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Dîner de remise des prix Gairdner 2008

ALLOCUTION PRONONCÉE PAR
LA PRINCIPALE HEATHER MUNROE-BLUM
DÎNER DE REMISE DES PRIX GAIRDNER 2008
LE 23 OCTOBRE 2008

Merci John. Bonsoir. C'est un très grand honneur pour moi d'être ici ce soir, à l'occasion de cet événement qui vise à reconnaître l'excellence dans le milieu des sciences.

Membres de la famille Gairdner, distingués lauréats Gairdner, Docteur Dirks, membres du Conseil médical consultatif Gairdner, chers collègues, Mesdames, Messieurs, bonsoir.

Je suis ravie de prendre part à cette exceptionnelle célébration entourant la remise annuelle des Prix Gairdner. Il s'agit d'un événement remarquable, à l'image des lauréats qui y sont honorés : des chefs de file mondiaux qui poursuivent la noble quête de la science, pour le bien de l'humanité.

Nous célébrerons prochainement le 50e anniversaire de la création des Prix Gairdner. Un demi-siècle d'existence est sans conteste l'occasion unique de prendre du recul et de s'inspirer de la sagesse derrière la vision fondatrice, d'examiner dans quelle mesure les instruments qui concrétisent cette vision ont atteint les objectifs escomptés, de jeter un regard vers l'avenir et de prendre compte de la pertinence de cette vision, à l'heure actuelle.

À tous les égards, la décision de James Gairdner de créer des prix décernés au Canada en reconnaissance de découvertes exceptionnelles attribuables aux meilleurs scientifiques mondiaux était, et continue d'être, d'une stupéfiante audace.

Il y a cinquante ans, au moment où ces prix ont été créés, les activités scientifiques menées au pays étaient confrontées à des défis de taille, lesquels ont récemment refait surface, dans une certaine mesure. Secteur par secteur, nous assistions à un exode des cerveaux. Les scientifiques les plus réputés partaient joindre les rangs d'instituts et d'universités bénéficiant d'un meilleur financement, situés dans des pays plus novateurs. À l'époque, Toronto « la Pure », n'avait pas le statut de ville mondial dont elle jouit aujourd'hui. Et, à quelques exceptions près, la politique scientifique dont le pays s'était doté était assujettie à de constantes restrictions. À la fin des années 1960, le recrutement de professeurs de l'étranger était pour ainsi dire tabou. L'accent était mis sur l'embauche de professeurs canadiens, sur la mise en œuvre de plateformes de recherche nationales et sur la conclusion de partenariats nationaux. Symboles d'une vision bornée qui prévalait alors quant aux facteurs qui assurent le succès d'un pays, des ouvrages tels que Close the 49th Parallel et Lament for a Nation étaient des références en matière de science politique canadienne, et le demeurèrent jusqu'au milieu des années 1980.

James Gairdner, et les Prix qui portent son nom, ont été précurseurs d'un changement préconisant une ouverture intellectuelle plus grande, et défendaient vigoureusement l'idée que la reconnaissance de réalisations scientifiques à l'échelle mondiale contribuerait à l'avancement de la cause du développement en recherche et en science au pays; une idéologie qui profiterait à la société dans son ensemble. Depuis quarante-neuf ans, la famille Gairdner perpétue cette vision avec brio; d'abord avec K. J. R. Wrightman et Charles Hollenberg et, depuis 1993, sous la supervision du docteur John Dirks.

Les développements dont nous avons par la suite été témoins sont attribuables à la création et à la renommée des Prix Gairdner, tant ici qu'à l'étranger. Ces prix ont rehaussé l'importance des activités scientifiques pour les universités, les hôpitaux, les instituts de recherche, les gouvernements et les conseils d'administration aux quatre coins du pays.

John Evans, Fraser Mustard, Henry Freisen, Lou Siminovitch, Cal Stiller, et nombre d'autres, dont le mécène Rotman, ont œuvré à cette transformation. Ainsi, les aspirations scientifiques nationales auxquelles nous nous attachons, de même que la place qu'occupe désormais le Canada sur l'échiquier mondial, ont connu une hausse exceptionnelle, et ont atteint le niveau qui leur revient.

Depuis la fin des années 1990, les gouvernements fédéral et provinciaux ont consenti d'importants investissements aux universités, notamment pour la fidélisation de personnel qualifié et pour la réalisation d'activités de recherche. Et ce financement a été accordé par divers partis politiques : les libéraux et les conservateurs à Ottawa, les conservateurs suivis des libéraux en Ontario, le Parti québécois suivi du Parti libéral au Québec, suivi à son tour des conservateurs, et finalement des conservateurs en Alberta. De plus en plus, la science est à juste titre perçue comme une cause nationale et non comme une cause politique.

