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En quête de justice égale pour tous

Un adolescent Inuk attend son enquête sur cautionnement dans une cellule d’Iqaluit, au Nunavut.  « Il s’y trouve parce qu’il a agressé sa copine, et il braille », raconte Chiara Fish, étudiante de troisième année à la Faculté de droit de McGill

« Il ignore probablement ce qu’on lui reproche, car il vient d’une maisonnée marquée par la violence. Et au lieu de l’aider, on le met en prison.  C’est une violation grave de ses droits, à mon avis. »

L’été dernier, Chiara Fish a effectué aux Services juridiques Maliiganik Tukisiiniakvik, à Iqaluit, un stage en droits de la personne organisé par le Centre pour les droits de la personne et le pluralisme juridique de McGill (CDPPJ).  Au Québec, les stagiaires en droit font en général de la recherche. Or, le Nunavut est tellement à court d’avocats de la défense que les stagiaires comme Chiara représentent des clients lors d’enquêtes sur cautionnement.

« C’est une lourde responsabilité, mais si les étudiants et les travailleurs sociaux auprès des tribunaux ne s’occupaient pas de ces enquêtes, les accusés devraient attendre en détention les services d’un avocat déjà surchargé, ou encore assurer leur propre défense.  Ils sont très reconnaissants que quelqu’un veuille les aider.  Coupables ou non, nous avons tous des droits, et le travail de l’avocat de la défense est de veiller à les faire respecter. »

Selon les normes canadiennes, le Nunavut est pauvre.  Le chômage y avoisine les 25 %, et seuls 43 % des résidants de plus de 15 ans ont un diplôme d’études secondaires. Le taux de crimes avec violence y est quatre fois supérieur à la moyenne nationale. Et avec un accès limité à l’emploi, à l’éducation et aux services sociaux, les jeunes du Nunavut risquent quatre fois plus que d’autres jeunes Canadiens d’être incarcérés.

« L’extraordinaire Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents du Canada interdit l’incarcération d’un jeune si c’est de soins de santé mentale, de services de protection de l'enfance ou d’autres mesures sociales qu’il a vraiment besoin.  Mais, dans le Nord, faute d’autres options, on met en prison des jeunes qui ont besoin d’aide. »

Des stages comme celui de Chiara font vivre aux futurs avocats une expérience pratique éclairante et contribuent à faire prendre conscience des inégalités qui existent chez nous et à l’étranger.  Ces dix dernières années, quelque 150 stagiaires du CDPPJ se sont perfectionnés au sein de groupes d’appui aux victimes du VIH/SIDA à Toronto, au Tribunal pénal international pour le Rwanda, et auprès d’autres initiatives au Cambodge, à New York, au Cameroun et ailleurs.  Deux stagiaires participeront à la Commission de témoignage et réconciliation du Canada et contribueront à faire connaître les mauvais traitements infligés pendant plus d’un siècle dans les pensionnats autochtones.

« C’est très formateur », avance Nandini Ramanujam, directrice exécutive du CDPPJ.  « Les étudiants retirent d’un stage du contenu pédagogique de première main qui enrichit l’ensemble de la Faculté. C'est un excellent modèle d’apprentissage par l'expérience.  Et des stagiaires comme Chiara sont les porte-parole les plus efficaces pour sensibiliser les gens aux réalités d’endroits comme le Nunavut, et à l’injustice du système juridique. »

« Quand on réalise que cela se passe au Canada, dit Mme Ramanujam, la réalité frappe plus durement.  Les gens pensent que dans un pays développé comme le nôtre, qui a une bonne réputation en matière de droits de la personne, nous pouvons être satisfaits et dormir sur nos lauriers. Or, chaque pays a ses propres problèmes.  Il faut rester vigilant, et avoir des observateurs critiques qui remettent en question le système.  Et quelque chose ne va pas dans ce système.  C’est un cycle affligeant de crimes et de châtiments qui fait du tort à tous. »

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