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McGill : Un atout essentiel pour le Québec

Présentation de l'Université McGill devant la Commission de l'éducation
Assemblée nationale du Québec
Le 16 janvier 2007

Introduction

Monsieur le Président,

Permettez-moi d'abord de remercier les membres de la Commission de nous accorder le privilège de participer à ce dialogue constructif sur le rôle des universités dans la société québécoise. Ces auditions de la Commission sont appréciées de l'ensemble des universités québécoises et les débats qu'elles encadrent servent l'intérêt public de façon indéniable.

Je souhaite débuter notre exposé en vous présentant mes collègues de l'Université McGill : monsieur Anthony Masi, vice-principal exécutif, monsieur Denis Thérien, vice-principal, recherche et relations internationales, et monsieur Michael Goldbloom, nouveau vice-principal aux relations interinstitutionnelles. M. Goldbloom œuvrait auparavant à Toronto comme éditeur du Toronto Star, le quotidien à plus fort tirage au Canada. Vous aurez sans doute l'occasion de collaborer étroitement avec lui, puisqu'il sera notamment responsable des relations entre l'Université McGill et le gouvernement du Québec.

Je suis très heureuse d'être entourée d'une équipe de direction et d'un personnel aussi talentueux que dévoué. Nous vous avons déjà fait parvenir les renseignements de base concernant les exigences en matière de reddition de comptes et d'imputabilité.

Par conséquent, nous profiterons de la présentation d'aujourd'hui pour vous faire partager notre passion pour la mission universitaire et vous expliquer notre vision de l'avenir de l'enseignement supérieur au Québec et, plus particulièrement, puisqu'il s'agit de notre responsabilité première, de l'Université McGill.

À l'heure actuelle, il n'est pas besoin d'être alarmiste pour affirmer que le système universitaire québécois est en crise. Comme société, nous sommes en voie de limiter notre développement en nous complaisant dans un statu quo qui nous empêche d'assurer aux étudiants un avenir de prospérité et aussi de justice sociale. Le Québec doit entreprendre très rapidement les démarches qui lui permettront de créer la société à laquelle nous aspirons : progressiste, équitable sur le plan social et prospère sur le plan économique; une société telle que nous souhaitons léguer à nos enfants et à nos petits-enfants.

Si nous ne donnons pas un coup de barre décisif en réinvestissant dans nos universités, la qualité de l'éducation que nous offrons continuera de se détériorer et l'avenir de la jeune génération en sera compromis.

C'est donc animés d'un sentiment d'urgence, profondément préoccupés des conséquences de l'inaction et déterminés à proposer des solutions que nous nous présentons devant vous aujourd'hui.

Nous soumettrons à votre attention les quatre principaux points suivants :

  1. D'abord, il devient pressant de réinvestir de façon importante dans nos universités. Parce qu'ils sont nettement insuffisants, les niveaux de financement actuels ne permettent pas aux universités québécoises d'accroître l'accessibilité, de maintenir et de rehausser la qualité de l'enseignement ou d'augmenter la diplomation. Afin d'y parvenir, un nouveau cadre de financement doit être mis en œuvre, conjuguant un investissement gouvernemental soutenu et efficace, le dégel des droits de scolarité, une aide financière accrue et la création de programmes de subventions de contrepartie destinés à promouvoir la philanthropie.
  2. En outre, l'ajustement McGill qui, de l'avis de tous, est inéquitable, doit être aboli dans les plus brefs délais.
  3. Troisièmement, le rôle, la contribution et les besoins uniques des quatre universités québécoises à forte intensité de recherche offrant des programmes de médecine et d'études supérieures doivent être reconnus et soutenus.
  4. Quatrièmement, le rôle et la réputation de McGill à l'échelle internationale, qui sont uniques parmi les universités québécoises et canadiennes, doivent être encouragés et soutenus.