Les Instituts de recherche en santé du Canada, la Fondation canadienne pour l'innovation, les Chaires de recherche du Canada, les coûts institutionnels (ou indirects) de programmes de recherche et les politiques d'innovation récemment instaurées aux niveaux fédéral et provincial sont, à de nombreux égards, l'œuvre des Prix Gairdner, et sont attribuables à l'accent que ces récompenses mettent sur l'importance d'évaluer le travail de scientifiques, le niveau de rigueur de travaux de recherche, de même que sur la mesure de progrès enregistrés dans ce domaine, et ce, en vertu de normes mondiales. Nombre de programmes ouverts aux éminences, sans égard au pays d'origine, ont vu le jour grâce aux Prix Gairdner et, à ce titre, les Chaires de recherche d'excellence mondiale ainsi que les Bourses d'études supérieures du Canada Vanier en sont probablement le meilleur exemple. Et pour boucler la boucle, soulignons la formidable décision qu'a prise l'an dernier le gouvernement fédéral d'accorder un appui financier majeur et soutenu à la Fondation Gairdner; un geste exceptionnel qui visait à en reconnaître l'incontestable apport.

Les Canadiens sont hautement redevables à James Gairdner pour son legs qui a notamment mis de l'avant, aux quatre coins du pays, que l'excellence en science et en recherche ne se concrétisera qu'en éliminant toute frontière géographique. Au nom de nous tous ici présents, ainsi qu'au nom du Canada, je souhaite témoigner ma profonde gratitude envers l'engagement dont ont fait montre les membres de la famille Gairdner, de même qu'à l'égard du docteur John Dirks, qui parraine remarquablement le Programme Gairdner depuis plus de dix ans. Comme l'a écrit Jonathan Swift : « La vision est l'art de voir les choses invisibles ».

Ce que John Gairdner parvenait à voir et qui était invisible pour les autres, était que seule la reconnaissance des plus éminents esprits et des réalisations les plus marquantes de scientifiques mondiaux permettrait au Canada de susciter l'excellence à l'échelle mondiale et, ce faisant, de créer une norme supérieure dont pourraient s'inspirer les décideurs, les institutions et les industries au pays, et à laquelle les chercheurs canadiens pourraient aspirer. L'œuvre accomplie par monsieur Gairdner ne signifie pas pour autant que notre travail soit terminé. La moitié du chemin est parcourue et il est désormais de notre devoir d'œuvrer ensemble - universités, gouvernements, industries, collectivités et individus - pour préserver et rehausser un climat au sein duquel les talents canadiens pourront déployer la pleine mesure de leur potentiel. De ce créneau, il nous apparaît particulièrement important que les scientifiques et chercheurs puissent continuer de tabler sur des mesures qui les inciteront à prendre part à des réseaux mondiaux de sommités, et à en tenir les rênes.

Nous devons nous attacher à faire en sorte que les chercheurs disposent de moyens de faire la lumière sur la nouvelle génération de découvertes qui mettront au jour la base biologique des maladies et de traduire les fruits de leur travail en mesures de prévention et en de meilleurs soins de santé pour la population et les malades. Il nous faut également former les scientifiques d'exception afin qu'ils se démarquent et deviennent à leur tour lauréats de prix internationaux.

La création des Prix Gairdner a précédé de près d'un demi-siècle les efforts de sensibilisation quant à notre rôle, celui d'une communauté mondiale qui partage un destin commun, et quant à la nécessité pour les acteurs globaux d'unir leurs forces dans le but de résoudre des problèmes cruciaux. Des problèmes tels que la cartographie du cerveau humain ou l'élaboration de nouveaux traitements contre le cancer, l'obésité ou la maladie d'Alzheimer. Le Canada et les universités canadiennes doivent se montrer habiles et déployer la détermination nécessaire pour tirer profit des occasions qui naissent de la création de réseaux intellectuels et de recherche; des réseaux en constante évolution.

Ensemble, pour nos régions respectives et pour le Canada, il nous faut sans relâche :

  • Identifier les créneaux où nous disposons d'atouts pour exceller à l'échelle mondiale;
  • Développer une masse critique et un réseau de qualité dans ces secteurs clés;
  • Et trouver des moyens de bâtir des liens avec les principales régions mondiales qui partagent nos champs de compétences.

En réaction au sentiment d'incertitude qui frappe le monde - notamment en ce qui a trait à la stabilité géopolitique, à l'environnement, aux institutions financières, à la capacité d'innovation de la main-d'œuvre et à la santé mondiale - les valeurs rattachées à la quête scientifique représentent une fondation qui ne saurait s'égarer ou s'écrouler, une fondation qui tient tête à aux plus menaçantes tempêtes, et qui s'extirpe sans heurt d'une puissante tourmente de sable. À partir du moment où l'homme a appris à contrôler le feu, la science a été le seul moyen durable d'incarnation du progrès.

Le fait que James Gairdner ait clairement vu cela, et qu'il ait été animé d'une quête de l'excellence scientifique telle qu'elle l'inspira à œuvrer pour que les autres le voient à leur tour, est un cadeau pour nous et pour le Canada tout entier. La découverte scientifique continue d'être l'éclat de lumière qui fait battre le cœur. En conclusion, j'aimerais féliciter les lauréats des Prix Gairdner de même que ceux qui les ont précédés, et je vous remercie du privilège qu'il m'a été donné de m'adresser à vous à l'occasion de cette exceptionnelle soirée.

Merci.