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Difficile équilibre familial

Concilier vie professionnelle et vie familiale est une exigence à laquelle nous sommes tous confrontés au quotidien. Mais pour les familles qui vivent dans la pauvreté, ce défi ne se limite pas à un délicat exercice d’équilibre. À une époque où de plus en plus de parents de jeunes enfants travaillent à l’extérieur, de nombreuses familles à faible revenu sont obligées de prendre des décisions difficiles qui mettent en péril leurs emplois, leur santé, ainsi que la santé et la sécurité de leurs proches.

Jody Heymann, directrice-fondatrice de l’Institut de recherche sur les politiques sociales et de santé de McGill, pédiatre et titulaire d’un doctorat en politiques publiques, s’emploie à mettre en lumière les défis auxquels font face les parents qui travaillent, dans différents pays de par le monde. Avec son équipe de recherche, elle y analyse depuis plus de dix ans les conditions de travail dans le cadre d’une recherche intitulé « Project on Global Working Families » qui est l’étude la plus ambitieuse jamais menées sur cette question. Or ce qu’elle et son équipe ont découvert est à la fois surprenant et déchirant.

Trop souvent, explique la professeure Heymann, les parents qui vivent dans la pauvreté dans des pays à faible revenu sont contraints de laisser leurs enfants seuls à la maison lorsqu’ils vont au travail, faute de solutions abordables de garde d’enfants ou d’autres moyens de survie. « Et il s’agit ici d’enfants de deux ou trois ans seulement », fait-elle remarquer. Grâce à ses travaux, Jody Heymann a analysé dans le détail le lourd tribut imposé alors aux enfants, soit parce qu’ils doivent abandonner l’école pour s’occuper de leurs frères et sœurs plus jeunes, ou que  certains d’entre eux, d’âge préscolaire, sont laissés seuls sans surveillance à la maison et y subissent des blessures parfois mortelles, ou encore que les parents perdent leurs emplois pourtant essentiels pour nourrir leur famille.

Même si la situation est pire dans les pays en développement, les familles des pays occidentaux sont confrontées au même genre de difficultés. « Les problèmes fondamentaux sont universels », explique Jody Heymann. « Partout dans le monde, les parents qui travaillent doivent trouver des solutions pour prendre soin de leurs enfants ou de leurs proches invalides, handicapés ou âgés. »

Aux États-Unis, par exemple, l’État ne verse aucune indemnité en cas de maladie et la plupart des travailleurs à bas salaires n’ont pas droit à des congés de maladie payés. Les parents à faible revenu doivent donc souvent laisser leurs enfants malades seuls à la maison ou se résoudre à les envoyer à l’école. S’ils choisissent de rester à la maison et de s’absenter de leur travail, ils risquent de perdre leur emploi et de sombrer dans une pauvreté encore plus profonde. C’est un cercle vicieux qui, selon Jody Heymann, pourrait être évité.

La Pre Heymann traduit ses recherches en action, en collaborant avec des ONG internationales, des gouvernements et des entreprises pour infléchir les politiques publiques et privées. Déjà, les recherches qu’elle a menées aux États-Unis sur les familles qui travaillent ont contribué à apporter une caution universitaire à la première loi sur les congés de maladie payés adoptée dans ce pays, en l’occurrence en Californie.       

« L’objectif à long terme est de transformer les conditions de travail de sorte que les pays et les entreprises puissent prospérer, tout en permettant aux membres des familles qui travaillent de prendre soin d’eux-mêmes et de leurs enfants », explique Jodi Heymann. « La tâche n’est pas facile, surtout à l’échelle mondiale, mais je suis convaincue que c’est possible. »

 

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