1. Le réinvestissement dans les universités : une priorité incontournable

Plus de deux années se sont écoulées depuis la dernière présentation de l'université McGill aux membres de cette commission et depuis la publication du rapport de la Commission parlementaire sur la qualité, l'accessibilité et le financement des universités. Plusieurs recommandations formulées par la Commission ont suscité l'espoir dans les universités, mais, malheureusement, n'ont pas encore été mises en œuvre. Lorsque nous nous sommes présentés devant la Commission, en 2004, nous avons soutenu que le Québec ne pouvait se permettre de faire du surplace, alors que d'autres sociétés choisissaient résolument d'aller de l'avant. À notre grande déception, non seulement le Québec n'a pas progressé, mais il a été dépassé. Dans les secteurs où il menait dans le peloton de tête, le Québec se situe désormais à l'arrière.

L'exemple le plus troublant repose sur le taux d'accessibilité et la diplomation universitaires au cours des dix dernières années. Alors que les autres provinces canadiennes et d'autres pays avancés ont enregistré un net progrès à cet égard, les résultats pour le Québec marquent le pas. À l'heure actuelle, le taux d'accessibilité, ou de participation québécois est de quarante et un p. cent, comparativement à la moyenne de 53 p. cent pour les pays de l'OCDE et de 63 p. cent aux États-Unis. De meneurs, nous sommes passés bien en deçà de la moyenne. Il s'agit d'un revirement surprenant et inquiétant pour une société qui, il y a de cela plus de 40 ans, choisissait de faire de l'éducation l'une de ses priorités fondamentales.

Nous sommes d'avis que le Québec — l'ensemble des étudiants et de la société — doit refuser le statu quo et s'engager résolument à renverser cette situation fort préoccupante. L'éducation doit redevenir la priorité fondamentale du Québec, comme cela était le cas lors de la Révolution tranquille. Comme je l'évoquais dans un discours que j'ai prononcé récemment devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain : « Tout d'abord […] nous devons clairement définir les objectifs relativement aux taux de participation et de diplomation universitaires, et accroître les taux de diplomation à la maîtrise et au doctorat ainsi que les inscriptions au niveau postdoctoral. […] Nous devons bâtir un système universitaire capable de concurrencer, à l'échelle mondiale, des joueurs de calibre international. »

Afin de bâtir le système universitaire de classe mondiale dont les Québécois ont besoin, une hausse du financement universitaire s'impose de manière urgente.

Nous reconnaissons et apprécions à sa juste valeur la contribution très significative du gouvernement du Québec à l'enseignement universitaire, et nous appuyons pleinement les efforts qu'il déploie afin d'obtenir un financement accru de la part du gouvernement fédéral. Néanmoins, nous nous joignons à nos collègues des autres universités pour affirmer que le sous-financement du réseau universitaire constitue une entrave majeure au progrès de la société québécoise.

Il ne s'agit pas de propos dans notre seul intérêt personnel ou institutionnel. Notre principale inquiétude concerne l'avenir de nos étudiants et de l'ensemble des étudiants québécois. Nous croyons fermement que la prospérité économique et la justice sociale au Québec nécessitent qu'une solution soit apportée dans les plus brefs délais.

Le gouvernement du Québec ne peut prendre seul à son compte la correction du sous-financement chronique des universités, pas plus qu'il ne peut répondre aux besoins croissants des universités dans un contexte de société des connaissances. En fait, aucun système universitaire accessible et offrant une formation de qualité ne peut reposer uniquement sur le financement gouvernemental. Les étudiants sont les premiers bénéficiaires d'un enseignement universitaire de qualité supérieure et ils doivent être appelés à contribuer davantage lorsque leur situation familiale le permet. À l'heure actuelle, les étudiants des familles les mieux nanties sont les principaux bénéficiaires du gel de droits de scolarité. Cette politique s'avère régressive, et non progressiste. Malgré les résultats des sondages, force est d'admettre que le gel des droits de scolarité contraint le contribuable moyen à soutenir l'éducation de jeunes issus de milieux privilégiés. Nous sommes tous pour une politique généreuse qui permette la plus grande accessibilité possible à l'université. Mais le moyen employé, n'atteint pas cet objectif, bien au contraire.

