Voix et voies de l'écriture

Créé en 1999 par Mathieu Bélisle et Mélanie Rivest, Voix et voies de l’écriture organise chaque année des rencontres littéraires au Département de langue et littérature françaises de l’Université McGill. L’organisme, qui reçoit le soutien du Conseil des arts du Canada, est fier d’accueillir depuis plus de 10 ans des écrivains qui ont déjà marqué notre littérature ou qui promettent de le faire.

Voix et voies de l’écriture s’est donné le mandat de faire connaître et apprécier la littérature québécoise et canadienne en offrant au public et à la communauté universitaire l’occasion de rencontrer des écrivains qui se sont démarqués par l’excellence de leur production. Ces rencontres sont un lieu d’échange privilégié autour de l’œuvre littéraire et du processus créateur, qu’il s’agisse de roman, d’essai, de théâtre ou de poésie; elles permettent à l’œuvre de trouver un prolongement dans des discussions ouvertes avec les lecteurs.


Sophie Létourneau, 15 mai 2013

« Pour moi, ce qui fait la beauté d'une histoire d'amour, c'est sa légèreté saturée. Pour cela, je n'en finis pas de revisiter l'écriture de ce roman. J'y reviens toujours. Tellement que ça me donne l'impression que nous avons lui et moi une histoire... d'amour. Ça fait plusieurs fois qu'on se quitte et qu'on reprend en se disant qu'on recommence à zéro. Même s'il reste toujours quelque chose de la vieille histoire dans la nouvelle. Il semblerait que c'est la longueur du temps qu'on a passé ensemble, lui et moi, qui donne son sex appeal au roman.

Mais comme au sortir d’une histoire d’amour, malgré tous les encore auxquels je finis toujours par céder, je me dis aujourd’hui qu’on ne m’y reprendra plus. »

« Encore, toujours et jamais », Trois notices pour le non-sens

Sophie Létourneau est l'auteure de Polaroïds (Québec Amérique, 2006) et de Chanson française (Le Quartanier, 2013). Depuis 2012, elle est professeure de création littéraire à l'Université Laval.


Caroline Allard, 10 avril 2013

« C’était un statut Facebook rassembleur de l’auteur Jean Barbe qui avait tout déclenché. Il n’avouerait jamais par la suite que le long poème lyrique dans lequel il haranguait les vils coiffeurs, suivi de son invitation lancée au peuple à faire une manifestation monstre sur les ponts (qui constituaient après tout des cheveux symboliques sur la tête de Montréal), étaient en fait une vaste blague. Galvanisées par la fougue de l’écrivain, quatre cent mille personnes s’étaient rassemblées à Montréal et s’étaient réparties quasi également sur les ponts Jacques-Cartier, Champlain et Mercier. Elles exigeaient qu’on fasse de la belle coiffure un droit fondamental assorti d’une charte de respect des clients. »

Universel coiffure, 2012

Caroline Allard est l'auteure des Chroniques d'une mère indigne (Septentrion, 2007 et 2009), pour lesquelles elle a reçu le Grand Prix littéraire Archambault 2008, de Pour en finir avec le sexe (Septentrion, 2011) et, tout récemment, d'un premier roman, Universel coiffure (400 coups, 2012). Elle est aussi l'auteure de plusieurs webtélés et collabore, entre autres, à la revue Nouveau Projet.


Corinne Chevarier, 28 février 2013

Écrivaine, Corinne Chevarier a publié trois recueils de poésie, Les recoins inquiets du corpsDehors l'intimeet Anatomie de l'objet, tous aux Éditions Les Herbes rouges. Elle a été lauréate du prix Félix-Antoine-Savard de poésie 2009 et finaliste au prix du Gouverneur général en 2012.  Elle a participé à de nombreux festivals littéraires ou lectures publiques, au Québec, en France et en Belgique. Elle a siégé au conseil d'administration de la Maison de la poésie de Montréal (qui produit le Festival de poésie de Montréal), ainsi que sur son comité exécutif. Elle fait partie du conseil d'administration et du comité de lecture de la revue Exit, revue pour laquelle elle a également dirigé plusieurs dossiers. Une série de livres pour enfants est en préparation, de même que l'écriture d'une pièce de théâtre inspirée de son dernier recueil.

