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Comment mettre en candidature un éventuel premier Ministre sans vraiment essayer

En 1968, Lester Pearson a annoncé qu’il démissionnerait du poste de premier Ministre du Canada et de celui de Chef du Parti Libéral du Canada. La course à la chefferie commença en grande et sans délai, le vainqueur devant automatiquement accéder au poste de premier ministre du Canada. Plusieurs ministres du cabinet avaient, avec raison, de bon espoirs: Paul Martin père, Paul Hellyer, Robert Winters, Mitchell Sharpe et Maurice Sauvé, mais aussi Eric Kierans de l’Assemblée législative du Québec. Le triumvirat québécois formé de Jean Marchand, Gérard Pelletier et Pierre Elliott Trudeau figurait aussi parmi les intéressés, mais même Marchand, chef du groupe et plus connu des trois, était loin de figurer en tête de liste. Éventuellement, Trudeau fut choisi pour se présenter par un comité à Ottawa mené par Marc Lalonde, chef de cabinet de Pearson. Pearson était neutre, officiellement et dans les faits.

Au Québec, un comité composé de Marchand, Bob Giguère, qui devint plus tard sénateur, Michel Robert, maintenant Juge en Chef de la Cour d’Appel du Québec, Jean Prieur, qui devint le conseiller senior de Robert Bourassa, et moi-même, fut formé.

Au moment où la candidature de Trudeau fut annoncée, Claude Ryan, éditorialiste et directeur du journal Le Devoir, depuis longtemps antipathique à Trudeau, écrivit que Trudeau était un inconnu dans le reste du Canada. Lalonde m’appela et me demanda de compiler une liste de personnes des autres provinces qui seraient prêtes à appuyer Trudeau. J’étais alors conseiller municipal de la Ville de Mont-Royal et j’avais à ce titre pris part aux conférences annuelles de l’Association Canadienne des Maires de Municipalités des quatre dernières années. Je soulevai le téléphone et passai la journée à téléphoner d’un bout à l’autre du Canada: presque tous ceux que j’appelai appuyèrent Trudeau, nombre de ces personnes devant plus tard devenir candidats, juges, sénateurs et militants de longue date. J’ai aussi appelé de nombreux avocats et amis que j’ avais connus au cours des années, entre autres Izzie Asper de Winnipeg et Brian Fleming de Halifax, qui étaient fiers de se rallier à notre camp.

Avant la tombée de la nuit, j’avais assemblé une liste de plus de cinquante noms et chacun des membres du comité en avait fait autant. Les noms furent envoyés au Devoir et dûment publiés, dès le lendemain, mais Ryan répliqua que Trudeau n’était pas vraiment apprécié au Québec. Lalonde téléphona immédiatement aux membres du comité pour qu’ils obtiennent les noms de supporters de Trudeau au Québec. J’étais l’un des vingt et un vice-présidents régionaux du Parti Libéral du Québec et téléphonai à tout le monde sur la liste, tous étant contents d’y ajouter leur nom. Je n’arrivai pas à rejoindre l’ un des vice-présidents et son nom fur publié par erreur dans le Devoir du lendemain. Malheureusement, ce vice-président soutenait la candidature de Kierans, ce qui m’attira quelques ennuis. Après la victoire de Trudeau, je reçus un appel de ce vice-président, qui me dit: «Bill, je ne saurais assez te remercier d’avoir placé mon nom sur cette liste.»

Il paraîtrait que Marc Lalonde est l’homme derrière la campagne d’Ignatieff, mais je n’ai pas encore reçu de coup de téléphone.

William Tetley
Professeur, Faculté de Droit de l’université McGill
514 398-6619 (bureau)
514 733-8049 (résidence)
Courriel: william [dot] tetley [at] mcgill [dot] ca (William Tetley)
Site web: www.mcgill.ca/maritimelaw/

M. Tetley fut ministre des Institutions financières au conseil des ministres Bourassa de 1970 à 1976. Il est actuellement professeur à la Faculté de Droit de l’université McGill et avocat-conseil à l’étude Langlois Kronström Desjardins.

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