Comme le disait Bernard Hugonnier, directeur adjoint pour l'éducation de l'OCDE, « dans les pays où l'enseignement supérieur est largement dépendant des finances publiques, l'inégalité d'accès et de participation peut entraîner un déséquilibre dans la répartition du fardeau financier (les moins bien nantis subventionnant l'éducation de l'élite) à moins que les systèmes de taxation soient très progressifs ».

Depuis 1994, les droits de scolarité annuels des étudiants de premier cycle du Québec ont été maintenus à 1 668 dollars, ce qui signifie que leur valeur monétaire en dollars a diminué au cours de cette période. Entre-temps, ailleurs au pays, les droits de scolarité ont presque triplé, fournissant ainsi aux universités canadiennes près du tiers de leur revenu global. Comprenons-nous bien, les étudiants québécois ont droit, aujourd'hui, à la même accessibilité, à la même qualité et au même niveau de service dont leurs collègues ont bénéficié il y a dix ans. Or, le gel des droits de scolarité leur nie ce droit par le simple effet de l'inflation et laisse croire à une accessibilité accrue, ce qui relève de l'illusion. Nous sommes prisonniers d'une logique simpliste qui masque la réalité. Le gel des droits de scolarité a entraîné une diminution de la qualité de la formation universitaire, tant sur les plans de la qualité des programmes d'études que de la qualité de l'environnement physique de nos campus.

Nous reconnaissons la nature délicate de la politique des droits de scolarité. Toutefois, comme plusieurs avant nous — commentateurs politiques, économistes et membres de l'aile jeunesse du parti de ce gouvernement — nous vous exhortons à agir dans l'intérêt manifeste des étudiants et de la société. Ce qui a d'abord commencé comme une mesure d'aide est peu à peu devenue un dogme, qui limite notre engagement à fournir un enseignement de qualité et à augmenter la réussite des étudiants par l'obtention de leur diplôme. Nous demandons à l'ensemble des partis politiques de s'élever au dessus des considérations partisanes, de faire œuvre pédagogique et d'expliquer l'intérêt des étudiants québécois et de la société à corriger la perception erronée des effets du gel des droits de scolarité.

Nous croyons que le temps est venu de d'instaurer une nouvelle politique de droits de scolarité alliée à un engagement des universités à investir une part substantielle des sommes découlant de la hausse des droits dans l'aide financière aux étudiants. L'Université McGill souscrit sans réserve à cette condition. Le gel des droits de scolarité doit être levé sans délai, de sorte que, la contribution exigée au Québec atteigne la moyenne canadienne d'ici trois ans. Dans ce contexte, McGill s'engage à consacrer 30 p. cent des droits de scolarité supplémentaires à la création de bourses d'études. Le complément du financement accru issu de la hausse des droits servira principalement à des améliorations dont les étudiants seront les premiers bénéficiaires.

Ainsi, les universités pourront soutenir l'accessibilité, tout en consolidant leurs acquis. L'adoption d'une nouvelle politique des droits de scolarité permettrait à McGill et aux autres universités québécoises de s'assurer qu'aucun étudiant admissible ne se voit refuser l'accès à un enseignement universitaire de qualité supérieure en raison d'un manque de ressources financières. Par notre mission même, il s'agit là d'une situation que nous ne saurions accepter.

Nous devons également favoriser la contribution du secteur privé par l'amélioration significative des subventions gouvernementales de contrepartie. C'est grâce à la détermination et à la persuasion que les universités peuvent créer une tradition de philanthropie qui alimente les fondations. Les universités québécoises ont compris cet enjeu et relèvent avec énergie le défi d'amener leurs partenaires à bâtir, par leurs dons, ce levier de développement institutionnel. Le fonds de dotation de McGill, accumulé depuis sa fondation il y a 185 ans, est réservé à des fins dédiées, souvent spécifiées par le donateur, et sert principalement à soutenir financièrement les étudiants, comme c'est généralement le cas dans la plupart des universités.

