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Pierre-Emmanuel Moyse: S’approprier les connaissances

Pierre-Emmanuel Moyse

« ... les étudiants tirent une bonne partie de leurs connaissances des réseaux de collaboration... Comme professeur, j’ai cru qu’il y avait là une source abondante d’information non exploitée. »

Pierre-Emmanuel Moyse s’est joint à la Faculté de droit de McGill à titre de boursier Wainwright Junior en 2006, après quoi il est devenu professeur adjoint. En 2007, en collaboration avec la professeure Margaret Graham de la Faculté de gestion Desautels, il a mis sur pied le premier cours de droit des affaires donné conjointement et combinant l’administration des affaires (MBA) et le droit. Aujourd’hui directeur du Centre des politiques en propriété intellectuelle, le professeur Moyse enseigne le droit commercial, le droit des biens et la propriété intellectuelle.

Parmi les travaux que vous avez donnés aux étudiants, lequel était le plus novateur?

Mes réflexions sur la pédagogie m’ont amené à discuter des méthodes d’enseignement et des travaux avec quelques professeurs de droit afin de trouver comment changer le ton et la dynamique, et par conséquent, la qualité des interactions entre les étudiants et les professeurs. Cette démarche visait entre autres à percevoir nos étudiants comme des participants actifs au processus d’apprentissage plutôt que des récepteurs passifs. Étant donné que les étudiants ne retiennent qu’environ 15 % de ce qui est présenté en classe, il est essentiel de réévaluer régulièrement nos méthodes d’enseignement et les résultats qui en ressortent. Les méthodes et les travaux habituels ont tendance à contenter les étudiants, ce qui procure de bonnes évaluations aux professeurs, mais ils ne constituent pas nécessairement la meilleure façon de s’assurer que les étudiants maîtrisent la matière.

J’ai découvert que les étudiants tirent une bonne partie de leurs connaissances des réseaux de collaboration; ils consultent une foule de notes non officielles sur des cours en particulier et publiées en ligne par d’anciens étudiants. Dans mon cas, il s’agit du cours de droit des biens. Comme professeur, j’ai cru qu’il y avait là une source abondante d’information non exploitée. J’ai parcouru ces notes et y ai vu une occasion pour les étudiants de tirer parti des connaissances de leurs pairs, un peu comme les connaissances transmises par tradition orale au fil des ans. J’ai donc donné un nouveau devoir : j’ai divisé le groupe en vingt équipes de trois étudiants, et j’ai demandé à chaque équipe de produire un résumé de 1 000 mots sur un sous-thème du cours à partir de ces notes. Ce travail a exigé de la recherche, la rédaction d’un document et une présentation orale.

Grâce à cet exercice, mes étudiants ont dépouillé environ 900 pages de notes, qu’ils ont résumées dans un document de 80 pages intitulé « Posséder son cours ». L’exercice a été une réussite pour plusieurs raisons. Les étudiants ont apprécié être placés au hasard en équipe avec d’autres pour travailler à ce projet intense, qui a suscité leur motivation. En outre, ce travail d’équipe les a aidés à comprendre la différence entre « information » et « connaissance » parce qu’ils ont dû absorber une grande quantité d’information, la comprendre et la présenter à leurs pairs de manière structurée, claire et concise. Au final, ils avaient la satisfaction de savoir qu’ils ont produit un document d’une grande valeur pour les prochaines générations d’étudiants.