Quick Links

"Une personnalité remarquable se révèle"

Pierre Elliott Trudeau est décédé il y a six ans en 2000 et beaucoup a été dit – à juste titre – sur sa grande réalisation, le rapatriement de la Constitution, effectué toutefois sans le consentement d’une province – le Québec. Selon moi, ce fut une erreur qui demeure jusqu’à ce jour la béquille idéologique sur laquelle s’appuyent les séparatistes québécois pour justifier leur antipathie envers la mémoire de Trudeau.

Au début de sa carrière Trudeau était plutôt gauchiste. Lors de la Grève de l’ amiante de 1949, il arriva à Asbestos en motocyclette et il y fit tout de même une contribution utile, comme l’a fait Gérard Pelletier d’ailleurs. Jean Marchand mena la Grève et fut un des vrais héros de ce conflit historique.

Peu de gens savent qu’en 1955, Trudeau a écrit dans Cité Libre une série d’ essais remarquables sur la Grève. Ces essais forment la préface et l’épilogue de « La Grève de l’amiante », un texte publié l’année suivante qui fait école sur l’événement. En réponse, André Laurendeau, directeur du journal Le Devoir et un des chefs nationalistes les plus respectés de l’époque, écrivit dans Le Devoir une série de trois éditoriaux intitulés «Sur cent pages de Pierre Elliott Trudeau». Le texte de Laurendeau est à la fois critique et élogieux, et débute ainsi:

Trudeau était particulièrement sévère envers les nationalistes québécois qui avaient tourné le dos, selon lui, à l’industrie moderne, le commerce, les affaires et l’éducation et cherchaient plutôt dans la terre, le Québec et l’ Église des moyens de protéger leur langue et leur culture. Trudeau vit la Grève, où l’Église était intervenue (ou du moins l’avaient fait l’Archevêque Charbonneau et la Confédération des travailleurs catholiques du Canada), comme un point tournant pour le Québec. En effet, cet événement marqua le début de la Révolution tranquille.

Dans son commentaire, Laurendeau critique le livre de Trudeau sur certains points, mais il termine néanmoins avec un merveilleux éloge : «Ce qu'il y a de meilleur chez Trudeau, outre sa compétence technique, c'est son goût de la liberté; il en revendique les risques comme les avantages. Une personnalité remarquable se révèle.»

En 1965, Trudeau se joignit au Parti Libéral fédéral, avec Marchand et Pelletier. Deux mois plus tard, les trois se firent élire. Ils croyaient faire une plus grande contribution au Canada français dans le Parlement canadien, mais les nationalistes québécois ne les ont jamais pardonnés, particulièrement Trudeau.

Toutefois, le recueil des meilleurs écrits de Laurendeau, «Witness for Quebec», publié en 1973, contient dans leur totalité les trois éditoriaux sur Trudeau. Claude Ryan, qui fut toute sa vie un protagoniste de Trudeau, écrivit une préface incisive de huit pages pour le recueil, dont deux pages discutant les éditoriaux de Laurendeau sur Trudeau. Ryan a le mérite d’avoir terminé ses commentaires sur Trudeau avec l’hommage fait par Laurendeau: «Une personnalité remarquable se révèle.»

Voir André Laurendeau, “Witness for Quebec”, Essais sélectionnés et traduits par Philip Stratford, avec une introduction par Claude Ryan, MacMillan, 1973 aux pp. ix & xiii-xiv (Ryan) et pp. 161 to 171 (Laurendeau) Trudeau est né le 18 octobre 1919 et est mort le 28 septembre 2000. Il fut premier ministre du Canada de 1968 à 1979 et de 1980 à 1984.

William Tetley
Professeur, Faculté de Droit de McGill
Ministre au gouvernement Bourassa de 1970 à 1976
Couriel: william [dot] tetley [at] mcgill [dot] ca (William Tetley)
Site web: http://www.mcgill.ca/maritimelaw/

514 398-6619 (McGill)
514 733-8049 (Résidence)
514 398-4659 (Télécopieur)

Back to the English version.