Corinne Chevarier est également comédienne. Depuis sa sortie du Conservatoire d'art dramatique de Montréal en 1992, elle cumule les rôles à l'écran, notamment dans Hommes en quarantaineLe Monde de Charlotte4 et demiZapSous le signe du lionEnt'Cadieux, Lobby, Cauchemar d'amour et dernièrement, dans Il était une fois dans le trouble. Au cinéma, elle a joué dans Un bon gars et Histoire de famille ainsi que dans plusieurs courts métrages, tandis qu'au théâtre, elle a participé à de nombreuses productions telles que La cousine Germaine au Théâtre Beaumont-St-Michel, en reprise l'année suivante au Théâtre des Cascades, Le Boudoir par le Théâtre Quatre-Corps, Pour le bien de l'amère patrie au Théâtre La Licorne, Parfum de soufre au Théâtre La Chapelle, Toc, toc, toc chez madame Bolduc au Théâtre de la Marjolaine, Lieu commun au Monument National et Leitmotiv au Théâtre La ChapelleElle est présentement en tournée sur différentes scènes du Québec pour le rôle de Céline dans Céline et André, une pièce co-écrite par Guy Corneau et Danielle Proulx.

Ça est quelqu’un
tu as vu le soir à la surface de son œil
tu dors dans la pièce noueuse
aimes lui pincer les os
sur le dos de sa main
une rougeur indélébile
que Ça contemple pour s’engourdir
et sa robe
sa robe aux mille travaux
qu’elle doit prononcer à l’envers
pour l’enfiler aux matins coupants
je laverai la peau des autres
viderai les hanches moites
Ça répète l’entièreté du meurtre
qui ne laisse aucune trace
au fond de sa culotte
tu lui dis de te regarder
mets ton sexe dans ses yeux
Ça pend au bout d’elle-même
comme une souris en jute
ce qui suit ne se raconte pas

Anatomie de l'objet, 2011


Jean-François Chassay, 11 novembre 2010


Nicolas Dickner, 17 mars 2010

« Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, Noah avait appris à lire grâce aux cartes routières.

Sarah l’avait en effet nommé navigateur-en-chef, tâche qui consistait à garder l’œil sur les quatre points cardinaux, le nord magnétique, et accessoirement, le contenu de sa boîte à gants. Il occupait donc les longues heures de plaine à explorer cet espace exigu qui sentait la poussière et le plastique surchauffé. Outre la petite monnaie, les contraventions impayées et les miettes de biscuits, o y trouvait une dizaine de cartes routières : l’Ontario, les Prairies, le Yukon, le Dakota du Nord, le Montana, la côte Ouest et l’Alaska.

La boîte à gants de Granpa contenait tout l’univers connu, soigneusement plié et replié sur lui-même. »

Nikolski

Nouvelliste et romancier, Nicolas Dickner entre sur la scène littéraire en 2001 avec son recueil de nouvelles L’Encyclopédie du petit cercle. En 2005, c’est l’ouragan Nikolski, premier titre à paraître aux éditions Alto dirigées par Antoine Tanguay. Succès monstre : le livre remporte le Prix Anne-Hébert, le Prix des collégiens et le Prix des libraires, se vend à plus de 30000 exemplaires au Québec et, traduit dans une dizaine de langues, se trouve diffusé un peu partout dans le monde. L’année dernière a eu lieu la publication de Tarmac, un roman pré-apocalyptique qui « vous entraîne dans les hauts lieux du vingtième siècle (New York, Tokyo, Rivière-du-Loup) et où passent David Suzuki, Albert Einstein, quelques zombies, un gourou accidentel et des kilomètres de ramens». Depuis 2006, il tient la chronique Hors-Champ à l’hebdomadaire Voir.


Mathieu Arsenault, 2 mars 2010

«  Le 11 septembre est terminé depuis des années et depuis tout s’est dégradé tout le monde  a oublié ce qu’il pensait avant comment on était libres de nos mouvements et si je racontais une histoire pleine de bons sentiments c’est à ce moment-ci qu’apparaîtrait un événement marquant du genre je verrais quelque  chose de vraiment horrible dans un reportage qui me permettrait d’accéder instantanément à une conscience politique mais comme tout ça se passe dans la réalité et que ce genre d’événements n’arrive jamais au quotidien il ne se passe rien il n’y a pas d’intrigue pas de salut et ce qui est horrible c’est qu’on apprend plus rapidement à fréquenter les atrocités en changeant de chaîne ou en fixant le vide qu’à douter de tout  devant le spectacle de l’effondrement du monde  »

Vu d'Ici

Mathieu Arsenault est auteur et slammeur, en plus de collaborer à de nombreuses revues québécoises, dont Moebius, Spirale et OVNI. Il a fait paraître deux romans, Album de finissants (2004) et Vu d'ici (2008) et un essai, Le lyrisme à l'époque de son retour (2007). Son blogue Doctorak, go! est consacré à des réflexions sur les phénomène culturels actuels comme le design, les jeux vidéo, la cyberculture et sur la manière dont ils peuvent être pensés à travers la culture littéraire.


