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L'équipe sportive de McGill qui connaît le plus de succès actuellement est aussi l'une des plus improbables. Ces athlètes ont les dents bien aiguisées et la ferme intention de se tailler un chemin vers le championnat.

Ax in target

Corey Narsted


Il est 6h à l'Arboretum Morgan. Sur le sentier qui y mène, la neige est si compacte qu'elle absorbe presque entièrement le bruit des pas. Un lièvre surgit derrière un tas de bois et court aussitôt s'abriter dans l'épaisseur rassurante d'un bouquet d'arbres, non sans faire voleter dans sa hâte quelques houppettes de neige poudreuse. À part les étoiles et l'unique réverbère éclairant un hangar au bout du sentier, la forêt est d'une inquiétante noirceur. On pourrait croire qu'il ne reste plus sur terre âme qui vive.

Soudain, la porte du hangar s'ouvre toute grande. Une bonne douzaine de personnes en sortent à la hâte et plongent aussitôt au sol pour y exécuter une série de tractions. Après s'être remis sur pied d'un bond, les membres du groupe descendent ensuite le sentier au pas de course en direction du stationnement. Les visages qui défilent ainsi sont jeunes, déterminés et, étonnamment, éveillés. Quarante mètres plus bas, ils font demi-tour et reprennent la course en sens inverse, terminant par une nouvelle série de pompes dans la neige.

S'agit-il d'un camp militaire? D'opérations secrètes en vue de sauver le monde libre? Pas du tout, ce n'est qu'un jour comme les autres pour les Clansmen, les bûcherons de McGill (campus Macdonald), une des grandes équipes de sports forestiers universitaires au Canada. L'équipe se prépare actuellement en vue d'une prochaine compétition qui se tiendra à Truro, en Nouvelle-Écosse, dernier événement de la saison de la Canadian Intercollegiate Lumberjacking Association (CILA). Alors que l'escouade féminine espère terminer la saison parmi les trois premières, l'équipe masculine est en bonne position pour remporter à nouveau la coupe CILA des champions.

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Patrick MacDougall, étudiant en économie agricole et capitaine des Clansmen de McGill, photographié en plein élan lors de la compétition de coupe à la hache (verticale)
Owen Egan

À l'aube d'un petit matin blême

À l'heure où la plupart des Montréalais se frottent encore les yeux pour en chasser les restes de sommeil, ces bûcherons et bûcheronnes ont déjà coupé, scié et débité une petite forêt de billes. Pendant qu'en robe de chambre et en pantoufles, leurs concitoyens sirotent leur café, ils sanglent leurs jambières métalliques pour éviter les pernicieux coups de hache. Et pendant que les banlieusards pestent en silence contre la circulation, bien au chaud dans leurs voitures tout confort, ils grimpent dans des poteaux de douze mètres hérissés d'éclats, chaussés de crampons qui ressemblent à des pièges à ours. Le football compte sans doute son lot de termes virils tels que « blitz » et « bombe », mais nulle part ailleurs que dans les sports de bûcherons peut-on voir des gens faire virevolter des haches affûtées comme des rasoirs et participer à des compétitions aux noms aussi évocateurs que Crosscut to Death (« tronçonnage à finir »).

Même si les Clansmen sont connus pour s'entraîner huit fois par semaine avant les compétitions importantes, l'entraîneur John Watson, diplômé en agriculture (1973) et responsable des opérations forestières de l'arboretum Morgan, est convaincu que l'entraînement avant le lever du soleil est le véritable catalyseur du succès. « D'autres équipes s'entraînent l'après-midi », lance-t-il d'un air moqueur, les yeux à peine ouverts tel un lion des savanes qui vient d'apercevoir un gnou boitillant. « Ça élimine ceux qui ne sont pas sérieux. »

Et ne vous méprenez pas, ces athlètes sont sérieux. Tandis que les femmes commencent leur entraînement par une rude séance d'empilement de billes - où, deux par deux, les bûcheronnes traînent de lourds rondins le long d'une rampe grossière en s'aidant exclusivement d'un tourne-billes à éperon (un inquiétant instrument à deux branches pointues qui semble sortir tout droit des sombres donjons de la Tour de Londres) -, les hommes se préparent pour une petite séance de tronçonnage.

Armés de la classique scie à deux hommes et jumelés deux à deux, les bûcherons se relaient pour couper de minces disques (appelés biscuits) à partir d'un épais rondin solidement attaché à un chevalet de sciage. Les équipes les plus expérimentées font preuve d'un synchronisme et d'une coordination que l'on voit parfois chez les danseurs et les hockeyeurs de la même ligne et qui font paraître aisées les tâches les plus difficiles. Les biscuits de bois tombent par terre comme la cendre d'un cigare géant.

La grâce et la simplicité du mouvement deviennent plus évidentes lorsque des équipes moins expérimentées se présentent pour se faire la main. Au début, la scie glisse rapidement, dans un jeu de va et vient, et atteint le point médian avec facilité. Mais dans le dernier tiers, la lame se met à osciller et les dents, à mordre durement le bois. La longue lame s'arrête soudain dans un soubresaut. L'entraîneur Watson esquisse un petit sourire sous sa tuque de laine.