Certaines provinces se sont dotées de subventions paritaires de contrepartie. Par exemple, l'Ontario Student Support Trust Fund verse chaque année 50 millions de dollars en contrepartie de dons de particuliers et d'entreprises remis aux fonds de dotation universitaires. Le revenu de placement généré par ces fonds permet la création de bourses destinées à des étudiants nécessitant une aide financière. Ce programme connaît un tel succès auprès de l'ensemble des universités ontariennes, notamment en région, que deux gouvernements successifs aux orientations politiques différentes l'ont maintenu. Nous demandons au gouvernement québécois de créer des mesures qui sauront inciter des donateurs à investir dans l'avenir des étudiants du Québec par des programmes de subventions paritaires et des incitations fiscales, comme les gouvernements ontarien et albertain.

2. L'Ajustement McGill

En ce qui a trait aux besoins de financement particuliers à McGill, nous sommes d'avis que l'ajustement McGill est inéquitable et qu'il doit être aboli. Les Règles budgétaires de financement des universités accordent d'importantes subventions à l'enseignement en fonction d'une formule de pondération de l'effectif étudiant qui tient compte des coûts moyens par étudiant, en fonction de la discipline et du niveau d'étude. En deux mille, McGill a reçu 15 millions de dollars de moins que l'application de cette formule le prévoyait. Ce mécanisme est désigné par le terme « Ajustement McGill ». Depuis, McGill subit cette pénalité, qui est redistribuée à l'ensemble des universités québécoises. Imposée à McGill depuis sept ans, cette pénalité s'est accumulée et atteint désormais un manque à gagner de 80 millions de dollars. Nous considérons que l'ajustement McGill représente une dette que le gouvernement du Québec doit rembourser à l'Université McGill. L'Université n'a reçu qu'une portion de cette somme et le manque à gagner croît chaque année. Par la nature même de cet ajustement, McGill est la seule institution assujettie à cette pénalité. Les coûts rattachés à l'abolition de cette pratique discriminatoire apparaissent à l'Annexe seize des Règles budgétaires. Bien que nous soyons encouragés par les modestes progrès réalisés cette année visant à corriger le problème, cette pratique doit être abolie dans les plus brefs délais afin d'assurer à l'Université McGill un traitement équitable.

3. Le rôle et les responsabilités uniques des universités à forte intensité de recherche offrant des programmes de médecine et de doctorat

Les universités québécoises à forte intensité de recherche avec facultés de médecine — McGill, Laval, Montréal et Sherbrooke — jouent un rôle unique et crucial au sein de notre système d'enseignement universitaire. Le volume et la nature des recherches réalisées par leurs professeurs, de même que leur apport à la formation et à la préparation d'étudiants aux cycles supérieurs, en stages postdoctoraux et dans les programmes professionnels et de médecine représentent une contribution indispensable à la société québécoise.

Les preuves ne sont plus à faire sur l'apport distinct et stratégique des grandes universités à forte intensité de recherche à la société des connaissances. Ces établissements forment le personnel hautement qualifié que requiert l'économie du savoir. Les diplômés titulaires de maîtrise ou de doctorat sont reconnus comme les chefs de file de l'innovation et de la prospérité économique. Ils contribuent davantage aux coûts des programmes sociaux, consomment moins de services de l'État et, en général, présentent un meilleur bilan de santé.

Pour leur contribution décisive, les universités à forte intensité de recherche avec faculté de médecine et avec une forte proportion d'étudiants gradués doivent obtenir une reconnaissance de leur rôle distinct et recevoir le soutien financier qui leur permettra de remplir leur mission unique.

La recherche universitaire est au cœur de la société du savoir et de l'innovation. Ses répercussions se mesurent non seulement par les chercheurs exceptionnels que nous formons et que nous recrutons, mais également par les percées qu'ils réalisent. Ils permettent de résoudre les mystères de la médecine, de soigner, voire de guérir certaines maladies, de démarrer et d'attirer des entreprises et de créer des emplois de niveau supérieur. La réalisation de recherches universitaires de calibre international permet le recrutement et la rétention d'étudiants et de professeurs exceptionnels, tout en assurant le mieux-être de la société et la prospérité économique. Son importance ne peut donc être sous-estimée.

