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Comment être membre du Club Laurier sans même faire de demande

Par William Tetley, c.r.

En 1992, je fus étonné et amusé de l’invitation que je reçus de me joindre au Parti Libéral du Canada, le « Club Laurier ». Ce qui distinguait ce groupe privilégié d’adhérents fidèles de tous les autres était la bonne volonté avec laquelle ils acceptaient de se départir de 1000$ ou plus par an pour les remettre au Parti Libéral. (« Des reçus pour retours d’impôts sont émis»).

Je suis membre des partis libéraux du Canada et du Québec depuis 50 ans, mais n’ ai seulement entendu que très vaguement parler du Club Laurier, un groupe mythique de rang supérieur, fidèles magouilleurs. Les membres du Club Laurieur ont, pour leur part, le droit de rencontrer les dirigeants du parti, c’ est-à-dire le Premier Ministre, ses conseillers « proches » et ministres du cabinet si le parti est au pouvoir, ou le cabinet fantôme s’il est en opposition. (Depuis la confédération canadienne en 1867, le parti a été en pouvoir approximativement les 2/3 du temps, l’autre tiers en opposition).

Je fis un chèque de 200$ (ce que je fais de toutes façons tous les ans) et ajoutai que sans toutefois vouloir me joindre au Club Laurier, je souhaitais cependant soutenir le Parti.

Quelques semaines plus tard, je reçus un appel, m’invitant à la première réunion de la saison du Club Laurier qui se tenait à l’élite Mount Royal Club de Montréal. Je répondis que je n’étais pas membre et que mon don n’avait été que de l’ordre 200$. Je fus tout de même invité. Intentionnellement en retard, avec l’espoir de m’asseoir au fond, je suis arrivé dans une salle comble d’ heureux Libéraux, profitant des verres gratuits qui leur étaient servis. L’ ancien premier ministre Trudeau était là, au fond, et je lui ai serré la main ainsi qu’à des amis dans la salle. La réunion était sur le point de débuter et il ne restait plus qu’un siège libre à l’avant, entre Marc Lalonde (ancien ministre du cabinet Trudeau) et Jean Chrétien, chef du Parti Libéral et de l’ opposition. Marc me fit signe de venir à l’avant. J’ai serré la main de Chrétien et Lalonde et de son co-chairman le sénateur Leo Kolber. Kolber annonça alors que nous étions prêts à commencer.

Il y eut une pause toutefois, pendant laquelle on me servit un scotch et soda, puis Chrétien fit un discours entousiaste et très convaincant, malgré les sondages peu encourageants. Il y eut les questions habituelles sur les chances de remporter les prochaines élections, mais très peu parmi l’ assemblée parteageaient l’optimisme de Chrétien. Après le discours, plusieurs de mes amis, pensant d’une certaine manière que j’étais en charge, vinrent me voir pour me demander si c’était ce que leur valait leur 1000$. J’ai gardé le silence mais en rentrant, je racontai à un de mes amis, l’histoire de mon don de 200$. Il parut d’abord déçu, mais se montra par la suite très amusé.

Six mois plus tard, ma femme et moi fûmes invités à une réception du Club Laurier à Stornoway, la résidence officielle à Ottowa du Chef de l’ Opposition. Je téléphonai de nouveau pour dire que je n’étais pas membre du Club, mais la dame au bout du fil insista à ce que je vienne.

La réception fut amusante; nous avons parlé à des membres de l’opposition qui se tenait côte à côte pendant que Jean et Aline Chrétien, gracieux, étaient encore plus confiant de leur succès aux prochaines élections. Les proches conseillers du parti étaient aussi là, même le Tout-Puissant et mythique Eddy Goldenberg. Ils étaient tout sourire et très amicaux.

L’année suivante, les Libéraux furent élus et je fus encore invité à me joindre au Club Laurier. J’ai envoyé mes 200$ habituels mais ne reçu qu’un accusé de réception, sans plus aucune invitation.

Quelques semaine plus tard, des rumeurs courraient comme qoi le Club Laurier se retrouvait à la résidence officielle du Premier Ministre au 24 Sussex Drive et la presse en parlait comme étant une occasion pour les grand donateurs du parti d’être remerciés. Les médias s’installèrent à l’extérieur des grilles et, lorsque les invités passaient, ils se couvraient la tête comme si cela avait été une réunion de la Mafia à l’arrière d’un bar clandestin de New York dans les années ’50.

Je suis toujours fidèle au Parti Libéral, et le Club Laurier est apparemment plus fort que jamais, mais jamais n’ai-je été invité à m’y joindre depuis.

William Tetley, c.r., a pratiqué le droit de 1952 à 1970 au cabinet présentement connu sous le nom de Fasken Martineau DuMoulin, était membre de l’ Assemblée Nationale du Québec et du cabinet ministériel de Bourassa de 1970 à 1976. Depuis, il enseigne le droit à l’Université McGill. Il est conseiller pour Langlois Kronström Desjardins à Montréal et à Québec.

Courrier électronique: william [dot] tetley [at] mcgill [dot] ca (William Tetley)

Site internet: http://www.mcgill.ca/maritimelaw/

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