Entrevue avec Doina Precup

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Sur son rôle chez Deepmind et dans le domaine de la recherche en intelligence artificielle à Montréal
DeepMind, entreprise spécialisée dans l’intelligence artificielle (IA) et célèbre grâce à AlphaGo, programme capable de jouer au jeu de go, s’établit à Montréal. Ainsi, un autre grand nom se joint à l’écosystème montréalais de recherche en intelligence artificielle. La succursale montréalaise de DeepMind sera dirigée par Doina Precup, professeure agrégée à l’École d’informatique de l’Université McGill, qui poursuivra en parallèle ses activités d’enseignement et de recherche à l’Université. Nous nous sommes entretenus avec la Pre Precup de ses nouvelles fonctions chez DeepMind, de son travail à McGill et de l’essor fulgurant de l’IA à Montréal.
 
Quel type de recherche ferez-vous?
 
Chez DeepMind, je ferai de la recherche fondamentale en apprentissage par renforcement, en apprentissage profond et au carrefour de ces deux disciplines. Je travaille à des algorithmes inspirés de l’intelligence naturelle, conçus de manière à ce que les programmes « apprennent » non seulement sous supervision, mais également en se livrant à des expériences et en prenant acte de l’information que leur renvoie leur environnement sur ces dernières.
 
DeepMind s’est donné pour mission d’élucider l’intelligence et, forte de ce savoir, de s’attaquer ensuite à certains des problèmes les plus pressants et complexes de notre monde. Elle espère que les scientifiques et les chercheurs pourront un jour se servir de ces techniques d’apprentissage générales pour approfondir leur compréhension d’une panoplie de processus, de la conception de supraconducteurs à la découverte de médicaments.
 
Comment avez-vous découvert cette entreprise?
 
Je la connais depuis très longtemps, depuis le tout début, en fait. L’équipe de cette toute jeune pousse avait assisté à l’un de nos ateliers à l’Institut Bellairs; j’en garde d’ailleurs un très bon souvenir. J’ai donc suivi l’évolution de ses travaux de recherche, et je suis même allée visiter ses locaux. C’est une entreprise résolument canadienne : bon nombre de ses chercheurs ont été formés au Canada – plusieurs dans notre laboratoire – et elle vient d’ouvrir un laboratoire de recherche à Edmonton, en partenariat avec l’Université de l’Alberta. Les chercheurs de DeepMind ont contribué à l’essor de l’IA dans le monde et propulsé des découvertes scientifiques, ce qui est vraiment génial, et la mission de l’entreprise est en parfaite adéquation avec mon propre travail et mes propres objectifs de recherche. Je suis très enthousiaste à l’idée de me joindre à DeepMind et de participer à la constitution de la nouvelle équipe montréalaise.
 
Quels avantages les étudiants tireront-ils de cette collaboration?
 
Elle devrait leur ouvrir des perspectives fort intéressantes. Certains de mes étudiants feront probablement des stages chez DeepMind, puis reviendront à McGill. Inversement, un poste de professeur auxiliaire à McGill pourrait peut-être intéresser des employés de DeepMind. D’ailleurs, des gens de Google Brain, autre groupe de chercheurs établi ici, à Montréal, viennent de franchir les étapes qui mènent à ce type de poste dans notre département. Alors tout dépend des personnes que nous embaucherons chez DeepMind, mais j’imagine tout à fait que l’idée de former la prochaine génération de chercheurs, de collaborer avec des étudiants aux cycles supérieurs et d’accompagner des étudiants dans leur parcours universitaire sourira à certaines d’entre elles.
 
Quelle a été la réaction de vos étudiants?
 
Ceux à qui j’en ai parlé sont emballés et aimeraient bien décrocher un stage. Dans le milieu, DeepMind est perçu comme le nec plus ultra du laboratoire de recherche privé, parce que dans notre domaine – l’apprentissage par renforcement – elle compte de nombreux chercheurs de très haut niveau. Selon moi, la succursale montréalaise incitera un plus grand nombre de brillants chercheurs à demeurer au sein de l’écosystème de recherche canadien, voire attirera chez nous des candidats de l’étranger.
 
Certains affirment que pour tirer parti de l’IA, le Canada doit miser sur la création d’entreprises et non seulement sur les investissements de multinationales. Qu’en pensez-vous?
 
Je pense que nous devons nous efforcer de jouer sur les deux tableaux. Un écosystème local sain repose sur la complémentarité de grandes entreprises, de jeunes pousses comme Element AI ou RBC Research, d’incubateurs et d’universitaires. Il y a de la place pour tout le monde. Je crois aussi que nous, dans les universités, avons le devoir de soutenir cet écosystème, notamment en formant nos étudiants si talentueux. De mon point de vue, si une multinationale investit au Canada, c’est parce qu’elle sait qu’ici, il y a du talent et de la recherche de qualité. Des chercheurs qui se seraient autrement expatriés vont maintenant décider de demeurer au Canada, où le milieu de l’IA est en pleine effervescence. Il me semble que nous ne pouvons que nous en réjouir.
 
Les personnes embauchées par ces entreprises vont-elles fonder leur propre entreprise un jour?
 
Absolument. Des gens viendront travailler ici, puis auront envie de fonder leur propre entreprise. Il y a tant de possibilités et de mobilité à Montréal, alors les gens n’auront pas envie de repartir. C’est d’ailleurs l’un des plus grands atouts de Silicon Valley : toutes les entreprises y ont pignon sur rue, pas vrai? Alors, l’informaticien qui choisit d’aller faire carrière là-bas sait qu’il aura l’embarras du choix. Je pense que c’est le genre d’écosystème que nous souhaitons implanter ici en IA et en apprentissage-machine.

 

Blogue DeepMind

PHOTO : Owen Egan

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