« Qu'est-ce qui se passe, Kyle, demande-t-il. Tu as pris un scotch de trop hier soir? » Les autres rient tout bas pendant que ce jeune roi Arthur tente de dégager sa récalcitrante épée chantante.

La plus grande équipe?

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Lise Cobitz, étudiante en nutrition humaine, défie les lois de la gravité lors d’une passionnante escalade de poteau
Owen Egan

Watson est un fervent mcgillois toujours heureux de raconter la naissance de l'équipe, en 1954. McGill avait alors invité les Aggies de Macdonald à participer à son deuxième concours de bûcherons intra-muros et inter-collégial annuel. Bien que néophytes et n'ayant eu qu'une semaine pour se préparer à rencontrer certains des athlètes les plus éminents de McGill, les Aggies dirigés par Bob Watson, le père de John, avaient ramené à la maison la coupe du championnat. Depuis ce temps, l'équipe n'a connu que deux entraîneurs, Watson père et Watson fils.

Les athlètes eux-mêmes ne semblent pas se formaliser de l'absence de battage autour de leur sport, contrairement à d'autres sports tels que le hockey, le football et le soccer. C'est l'originalité de leur sport qui les a d'abord attirés. « Ce n'est pas normal, lance en souriant Valérie Quesnel, capitaine et étudiante en deuxième année du programme de gestion et technologie agricoles. Courir derrière un ballon autour d'un champ, ça ne m'intéresse pas. »

Johnathan Blais, également étudiant en gestion et technologie agricoles, est l'exemple parfait de celui qui a découvert sa personnalité athlétique comme bûcheron. À sa deuxième année seulement avec les Clansmen, ses progrès fulgurants l'ont placé parmi l'élite des bûcherons universitaires canadiens. « Il n'est pas particulièrement doué pour d'autres sports, déclare Watson avec réalisme, mais c'est un bûcheron exceptionnel. Si nous le laissions sortir à quatre heures du matin, il le ferait. » Blais terminera finalement la saison à un seul point du championnat des marqueurs de la ligue, et il sera l'un des deux seuls Canadiens à se qualifier pour le tournoi Loggersports Collegiate Invitational, une grande compétition américaine qui se tiendra l'été prochain.

Le risque et la récompense

Quand on lui demande si tous les membres de l'équipe ont encore tous leurs membres, Alison Poirier, étudiante de première année en économie agricole, sourit.

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Les membres de l’équipe de McGill font leur possible pour venir à bout d’une grosse bûche
Owen Egan

« Presque », dit-elle sans broncher, tout en apportant les dernières rectifications à ses jambières métalliques avant de se présenter à son tour à l'épreuve dite « Underhand Chop », où le bûcheron doit couper le rondin sur lequel il se tient. « Bien sûr, il y a cette fille qui a connu un incident à la hache l'an dernier. » Un incident? Interrogée davantage, Poirier décrit cette malheureuse bûcheronne qui, à la suite d'un rebond malencontreux, s'est frappée elle-même entre les deux yeux avec sa propre lame de hache. « Oh! elle va bien, raconte Poirier, mais elle a une très jolie cicatrice. »

Entre les tours de fente de rondins, Kayla McCann, étudiante de deuxième année en gestion et technologie agricoles, confirme les faits. « Oui, elle a été plutôt chanceuse, lance McCann avec conviction. Le médecin [qui a traité la blessure] a dit qu'en fait, si on devait être frappé à la tête avec une hache, c'était la meilleure place pour cela. » Sur ce, McCann s'élance calmement et fend une bûche de bonne dimension en deux.

Watson se tient à l'écart et surveille la scène. « Ces jeunes sont tous des enfants de la ferme, dit-il. Ils n'ont pas peur de la besogne. Ils lancent des bottes de foin, traient les vaches et font leurs corvées. S'ils ne prenaient pas cet entraînement au sérieux, je ne serais pas ici à six heures du matin. » Watson n'en dira pas plus, il n'est pas du style à lancer des fleurs.

Il aura bientôt de bonnes raisons d'extérioriser ses sentiments. Ses protégés lui font honneur à Truro. Blais mène le bal, remportant trois épreuves et se classant premier parmi les 70 bûcherons participant à la compétition. Deux recrues des Clansmen, Bob Oligny et Chris Allen, remportent les grands honneurs aux compétitions de lancer de la hache et de scie à chaîne. McCann finit première à l'épreuve féminine de scie à chaîne. Tandis que les bûcheronnes de McGill terminent la saison en respectable troisième place, l'escouade masculine remporte son quatrième championnat consécutif.

Mais ces triomphes sont encore bien loin devant. En ce petit matin blême, l'attention de Watson se porte vers deux Clansmen qui échangent quelques mots au lieu de bûcher. « Vous voyez ça? Je m'éloigne et ils se laissent aller », dit-il d'un ton bourru, en s'engageant une fois de plus dans le sentier de neige compacte.

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