À McGill, nous considérons nos missions de recherche et d'enseignement comme intrinsèquement liées. Nous sommes très fiers que l'ensemble de nos professeurs consacre temps et talent à ces deux rôles essentiels. La formation de nos étudiants de premier, deuxième et troisième cycles et de ceux des programmes professionnels bénéficie des recherches réalisées par les membres de notre corps professoral dans diverses disciplines.

McGill appuie la nouvelle stratégie québécoise de recherche et d'innovation annoncée récemment, de même que les objectifs qu'elle contient. Dans la même foulée, il nous faut établir des priorités de recherche, bâtir des centres d'excellence de classe internationale, en collaboration avec les autres universités québécoises, et plus particulièrement avec les trois institutions à forte intensité de recherche offrant des programmes de médecine et de doctorat. Ces centres ont besoin d'un financement stable, prévisible et garanti à long terme. Nous sommes impatients d'amorcer le dialogue avec le gouvernement du Québec et d'autres partenaires afin d'élaborer des plans stratégiques et des objectifs relativement à ces enjeux.

Nous souhaitons nous assurer que McGill préserve son rôle de chef de file au Canada selon le critère du financement de recherche par chercheur, un objectif qui selon nous s'inscrit dans l'intérêt fondamental du Québec. À l'heure actuelle, nos chercheurs prennent part à des milliers de projets, dont les actions suivantes peuvent être mentionnées à titre d'exemple :

  • Collaborer avec des chercheurs de l'Outaouais au Saguenay, en passant par l'Abitibi-Témiscamingue et le Bas-Saint-Laurent dans le but de faire des percées en génétique, d'explorer les écosystèmes forestiers à caractère durable et de cartographier les répercussions du changement climatique sur la vie marine dans le golfe du Saint-Laurent.
  • Conseiller des jeunes aux comportements à risque dans les rues de Montréal, fournir gratuitement des soins dentaires aux personnes âgées démunies, et travailler sans relâche pour soigner les victimes ayant contracté la bactérie C. difficile dans les hôpitaux québécois.
  • Combattre le SIDA en Afrique en réduisant le taux de transmission mère-enfant, aider des communautés ravagées par ce virus à élever une génération entière d'orphelins du SIDA et sensibiliser les adolescents à ce fléau, dans les rues de Johannesburg.
  • Résoudre les mystères de l'autisme et aider les individus exceptionnels qui en sont affligés à s'intégrer à la société.
  • Explorer les possibilités infinies de la nanotechnologie dans divers domaines, de la neuroscience à l'informatique.
  • Agir comme leader en développement durable, notamment en trouvant des solutions au réchauffement climatique.
  • Mener des recherches à la fine pointe des connaissances sur la réponse du cerveau humain au son de la musique et trouver les explications scientifiques aux résultats obtenus.

Les investissements en recherche de McGill en font le principal titulaire de brevets aux États-Unis parmi l'ensemble des universités canadiennes. De plus, McGill accueille le plus important institut de recherche médicale au Canada. De deux mille un à deux mille six, l'Université a attiré au Québec 322 millions de dollars des Instituts de recherche en santé du Canada, ce qui représente 43 p. cent du montant global obtenu par l'ensemble des universités québécoises et 12,6 p. cent de la somme totale consentie dans l'ensemble du Canada.

Dans notre discussion sur la place des universités à forte intensité de recherche, nous croyons qu'il est impératif de comprendre l'importance décisive et les avantages majeurs liés à la présence des deux facultés de médecine à Montréal et des centres hospitaliers universitaires qui y sont affiliés. De la même manière, des recherches indispensables y sont menées, sans compter l'enseignement, la formation et les soins aux patients qui y sont prodigués. Il serait désolant de considérer comme un désavantage ce que Boston et d'autres grandes villes du monde célèbrent : deux facultés de médecine et deux hôpitaux universitaires d'envergure dans la même ville. En fait, Montréal est la seule ville au Canada pouvant prétendre à ce titre.

