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Mieux faire le bien

Lorsque les organismes d’aide humanitaire déploient leurs effectifs dans les pays déchirés par la guerre ou ravagés par des catastrophes naturelles, ils sont animés des meilleures intentions du monde et de la volonté d’être le plus utiles possible. En réalité, explique Kirsten Johnson, professeure à la Faculté de médecine de l’Université McGill, le manque de coordination et de formation pervertit souvent ces efforts qui font alors plus de mal que de bien.

« Il est naïf de croire que nous pouvons continuer de déployer des volontaires dans de telles situations sans formation ni expérience », explique la professeure. « Jamais personne n’accepterait un nouvel emploi dans ces conditions. Pourquoi l’aide humanitaire serait-elle différente, surtout lorsque les enjeux sont aussi élevés? »

Kirsten Johnson est la fondatrice de l’Initiative d’études humanitaires pour résidents de McGill dont le but est de modifier en profondeur l’organisation de l’aide humanitaire. Cette initiative permet aux résidents en médecine, aux étudiants de 2e/3e cycles et aux professionnels en milieu de carrière qui souhaitent prendre part à des opérations de secours, de recevoir une formation complète et d’acquérir le savoir-faire dont ils auront besoin pour appliquer leurs connaissances aux situations humanitaires de la façon la plus optimale possible.

Ce programme comporte des cours, trois jours d’exercices de simulation et des stages sur le terrain d’une durée comprise entre un et deux mois. Ces stages donnent aux participants la possibilité de mettre en pratique ce qu’ils ont appris et très souvent, de proposer des programmes et interventions innovants qui ont un impact profond et durable.

C’est exactement ce qu’ont réussi à faire trois résidents de McGill qui se sont rendus à Haïti dans le cadre de ce programme, en mars 2010, à la suite du séisme dévastateur qui avait frappé ce pays deux mois plus tôt. À leur arrivée, ils ont mis en place un précieux hôpital de campagne pour les victimes de la catastrophe. Constatant les lacunes du suivi médical, une des résidentes, Robin Cardamore, a mis au point un système de suivi des patients accessible aux travailleurs de santé de la région par téléphone mobile. Ce système a permis de réunir les familles dont les membres avaient été séparés à la suite du tremblement de terre.

Les réponses apportées au génocide du Rwanda sont un exemple criant des dysfonctionnements que peut connaître parfois l’aide humanitaire, explique la professeure Johnson. Les organisations humanitaires ont littéralement inondé le pays, mais sans coordonner leurs actions entre elles, si bien que le personnel de terrain ne disposait ni des compétences, ni des connaissances, ni des directives essentielles pour prendre des décisions informées.

« C’est ainsi que certains organismes ont apporté de l’aide aux auteurs du génocide, leur permettant de se regrouper et de se reconstituer », explique-t-elle. Sans compter que les risques sanitaires associés à la mise en place de camps de réfugiés n’avaient pas du tout été prévus et que l’épidémie de choléra qui a éclaté par la suite a fait des milliers de victimes.

L’objectif de l’Initiative d’études humanitaires pour résidents est d’améliorer les normes de déploiement de l’aide pour que ceux dont il s’agit de s’occuper — les victimes sur le terrain —  reçoivent l’aide appropriée au moment où elles en ont besoin. « Nous devons nous assurer que l’aide que nous apportons soit la meilleure, la plus durable et la plus  stratégiquement ciblée possible », explique la professeure Johnson. « Si nous nous plaçons dans de telles situations sans plan et sans un ensemble de compétences et de connaissances soigneusement ciblées, nous ne sommes plus véritablement utiles. »

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