Quick Links

La prochaine génération de produits laitiers

« Nous sommes ce que nous mangeons ». Une équipe de la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’environnement du campus Macdonald de l’Université McGill met actuellement ce sage proverbe en application en étudiant les effets de l’alimentation des vaches sur la composition de leur lait. Leur objectif : aider les agriculteurs québécois à rehausser la valeur nutritive du lait qu’ils produisent et accroître à la fois la compétitivité de notre industrie laitière.

« Nous souhaitions vérifier dans quelle mesure les changements apportés dans la moulée donnée aux vaches laitières se reflètent dans le lait qu’elles produisent », explique Kevin Wade, directeur du Département des sciences animales et du Groupe de recherche sur les systèmes d’information en production laitière. « Nous cherchions un moyen de répondre au besoin du consommateur d’aujourd’hui qui, pour des raisons de santé, recherche des aliments faibles en gras présentant une plus grande proportion de matières grasses non saturées. »

L’équipe de chercheurs table sur la longue tradition des contributions de l’Université McGill à l’industrie laitière québécoise. Au cours des années 1960, John Moxley, aujourd’hui professeur émérite en sciences animales, a entrepris une collaboration avec des exploitants de ferme laitière en vue d’améliorer la production du lait. La technique d’analyse de cheptel laitier qu’il a mise au point a révolutionné l’industrie laitière québécoise et a permis la création du Centre d’expertise de production laitière Valacta, qui demeure l’un des principaux moteurs de l’industrie laitière en matière de productivité et de rentabilité.

De concert avec plusieurs partenaires, dont Novalait, les chercheurs de McGill ont puisé dans la précieuse banque de données dont dispose Valacta. Cette mine de renseignements compile des informations relatives à la nourriture donnée à la plupart des cheptels laitiers du Québec. Les chercheurs ont ensuite analysé des échantillons de lait en provenance de 33 fermes du Québec pour en établir les profils nutritionnels, et plus précisément, la composition chimique en lipides et en protéines.

À première vue, établir un lien entre la composition du lait et de l’alimentation de la vache semble être un jeu d’enfant. Mais la digestion des ruminants, comme les vaches, fait appel à une bactérie qui modifie considérablement la nature des protéines ingérées. L’établissement des parallèles entre ce qu’avale la vache et la valeur en nutriments qui en résultera se transforme donc en une tâche particulièrement laborieuse.

Les résultats préliminaires annoncent toutefois des pistes fort intéressantes. L’on constate notamment que la concentration en acides gras oméga-3 est plus élevée lorsque la moulée est servie selon le système d’alimentation RTM (ration totale mélangée) plutôt que de façon traditionnelle (fourrage et concentré à part). L’on peut donc envisager une modification de l’alimentation animale afin d’augmenter la teneur en acides gras oméga-3 et acides linoléiques conjugués, des types de gras pouvant être bénéfiques à la santé humaine. La même stratégie pourrait permettre de réduire la teneur en acides gras trans (une source de matières grasses moins bonne pour la santé) du lait.

Un tel constat pourrait permettre de mettre en marché une denrée de base encore plus saine, le tout à coût raisonnable. « Ce n’est qu’un début – une étude pilote – mais qui nous indique néanmoins quelles orientations il serait intéressant de retenir », conclut Kevin Wade.