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Roderick Macdonald: Apprendre de ses erreurs

« Ce sont des moments importants [...] qui nous permettent de garder les deux pieds sur terre. »

Titulaire de la Chaire F.R. Scott en droit public et constitutionnel, Roderick Macdonald enseigne et publie dans les domaines du droit civil, du droit commercial, du droit administratif, du droit constitutionnel, de la théorie du droit et de l’accès à la justice.

Le professeur Macdonald, qui a été doyen entre 1984 et 1989, a rédigé de nombreux articles et chapitres sur l'éducation juridique et sur le cursus de la Faculté de droit de McGill et il contribué activement à nombre d'organismes traitant d'éducation juridique au Canada. En novembre 2011 l'Université McGill l'a honoré avec son Prix d'excellence du leadership en éducation, puis en juin 2012, l'Association des étudiants et étudiantes en droit de McGill lui a remis le Prix John W. Durnford d'excellence en enseignement.

Quel est votre meilleur souvenir lié à l'enseignement?

Je venais d’arriver à McGill et je donnais mon premier cours sur les transactions sécurisées. Rosalie Jukier, aujourd'hui l'une de mes collègues, était dans la classe avec cinq autres étudiants qui sont par la suite devenus professeurs. J'enseignais avec mon Code civil de 1974 que j'avais lorsque j'étudiais le droit civil et j'ai dit : « À présent, nous allons discuter des trois types d'hypothèques légales. » Et Rosalie a dit : « Professeur Macdonald, je crois qu'il n'y en a que deux ». Et j'ai répondu : « Mon code en indique trois. » Et elle a renchéri: « Le mien dit qu'il y en a deux. » J'étais déconcerté. Je lui ai demandé de m'apporter son code et j'y ai lu l'annotation : « L'hypothèque légale de la femme mariée a été abrogée en décembre 1979. » Nous étions en janvier 1980 et je n'étais plus tout à fait à jour. J'ai donc poursuivi en disant : « Reprenons depuis le début. Il existe deux types d'hypothèques légales ».

Des moments comme celui-là – et je peux en compter une quinzaine – sont des leçons d'humilité. Pourtant, ils font partie de mes meilleurs souvenirs. Pourquoi? Parce qu'ils m'ont sorti de ma bulle. Ce sont des moments importants de ce genre qui nous permettent de garder les deux pieds sur terre.

Il nous arrive tous de commettre des erreurs qui nous rappellent que nous ne nous montrons pas toujours à la hauteur de nos espérances au travail et dans notre vie personnelle, et nous savons que ces échecs sont à double tranchant. Ces échecs sont positifs parce qu'ils permettent aux étudiants de réaliser que l'être humain est imparfait et qu'il ne faut pas mettre les professeurs sur un piédestal. Mais ils peuvent malheureusement avoir aussi une incidence négative sur certaines personnes.

Il faut donc espérer pouvoir réparer les dégâts en présentant ses excuses et en amenant les étudiants à réfléchir sur le défi que représente l'évolution du droit. Vous en venez également à souhaiter que vos étudiants seront suffisamment avisés pour comprendre qu'un tel incident peut avoir des effets positifs. Cela dit, l'expérience acquise en classe repose sur une hypothèse autour de laquelle s'articulent des interactions humaines. Le sujet abordé n'est pas le principal point d'intérêt.

Le plus important, c'est que les étudiants apprennent à faire preuve d'autocritique et améliorent ainsi leurs habiletés à acquérir de nouvelles connaissances.