Nos deux grands hôpitaux d'enseignement contribuent à maintenir une saine concurrence, tout en collaborant et en se complétant, et ce, beaucoup mieux que plusieurs hôpitaux rattachés à un seul système universitaire, au Canada et aux États-Unis.

Ces atouts seront sérieusement compromis si la construction des nouveaux hôpitaux n'est pas terminée rapidement. Ce qui fait notre force en soins médicaux se transformera en une lacune tandis que les Montréalais et les Québécois en feront les frais.

Il est d'ailleurs important de souligner que des soins de santé de qualité sont également un facteur clé d'attractions de sociétés multinationales. À cet égard, les ressources combinées des facultés de médecine de McGill et de l'Université de Montréal constituent des atouts exceptionnels. Nul ne peut contester les liens indissociables qui existent entre la qualité de l'enseignement de la médecine, le recrutement et la rétention des personnes de talent et la prospérité économique. À ce titre, le Québec possède un avantage concurrentiel que nous devrions tous contribuer à rehausser.

4. Le rôle international de l'Université McGill

Les activités des universités entraînent des répercussions importantes au sein de l'économie locale, régionale et nationale. De plus en plus, elles sont le moteur du capital humain et intellectuel. L'Université McGill est à la fois un importateur et un exportateur de ce savoir, du talent de ses étudiants et de son personnel, de l'innovation et de l'expertise. La collaboration de McGill avec le gouvernement du Québec pour développer les liens bilatéraux avec l'Inde et la Chine, sous forme de partenariats de recherche avec ces deux pays, en sont de parfaits exemples. C'est également le cas de l'approche transsystémique internationaliste de l'enseignement juridique de la Faculté de droit de McGill; une approche exclusive et lauréate d'un prix dans ce domaine. L'Université prend part à des centaines de collaborations de recherche internationales; elle créée ainsi une passerelle de savoir et de talent entre le Québec et le reste du monde, ce qui lui vaut une renommée mondiale.

Ces réalisations se traduisent entre autres par la diversité de la population étudiante de McGill, qui compte parmi les universités accueillant le plus grand nombre d'étudiants internationaux de premier cycle à temps plein en Amérique du Nord. L'Université McGill doit se mesurer aux autres universités du Canada, des États-Unis et de l'étranger quant au recrutement d'étudiants et de professeurs et à l'obtention de subventions de recherche. La concurrence à l'égard du recrutement de candidats exceptionnels aux études supérieures est particulièrement forte — et McGill compte plus de candidats au doctorat que toute université québécoise. De plus en plus d'étudiants internationaux, canadiens et québécois — que nous serions heureux d'accueillir — choisissent par contre de poursuivre leurs études à l'extérieur du Québec. Les universités dotées d'infrastructures et d'équipes de recherche plus reconnues, en mesure de fournir des services et une aide financière de choix, notamment à l'aide de bourses d'études, retiennent davantage leur attention.

Récemment, la Conférence régionale des élus de Montréal a publié un mémoire fort intéressant intitulé Intensifier les efforts pour attirer et retenir les meilleurs étudiants internationaux à Montréal. Nous appuyons les recommandations qui y sont formulées, notamment celle soutenant que les droits de scolarité versés par les étudiants internationaux devraient être conservés par les universités qui les accueillent. Sauf dans le cas d'étudiants acceptés en vertu d'une entente internationale conclue entre leur pays d'origine et le gouvernement du Québec, les impôts des contribuables québécois ne sont pas utilisés pour l'accueil d'étudiants internationaux de premier cycle.