Daniel Danis, 14 janvier 2010

« Je vois des coulisses glacées sur le mur de papier peint. Des motifs de fleurs gelées. Une ampoule allume ce jardin verglacé. Ma langue bleue dit aux fleurs de pousser sous ce soleil jaune électrique.

Des fleurs vont grimper sur les murs, comme des gloires du matin, des racines vont rentrer dans le plancher pour me soulever jusque dans les nuages. Juchée sur mon arbre, assise sur une branche fleurie, je verrai mon oncle et ma tante nager dans leurs larmes pitoyables à me crier :

Arrête de grandir, maudite interdite ! »

Kiwi

Né en 1962 à Hawkesbury en Ontario, Daniel Danis est le premier dramaturge à avoir obtenu trois Prix du Gouverneur général du Canada (Celle-là, Leméac, 1993; Le Chant du dire-dire, Paris, L’Arche éditeur, 2000 et Leméac, 2005; Le Langue-à-langue des chiens de roche, Paris, L’Arche éditeur, 2001 et Leméac, 2007). L’univers de Danis est celui du drame de l’intériorité, de la souffrance et du désir. En cela, beaucoup le rapprochent de Beckett, etde Koltès. Ce théâtre, qui n’est pas un drame narrativisé à proprement parler, se présente comme un dialogue où le récit s’incruste et renouvelle à la fois le statut du personnage, de l’acteur et du spectateur. Les pièces de Daniel Danis sont traduites en plusieurs langues.


Élise Turcotte, 6 novembre 2009

« Plusieurs choses arrivent dans ce monde. Quelquefois, tout est contenu dans un drame, une joie ou simplement dans l’état des paysages. Une femme désire un homme, le ciel devient noir, un arbre tombe sous la foudre, une guerre, un camp de réfugiés, les pleurs d’un enfant. Certaines personnes sentent leur cœur battre trop fort, d’autres ne pourront jamais exister. Par exemple, ce bébé qui est né en Iran, tout de suite après Noël. Je me le rappelle bien, le froid était intense et les cadeaux de Maria traînaient partout dans la maison. Je veux dire qu’ici les choses existent vraiment. À la télévision, l’image était très claire : un bébé avec deux têtes, un torse, deux cœurs, deux poumons. Le plus surprenant, c’est qu’une tête dormait pendant que l’autre pleurait. J’ai tout de suite pensé à une femme qui vient de tuer son mari. Elle est immobile, on sent partout cette immobilité : elle envahit toutes les pièces de la maison. La femme est assise sur le divan, elle a un œil qui pleure, l’autre est grand ouvert et sec. Je me suis levée pour aller voir Maria qui dormait. J’ai encore pensé : la cruauté n’est pas ce que nous croyons. »

Le Bruit des choses vivantes

Née à Sorel en 1957, Élise Turcotte enseigne la littérature au cégep depuis 1986 et consacre ses cours, depuis quelques années déjà, à la création littéraire. Se définissant comme « une nord-américaine qui parle français », elle attache une importance particulière à cette langue propre à l’Amérique qu’elle fait sienne, qu’elle ne cesse de réinventer depuis la parution de sa première nouvelle, La Mer à boire (1980).  L’écriture d’Élise Turcotte est empreinte d’une musicalité et d’un souffle poétique qui, toujours, cherche la parole vive et tente d’extraire de l’intimité des choses une voix qui tend vers l’universel.

Élise Turcotte a publié plusieurs recueils de poésie dont La Voix de Carla (prix Émile-Nelligan 1987), La Terre est ici (Prix Émile-Nelligan 1989), Sombre Ménagerie (Grand Prix du festival international de la poésie 2002, prix de poésie Terrasses Saint-Sulpice de la revue Estuaire 2002). Elle a écrit trois romans,Le Bruit des choses vivantes (prix Louis Hémon), L’Île de la merci et La Maison étrangère, qui remporte le Prix du Gouverneur général en 2003. En 2007, elle publie une série de récits intitulée Pourquoi faire une maison avec ses morts. Ses livres sont traduits en anglais, en catalan et en espagnol. Élise Turcotte est également nouvelliste et l’auteur de plusieurs livres pour enfants. Elle travaille aujourd’hui à un recueil de poésie qui paraîtra au printemps 2010.