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La science du vieillissement

Graduellement, les baby-boomers canadiens atteignent l’âge de la retraite, et c’est au Québec que les effets de cette transformation de la société seront les plus marqués. Cette réalité a incité les chercheurs de l’Université McGill de plusieurs disciplines à étudier les interventions à déployer pour aider les personnes âgées à maintenir une bonne qualité de vie.

Leur approche consiste à étudier l’état de santé de personnes âgées présentant un profil d’exception afin de mettre le doigt sur ce qui les distingue. Tanja Taivassalo, professeure agrégée au Département de kinésiologie et d’éducation physique de McGill, participe à ces travaux. Elle a invité une remarquable nonagénaire, Olga Kotelko, afin d’en évaluer la santé au laboratoire de l’Institut thoracique de Montréal. Aujourd’hui âgée de 91 ans, madame Kotelko a établi huit records du monde aux Championnats mondiaux d’athlétisme de 2009, tenus en Finlande.

« Il ne fait aucun doute qu’Olga est exceptionnelle, affirme la professeure Taivassalo. Nous tentons de comprendre si cela tient à son patrimoine génétique ou à la manière dont elle s’entraîne. S’agit- il d’un phénomène inné ou acquis? »

Olga, la magnifique

Olga Kotelko a visité McGill à deux reprises. La dernière fois, en octobre 2012, elle a pris la tête d’un groupe de coureurs qui a atteint le sommet du mont Royal à l’issue d’un parcours de cinq kilomètres. Les chercheurs mcgillois ont évalué la capacité aérobique d’Olga pendant l’effort. Sa consommation d’oxygène était conforme à celle d’une athlète d’endurance de cet âge (c’est à dire très bonne – et équivalente à celle d’une personne sédentaire de 80 ans). Par contre, ses fibres musculaires semblent tout à fait exceptionnelles et lui permettent d’exceller dans les sports qui demandent de la puissance.

Russell Hepple, professeur agrégé au Département de kinésiologie et d’éducation physique ainsi qu’au Département de médecine (Division des soins intensifs), poursuit l’analyse de l’échantillon de fibres musculaires prélevé sur Olga par biopsie. Contrairement aux autres chercheurs, le professeur Hepple ne pense pas que le vieillissement occasionne une perte des fibres musculaires de type 2 (responsables de la puissance et de la force musculaire, par opposition aux fibres de type 1 qui sont celles de l’endurance aérobique). Et Olga Kotelko pourrait bien lui donner raison « Parce qu’après tout, c’est une athlète qui pratique des sports nécessitant beaucoup de force ».

Plus vieux, mais plus fort

Avec l’âge, nous perdons les neurones qui activent les fibres musculaires, de même que les terminaisons nerveuses liées aux muscles. L’équipe du professeur Hepple dispose de nouvelles données qui ont fait l’objet d’un article publié dans la revue spécialisée PLoS oNe au début de 2012. Ces résultats révèlent qu’au stade avancé, l’atrophie musculaire liée au vieillissement touche essentiellement les fibres musculaires dénervées. « Il s’agit d’une découverte capitale, explique-t-il, car cela signifie que si nous parvenons à comprendre la mort neuronale, nous pourrons alors prévenir l’essentiel de l’atrophie musculaire. Je cherche à savoir si Olga est protégée de ce type de mort neuronale – et l’étude de la taille et de la forme de ses fibres musculaires me laisse penser que c’est effectivement le cas. Il reste maintenant à savoir pourquoi. » Afin d’approfondir davantage cette question, les professeurs Taivassalo et Hepple ont élargi leur étude pour y inclure 14 autres athlètes d’élite de plus de 75 ans.

Russell Hepple ajoute que ce type de protection pourrait aussi expliquer la vivacité d’esprit d’Olga : « Voilà qui cloue le bec à ceux qui doutent de l’intelligence des sportifs ».

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