Ces derniers contribuent à l'assurance d'un enseignement de qualité et au maintien d'emplois au sein de nos universités. À McGill seulement, l'apport des étudiants internationaux à l'économie locale est évalué à quelque 100 millions de dollars en dépenses de consommation. Cependant, les étudiants internationaux nécessitent souvent une aide qui va bien au-delà des services requis par les autres étudiants, particulièrement dans le cas de drame personnel ou lorsque survient une catastrophe naturelle dans leur pays d'origine. Au premier cycle, nous sommes prêts à assumer les coûts de fonctionnement engendrés par ces étudiants à même leurs droits de scolarité, en réservant une part de ces droits à la création de bourses destinées à des étudiants dans le besoin, ce que nous faisons déjà dans la mesure de moyens financiers limités. Et McGill est la seule université canadienne à agir de la sorte.

L'université McGill est heureuse d'accueillir des étudiants internationaux, considérant que leur présence contribue grandement à son caractère distinctif. Elle témoigne de son rôle d'institution de réputation internationale logée au cœur d'une ville avant-gardiste dans une société ouverte sur le monde. À l'instar de SNC-Lavalin, d'Hydro-Québec, des Canadiens de Montréal et du Cirque du Soleil, l'Université McGill est une grande institution québécoise qui, pour préserver sa réputation d'excellence, fait appel à des personnes de talent de tous les continents. Toutefois, afin d'inciter des étudiants internationaux à venir y poursuivre des études de cycles supérieurs, le Québec devra offrir un appui équivalent à celui d'autres entités et de pays qui remportent un succès incontestable à cet égard.

Conclusion

Dans sa plus récente édition, le Times Higher Education Supplement, une référence internationale en matière d'enseignement supérieur, a classé McGill au 21e rang mondial des meilleures universités au monde. McGill a obtenu le premier rang au Canada et est la seule université au pays à se hisser parmi les 25 meilleures. Nous souhaitons que tous les Québécois se réjouissent avec nous de cette réalisation dont nous sommes fiers, en conservant l'assurance que nous essaierons sans relâche de nous surpasser.

Cela dit, les politiques actuelles mettent en péril nos progrès et ceux des universités québécoises. Sans une modification des politiques à l'égard des sources de revenus dans les établissements universitaires, nous ne serons jamais en mesure de créer les conditions de célébrer la qualité de nos universités et la position de l'Université McGill comme l'une des dix meilleures universités publiques au monde.

Sans de nouveaux investissements, l'accessibilité et la qualité des universités risquent de poursuivre le déclin déjà amorcé. Par tous les moyens à notre disposition, il nous faut renverser cette tendance. Nous comptons sur un financement amélioré des universités, non seulement pour faire face à la concurrence, mais d'abord en vertu d'un principe fondamental de justice sociale. Ce n'est plus une question de choix mais d'obligation que d'augmenter les droits de scolarité et de solliciter l'aide de donateurs privés, tout en nous dotant d'une politique moderne et dynamique. Ce qui est perçue comme de la générosité publique s'est transformée en un privilège pour les mieux nantis.

Par ailleurs, les universités à forte intensité de recherche, et qui comptent une faculté de médecine, doivent compter sur une politique de financement renouvelée qui prenne en compte leurs responsabilités particulières et leurs contributions indispensables à la société québécoise. Et dans le cadre de cette vision d'avenir, le rôle de passerelle que joue l'Université McGill entre le Québec et la scène internationale doit être reconnu et faire l'objet de notre fierté collective.

Au cours de notre exposé, nous sommes conscients d'avoir dépassé les limites d'un exercice de reddition de comptes. Mais je peux affirmer que nous maintenons nos pratiques de gouvernance responsable et de transparence envers notre conseil d'administration, nos étudiants, nos diplômés et votre commission.

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs membres de la Commission, je désire vous remercier une fois de plus de nous avoir permis de partager avec vous aujourd'hui nos visions d'avenir ainsi que nos inquiétudes. Nous croyons que vous saurez reconnaître l'urgence d'agir rapidement et à plus long terme dans l'intérêt primordial des Québécois, maintenant et pour l'avenir. L'Université McGill est déterminée à poursuivre son engagement au sein de la société québécoise afin de participer à l'identification des solutions et à de la réussite du Québec d'aujourd'hui et de demain. Nous nous ferons un plaisir, mes collègues et moi, de répondre à vos questions.