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Mark Antaki: Prendre conscience

Mark Antaki

« Souvent, ils cherchent simplement à répondre aux 'exigences' de leurs enseignants, [sans] juger leur propre travail avant tout pour eux-mêmes… »

Mark Antaki enseigne et étudie la jurisprudence et la politique sociale. Il est particulièrement intéressé par le droit public, le droit international, la théorie politique et juridique et l'histoire des idées. Mark a été un membre actif du groupe sur l'enseignement à la Faculté de droit et il est membre de l'Institut pour la vie publique des arts et des idées (IPLAI) de McGill.

Comment votre expérience en tant qu’étudiant influence-t-elle votre manière d’enseigner?

Il y a une anecdote que je raconte à tous mes étudiants. À l’époque où je préparais mon doctorat, j’ai remis une ébauche du premier chapitre de ma thèse à mon superviseur. Le tout comptait environ 50 pages et je savais que ce n’était pas particulièrement bon, mais je voulais établir une relation avec lui. Lorsqu’il m’a remis mon travail, les 30 premières pages étaient couvertes de corrections à la mine et à l’encre rouge et le reste du document était intact. Il m’a dit : « J’ai tout lu, Mark, mais j’ai arrêté de corriger à la page 30, parce que c’était trop mauvais. » Il m’a lors regardé dans les yeux et m’a dit : « Je ne veux pas jouer au psychanalyste, mais peut-être que tu ne t’aimes pas assez. »

Croyez-le ou non, mais ce moment compte parmi mes meilleurs souvenirs d’étude. Même si ces commentaires peuvent sembler durs, ils m’ont permis d’affirmer ma propre conscience intellectuelle et m’ont poussé à me demander si j’étais vraiment « présent » lorsque j’ai rédigé ce chapitre. Le souvenir de cette expérience me rappelle que de nombreux étudiants ne savent aucunement s’ils produisent ou non un bon travail. Souvent, ils cherchent simplement à répondre aux 'exigences' de leurs enseignants, alors qu’ils devraient apprendre à juger leur propre travail avant tout pour eux-mêmes.

Conséquemment, j’invite tous les étudiants à apprendre à mieux se connaître, en s’arrêtant à leurs habitudes de lecture, d’écriture et langagières. Pour les aider dans cette avenue, je demande à presque toutes mes classes de lire l’essai Politics and the English Language de George Orwell. Puis, nous discutons de l’importance d’être attentif, conscient et ouvert au monde d’un point de vue intellectuel ou éthique. Orwell explique clairement qu’il nous faut être hautement conscients de notre manière de parler et d’écrire. J’encourage donc mes étudiants à prendre conscience des mots passe-partout qu’ils utilisent de manière irréfléchie ou en raccourci, comme les termes « société » ou encore « subjectivité ». En évoquant cette expérience avec mon superviseur, je rappelle à mes étudiants et à moi-même que notre objectif en classe et à l’extérieur est d’apprendre à créer un travail qui nous ressemble plutôt que d’essayer d’être intelligent, original ou de plaire aux autres. Il faut être honnête envers soi-même et envers les autres.

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