McGill Quick Links

Comment conserver ses clients sans le moindre effort ou ce qu'on apprenait dès l'enfance

Par William Tetley, c.r.

Parfois les avocats semblent se préoccuper autant de trouver et conserver leurs clients que de leur pratique du droit. Ce n’est pas tout à fait aussi simple que de se marier et faire durer le mariage comme aimerait nous le faire croire l’actrice Zsa Zsa Gabor qui elle, a eu plusieurs maris, s’est mariée plus d’une fois et qui, apparemment, a même écrit un livre intitulé «Comment trouver un mari, comment garder un mari et comment se débarrasser d’ un mari».

Voici donc une proposition sur comment obtenir et garder des clients en droit maritime. Les jeunes avocats ne devraient pas s’étonner de voir que ce qu’on apprenait dès notre enfance reste valable dans une pratique de droit.

Dès mon enfance, j’étais obligé de remercier tous mes oncles et tantes pour les cadeaux de Noël et d’anniversaire en écrivant une lettre à chacun. Cette habitude s’est reflétée dans ma carrière en droit : à toute correspondance que je recevais au travail, je répondais immédiatement par une lettre débutant par «Merci pour l’envoi ci-dessus». Je me mettais alors à mon bureau pour travailler et tout revoir calmement, récrivant alors une note à l’ expéditeur commençant encore par «Merci pour l’envoi ci-dessus».

Frais émoulu du Barreau en 1952, j’ai joint le cabinet montréalais Walker Martineau Chauvin Walker & Allison (aujourd’hui, l’important cabinet Fasken Martineau & Dumoulin) et, à cette époque, il était clair que même dans une grosse entreprise, le succès de chacun dépendait de sa capacité à attirer les clients.

J’ai graduellement établi ma pratique de droit maritime, un domaine nouveau dans le cabinet. Il était évident que ce service ainsi qu’un travail rapide et efficace étaient très en demande parmi la clientèle. Ceci me fut confirmé lorsque, une dizaine d’années plus tard, me retrouvant au bureau du département de réclamations de la Royal Liverpool à Londres, le vice-président et gérant en chef, M. Pedersen, ardemment courtisé des avocats à travers le monde, me dit que le clerc en chef désirait me rencontrer. Je m’ étais imaginé un de ces types qui occupent un poste inférieur, en manches de chemise et portant une visière verte mais j’ai été très étonné d’apprendre qu’ il travaillait au bureau chef à Liverpool. J’ai tenté d’expliquer à M. Pedersen qu’il m’était impossible de prendre un jour de congé pour effectuer un tel voyage, mais en vain : «M. Tetley, le clerc en chef désire vous rencontrer». M.Pedersen avait même vérifié quel train je devais prendre et avait prévu envoyer quelqu’un à ma rencontre à la gare.

Le lendemain, je pris le train et commençais à m’inquiéter devant l’accueil à Liverpool, le chauffeur étant venu avec la voiture du clerc en chef. A cette époque, Royal Liverpool était peut-être la plus importante compagnie d’ assurance en responsabilité et je recevais toutes les demandes en provenance du Canada. Arrivé au bureau chef, le clerc en chef s’avéra être un monsieur cordial et distingué, portant un complet Saville Row. J’appris plus tard qu’ il était en charge de la gestion interne et internationale de la compagnie (in charge of all the cie operations). Il annonça qu’on dînerait en compagnie du président et du P.D.G. On passa par le restaurant des employés, celui du cadre-supérieur puis celui des directeurs pour nous rendre au sommet de l’ imposant bâtiment de la Royal Liverpool, à la salle à manger réservée uniquement au P.D.G., au président et au clerc en chef.

J’étais de plus en plus anxieux et me demandais quel dossier j’avais bien pu mal gérer au Canada lorsque le P.D.G. me dit : «Je suppose, M.Tetley, que vous aimeriez savoir pourquoi nous vous avons invité à dîner». J’ai bredouillé, il poursuivit : «c’est parce que, de tous les agents de par le monde de la Royal Liverpool, y compris l’Europe, l’Amérique et l’Asie, vous êtes le seul à répondre immédiatement à tous les envois que vous recevez, et vous êtes le seul à nous remercier et nous envoyer promptement votre opinion».

A partir de ce moment, le dîner fut un plaisir. Je changeai d’idée et pris un verre, fut même persuadé d’en reprendre et de goûter à l’excellent vin qui suivit. Plus tard, on me reconduisit à la gare et je retournai à Londres, heureux comme un poisson dans l’eau.

Prof. William Tetley, c.r., pratiqua chez Fasken Martineau, Dumoulin de 1952 à 1968, fut député et ministre à l’Assemblée Nationale du Québec de 1968 à 1976 et depuis, enseigne le droit à l’Université McGill. Il est conseiller pour Langlois Kronström Desjardins à Montréal et à Québec.

Courrier électronique: william [dot] tetley [at] mcgill [dot] ca (William Tetley)

Site internet: http://www.mcgill.ca/maritimelaw

Return to the English version