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Gagner la bataille

Les plus récentes données de Statistique Canada indiquent que le nombre de cas de violence conjugale est demeuré stable depuis dix ans. Il n’en demeure pas moins que 1,14 million de Canadiennes déclarent avoir subi des sévices

physiques ou sexuels de la part de leur conjoint. (Statistique Canada entend par « conjoint » une personne mariée ou vivant en union libre avec une personne de sexe opposé ou de même sexe, ainsi qu’une personne ayant vécu en couple, mais qui est maintenant divorcée ou séparée.) Les statistiques québécoises se comparent favora- blement à la moyenne nationale. Ainsi, 5,3 pour cent des Québécoises « mariées » sont victimes de violence conjugale, comparativement à 6,2 pour cent de l’ensemble des Canadiennes – piètre consolation pour les quelque 242 000 femmes violentées au Québec.

Fondée en 1975, la Clinique de la violence conjugale de McGill apporte de l’aide aux victimes et aux agresseurs. Les conseillers, dont certains offrent leurs services dans le cadre de leur formation de deuxième cycle en travail social, donnent à ces personnes les outils nécessaires pour reconstruire leur vie et mettre fin au cycle dévastateur de la violence. Chaque année, quelque 250 hommes et 50 femmes consultent les spécialistes de la clinique, le plus souvent à la suite d’une décision du tribunal ou dans le cadre d’un mandat des services de protection de la jeunesse.

Établir des limites claires

Les conseillers ont recours à un modèle thérapeutique élaboré par Tom Caplan, directeur de la clinique, et appelé Needs ABC (Needs Acquisition and Behaviour Change) qui peut être appliqué aux thérapies de groupe ou individuelles. « Ce modèle permet aux participants d’établir des limites claires au sein de leur relation », explique M. Caplan. « Pour les femmes, cela signifie qu’il leur faut éviter de rationaliser les comportements de leur agresseur et refuser tout geste inap- proprié. » Les conseillers expliquent aux femmes qui courent un danger immédiat qu’elles doivent absolument se réfugier dans un endroit sûr, et ce, même si elles n’ont pas l’intention de mettre fin à leur relation. « Nous voulons faire comprendre aux femmes, particulièrement à celles qui ont des enfants, qu’elles doivent établir des limites pour assurer leur sécurité jusqu’à ce que l’agresseur ait changé. »

Pour leur part, les hommes doivent s’efforcer de comprendre qu’il est acceptable d’éprouver de la colère, mais qu’il est inacceptable de réagir en adoptant des comportements abusifs. « Nous ne nous attachons pas au comportement violent en tant que tel », précise Tom Caplan. « Nous mettons plutôt l’accent sur le besoin. Si j’amorce

le traitement en insistant sur le comportement violent, mon interlocuteur sera porté à croire que je cherche à le punir. Mais si je demande à l’homme qui se trouve face à moi ce qui se passe dans sa vie et qu’il me répond que sa femme est toujours au téléphone lorsqu’il rentre du travail, je pourrai lui suggérer qu’il se sent peut-être invisible. Une fois le lien établi, je peux passer au comportement en disant, par exemple : “Si la situation se présentait de nouveau, comment réagiriez-vous?” C’est une méthode qui donne de très bons résultats. »

« Il ne s’agit surtout pas de minimiser la violence, qui demeure toujours notre cible, mais nous employons une approche plus nuancée pour la désamorcer », souligne Tom Caplan. « Nous tentons d’entrer en relation avec l’agresseur. Il est impossible de changer un comportement sans d’abord établir un lien de confiance. Si un agresseur comprend ce qui le pousse à agir, il lui est plus facile de choisir de meilleures stratégies et mettre fin à la violence. »

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