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Démêler les variations de la durée d'emploi aux É-U

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Une continuité d'emploi accrue chez les mères mariées dissimule une tendance vers l'emploi à plus court terme des hommes et des femmes célibatires
Publié: 5 Fév 2014

Les emplois aux États-Unis sont-ils maintenant moins stables? Les travailleurs changent-ils d’employeurs plus souvent que par le passé?

De nombreux Américains répondraient probablement « oui » sans hésiter à ces deux questions. Or, depuis les dernières décennies, les chercheurs qui analysent les données à ce sujet n’en sont pas si sûrs : l’ancienneté professionnelle moyenne (le nombre d’années de travail auprès du même employeur) est demeurée étonnamment stable au fil du temps.

Dans une étude publiée dans le numéro de février de la revue spécialisée American Sociological Review, les sociologues Matissa Hollister, de l’Université McGill, et Kristin Smith, de l’Université du New Hampshire, ont résolu cette énigme en analysant séparément les tendances en matière d’ancienneté professionnelle en fonction du sexe ainsi que des statuts matrimonial et parental. Les résultats de cette étude montrent un déclin de l’ancienneté professionnelle chez les hommes et les femmes n’ayant jamais été mariées, mais révèlent également que cette tendance générale était masquée par une augmentation de l’ancienneté professionnelle chez les mères mariées.  

Selon les auteurs, ces schémas divergents font ressortir deux changements fondamentaux quant aux attentes et comportements au sein du marché du travail aux États-Unis. Le premier changement reflète la croyance de plus en plus répandue chez les employeurs et les travailleurs selon laquelle ils ne sont plus censés entretenir des relations de travail à long terme, ni tenus de le faire. Le deuxième changement résulte d’une révolution tranquille dans les comportements des mères et les attentes du marché de l’emploi alors que les femmes se réalisent de plus en plus grâce à leur carrière, réduisant de ce fait les interruptions du travail attribuables à la maternité.

À l’aide des données de l’Enquête sur l’état de la population, principale source de statistiques sur la population active aux États-Unis, les chercheurs ont découvert que l’ancienneté professionnelle moyenne chez les hommes était passée de 8,3 ans en 1983 à 7,4 ans en 2012, soit un déclin de 11 pour cent. « Cette diminution ne semble peut-être pas très importante, mais elle indique une tendance générale et significative », affirme Matissa Hollister, professeure adjointe en comportement organisationnel à la Faculté de gestion Desautels de l’Université McGill.

Entre-temps, l’ancienneté professionnelle moyenne chez les femmes a augmenté de 19 pour cent, passant de 5,8 ans en 1983 à 6,9 ans en 2012. L’ancienneté professionnelle a notamment augmenté de plus de 25 pour cent par rapport à 1983 chez les mères mariées, s’établissant ainsi à 6,3 ans en 1996.

Moins de perturbations du travail au cours de la période entourant la naissance des enfants

Selon les auteurs, deux facteurs influent sur l’ancienneté professionnelle chez les mères : la stabilité d’emploi sur le marché du travail et les perturbations quant à l’emploi au cours de la période entourant la naissance des enfants. Les mères mariées ont vraisemblablement dû composer avec une baisse de la stabilité du marché du travail comparable à celle des hommes et des femmes célibataires; toutefois, le fait qu’elles ont maintenant tendance à continuer de travailler au cours de la période entourant la naissance de leurs enfants a masqué cet effet. L’augmentation de l’ancienneté professionnelle avant 1996 chez les mères mariées correspond à un accroissement marqué des niveaux d’emploi chez les mères mariées ayant des enfants en bas âge. Le taux d’emploi chez ces dernières s’est toutefois stabilisé après 1996, et l’ancienneté professionnelle moyenne chez les mères mariées a augmenté plus lentement après cette date. En revanche, le taux d’emploi et l’ancienneté professionnelle chez les mères célibataires ayant des enfants en bas âge ont connu une croissance marquée au cours de cette période.

« Les changements et les aménagements du marché de l’emploi ont vraisemblablement favorisé la poursuite du travail chez les mères mariées », précise Kristin Smith, démographe de la famille à l’Institut Carsey et professeure adjointe à la recherche à l’Université du New Hampshire. « Grâce à des conditions de travail plus souples, aux congés pour obligations familiales et à des politiques de travail favorables à la famille, certaines mères mariées ont sans doute trouvé le moyen de prendre soin de leurs enfants tout en demeurant avec le même employeur. » Les chercheuses estiment que d’autres études s’imposent afin d’évaluer de façon exhaustive les facteurs à l’origine de cette tendance.

« En dépit de ces statistiques à contre-courant chez les mères mariées, la diminution constante de l’ancienneté professionnelle chez les hommes et les femmes n’ayant jamais été mariées vient étayer la perception répandue voulant que le marché du travail évolue généralement vers des formules de travail à court terme et l’instabilité de l’emploi. »  

 

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