné aux étudiants diplômés internationaux, afin de rivaliser pour les meilleurs talents aux quatre coins du monde. Une telle mesure va générer de nouveaux talents et de nouvelles sources de revenu. Ils auront un impact sur le niveau global de santé et de prospérité. Ils tisseront des liens solides à l’échelle mondiale.

Numéro sept : Le gouvernement du Québec doit rapidement verser les sommes auxquelles il s’est engagé afin de s’attaquer au problème de l’entretien différé des universités. Il faut doter ces dernières des installations modernes nécessaires au recrutement et à la rétention de ressources humaines de calibre mondial.

Numéro six : En conformité avec sa mission, chaque université doit mettre en œuvre un plan stratégique qui lui est propre pour maintenir et rehausser le niveau d’excellence de ses activités d’enseignement et de recherche dans différents secteurs d’importance et d’influence stratégiques. Nous devons aussi comparer l’impact de nos programmes en regard d’établissements pairs canadiens et internationaux.

Numéro cinq : Les universités, les entreprises, l’industrie et les gouvernements doivent cibler leurs propres forces distinctives au sein des secteurs clés pour le Québec et le Canada. Ils doivent aussi bâtir les partenariats qui permettront d’atteindre la masse critique et un niveau d’excellence supérieur en Amérique du Nord et dans le monde.

Numéro quatre : Nos universités doivent continuer à améliorer l’efficacité et la transparence de leurs activités administratives et de gouvernance et les communiquer publiquement.

Numéro trois : La surréglementation a un prix. Elle peut étouffer l’innovation, réduisant ainsi les possibilités pour nos universités d’attirer et de fidéliser les meilleurs talents, tout comme dans les autres secteurs de l’économie. Voilà pourquoi le gouvernement du Québec doit réduire – et non augmenter – son approche réglementaire envers nos universités tout en créant des incitatifs leur permettant de répondre rapidement et efficacement aux défis qui se posent et saisir les possibilités qui s’offrent à elles.

Numéro deux : Nous devons mettre de coté notre instinct à faire de nos programmes gouvernementaux des exercices de péréquation. Il faut investir dans les secteurs ciblés les plus prometteurs. Cela nous permettra de développer une masse critique d’expertise et de recherche permettant de livrer une concurrence mondiale. Un financement insuffisant ne peut donner que des résultats médiocres.

Et finalement, voici la première mesure à instaurer pour positionner nos universités afin qu’elles assurent le succès du Québec:

Alors que les autres pays accroissent les sommes allouées à l’enseignement supérieur, nous devons nous doter d’une base de financement gouvernemental pour nos universités qui soit compétitive. Nous devons aussi faire appel aux étudiants, aux familles, à l’industrie et aux donateurs pour qu’ils jouent leur rôle. Nos universités sont investies d’une importante mission publique et appartiennent à l’ensemble de la société. Ainsi, chacun d’entre nous doit contribuer à générer des avantages dans l’ensemble des secteurs. Nous devons faire montre du courage nécessaire et de la volonté politique de repenser notre politique « Dollorama » en matière de droits de scolarité: une politique qui ne favorise ni l’accessibilité, ni la qualité et qui met en péril la santé financière de nos universités.

La complaisance mènera à l’isolation. Nous avons le talent et les ressources pour réussir. Je suis convaincue que nous pouvons réussir. Et je sais que si nous agissons rapidement et de façon déterminée, nous réussirons.

Merci.