Quick Links

Lever le voile sur l’exploitation occulte

Au Canada et aux États-Unis, l’exploitation sexuelle d’enfants semble en nette régression.  Les statistiques canadiennes indiquent une diminution de 30 pour cent entre 1998 et 2003, tandis que celles des États-Unis sont encore plus étonnantes : une chute de 53 pour cent de 1990 à 2007.  Ces chiffres sont-ils trop beaux pour être vrais?  Selon Delphine Collin-Vézina, professeure à l’École de service social de McGill, il pourrait être un peu tôt pour fêter.

« Une diminution de deux pour cent serait vraiment extraordinaire, dit-elle, mais un déclin de 30 pour cent en cinq ans à peine ne peut pas refléter la réalité. »

Mme Collin-Vézina étudie la précision réelle de ces statistiques.  « Ce n’est pas le nombre réel de cas qui est recensé, mais le nombre connu par les autorités.  L’exploitation sexuelle d’enfants est un phénomène caché – tant de victimes ne rapportent jamais les sévices à leur endroit. »

Sa préoccupation découle en partie d’une étude menée par Nico Trocmé, aussi professeur en service social à McGill, qui a trouvé des rapports annuels statistiquement fiables sur l’exploitation sexuelle pour juste 0,062 pour cent des enfants canadiens.  Tout nombre est trop élevé, mais Mme Collin-Vézina estime que le nombre réel d’enfants victimes de sévices pourrait être maintes fois supérieur.

Des sondages menés auprès d’adultes du Québec le démontrent. « Nous obtenons des chiffres supérieurs : une femme sur cinq et un homme sur dix disent avoir été victimes d’exploitation sexuelle avant l’âge de 18 ans », souligne-t-elle. 

« J’aimerais bien savoir qu’il existe moins de victimes que cela.  C’est le rêve que nous partageons tous.  Mais il suffit d’un regard à ces statistiques pour constater qu’elles paraissent illogiques. »

Les travaux de Mme Collin-Vézina aident des gouvernements du Canada à comprendre l’ampleur du problème, et fournissent des ressources là et au moment où elles sont le plus nécessaires.  Si les gouvernements croient que ce genre de crime est maîtrisé, Mme Collin-Vézina craint que les victimes – et les victimes potentielles – ne reçoivent probablement pas le soutien et l’éducation dont elles ont besoin.

« Les gouvernements pourraient revoir les programmes de traitement destinés aux victimes, ainsi que les programmes de prévention offerts dans les écoles pour sensibiliser les enfants à l’importance de signaler les sévices sexuels et d’éviter les situations risquées.  S’ils jugent avoir réduit le nombre de cas de 30 %, j’ai bien peur qu’ils diminuent le financement pour ces programmes. »

 

Classified as
Lever le voile sur l’exploitation occulte
Les sévices sexuels contre les enfants semblent décliner au Canada, mais est-ce bien le cas? Une spécialiste de McGill cherche la réponse.
Une expérience irréfutablement transformante
Le tournoi annuel de débats oratoires McGill invite les élèves du secondaire canadiens à découvrir un savoir-faire utile.