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Le bien-être simplifié

Dans les hôpitaux québécois, on nomme souvent des médecins et des infirmières à des postes de gestionnaires, mais cette stratégie n’est peut-être pas la meilleure, affirme Vedat Verter, professeur en gestion de la production à la Faculté de gestion Desautels de l’Université McGill. « Bien que ces professionnels soient d’excellents cliniciens, nous ne pouvons supposer qu’ils trouveront intuitivement les moyens de pallier les multiples problèmes, ni qu’ils sauront d’emblée maîtriser des aspects aussi essentiels aujourd’hui que l’architecture logicielle et l’amélioration des processus », explique le Pr Verter. « Dans l’industrie aérospatiale, par exemple, les ingénieurs sont aux commandes des appareils, pas à la tête des compagnies aériennes. Alors la question se pose : en santé, met-on les bons talents aux bons endroits? »

À titre de directeur du programme FONCER, axé sur les soins de santé et la gestion de l’information, le Pr Verter veut que les professionnels de la santé disposent de plus de temps pour se consacrer aux activités dans lesquelles ils excellent : la prestation de soins de première ligne.

En réunissant des spécialistes de quatre disciplines – électronique et télécommunications, systèmes d’information et architecture logicielle, recherche opérationnelle, et conception et amélioration de processus –, le programme vise à former des gestionnaires qui s’attaqueront à des problèmes tels que le temps d’attente aux urgences et l’accès à un médecin de famille, et qui contribueront à optimiser l’utilisation des technologies de l’information et des télécommunications de pointe en matière de soins de santé.

Admission et guérison accélérées

« Les hôpitaux possèdent de larges corpus de données dont ils ne tirent pas pleinement profit », explique Wojtek Michalowski, membre du programme FONCER et professeur spécialisé en informatique de la santé et en outils décisionnels à l’Université d’Ottawa. « Ils génèrent une immense quantité de données, mais parviennent difficilement a en extraire l’information dont ils ont besoin. FONCER forme les gestionnaires et leur transmet les connaissances qu’ils doivent posséder. »

Si le programme FONCER n’existe que depuis trois ans, les doctorants et les boursiers postdoctoraux constatent déjà certains changements, comme en témoignent les travaux des stagiaires à l’Hôpital neurologique de Montréal. Il y a quelques années, la thèse de doctorat de Beste Kucukyazici a permis aux gestion- naires de l’hôpital de mieux comprendre comment les délais d’admission à l’unité de soins spécialisés pour les AVC influaient sur l’état de santé des patients au moment de leur congé. Le doctorant Saied Samiedaluie réalise maintenant le suivi de ces travaux en étudiant les politiques de l’hôpital en matière d’admission des patients. Quant à Beste Kucukyazici, qui a quitté la Turquie pour étudier à McGill, elle vient de rentrer au Québec après plusieurs années de formation postdoctorale en Espagne et aux États-Unis. Depuis l’automne 2012, elle met son expertise au service de la Faculté de gestion Desautels, où elle occupe un poste de professeure adjointe.

Plusieurs obstacles restent à surmonter. Le personnel médical et infirmier peut, non sans raison, se méfier de ces nouveaux gestionnaires et de leurs idées novatrices. Voilà pourquoi, explique le Pr Verter, il est essentiel d’obtenir l’engagement de collaborateurs aux avant-postes du système de soins de santé, et ce, à toutes les étapes de la recherche. Le programme s’appuie sur un réseau d’environ 50 professionnels de la santé et décideurs. « S’ils prennent part à la recherche et sont convaincus de la portée des travaux des stagiaires, il est alors plus probable que les résultats débouchent sur des applications concrètes. Tout le monde a le même objectif : mieux soigner. Et nous croyons que cela veut aussi dire mieux gérer. »

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